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African Business

Le climat des affaires s’est amélioré

Le ministre Jean-Louis Billon confirme ses prévisions économiques optimistes. Il considère que l’amélioration du pouvoir d’achat passe par la création d’emplois, permise par les investissements en infrastructures et un climat des affaires amélioré.

Jean-Louis Billon, Ministre du Commerce, de l’artisanat et de la promotion des PME

 

Quelle est votre analyse sur la situation économique de la Côte d’Ivoire ? 

La Côte d’Ivoire a déjà été un pays émergent dans les années 1970-1980 alors que cette notion n’existait pas encore ; elle est en train de le redevenir. Non seulement le Plan Émergence 2020 du président Alassane Ouattara est réaliste, mais il est aussi effectif. Le taux de croissance annuel a été de 1,8 % entre 2004 et 2008, nous avons dépassé les 9 % en moyenne depuis 2012 et prévoyons 10 % en 2015. C’est beaucoup plus que la moyenne subsaharienne qui s’établit à plus de 5 %. Certes, « la croissance ne se mange pas », comme certains aiment à le dire, mais nous n’avons jamais vu un pays créer des emplois, construire des écoles, des routes et des hôpitaux, sans croissance. Sans elle, on ne peut rien faire. C’est par la croissance que l’on crée de la richesse pour la redistribuer et c’est aussi par la croissance qu’un État voit ses ressources augmenter et qu’il peut ensuite investir. 

On pourrait vous répondre que le pays bénéficie surtout d’un effet de rattrapage ou d’un rebond après la décennie de crise ? 

Ce paramètre joue, en effet, mais ce nouveau dynamisme repose surtout sur des politiques publiques qui ont redonné confiance aux opérateurs économiques et financiers, ivoiriens et internationaux. Les investissements mis en sommeil ont ainsi repris (8 % du PIB en 2011, 20 % en 2014) et la Côte d’Ivoire a levé 1 milliard $ en février sur les marchés internationaux. 

Cet élan se traduit par les nombreux chantiers d’infrastructures pourvoyeurs d’emplois et qui vont donner du souffle à notre économie. Bien sûr, vous connaissez le troisième pont d’Abidjan, mais on peut parler aussi de l’énergie avec le barrage de Soubré et l’augmentation des capacités de production des centrales Azito et Ciprel. Ces investissements vont favoriser et accélérer une remise à niveau de notre outil industriel, de nos capacités de production et de notre compétitivité. Selon les calculs de la Banque mondiale, l’absence d’infrastructures (énergie, eau et transport) entraîne une baisse de 40 % de la productivité des entreprises. Ce retour de la compétitivité a mécaniquement un impact sur nos échanges commerciaux excédentaires, malgré nos importations pétrolières. La Côte d’Ivoire est le seul pays africain non pétrolier doté d’une balance commerciale excédentaire ! Nos exportations ont augmenté de 40 % depuis 2009, avec une nette accélération depuis 2011. La signature des Accords de partenariat économique, en juillet 2014, est également une chance pour le pays, car ils facilitent l’accès de nos produits sur le marché européen. Avec la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique…, l’Europe est notre premier partenaire commercial. 

Concernant les PME, le projet Phoenix vise la création de 600 000 emplois et de passer de 50 000 à 120 000 PME, qui représenteront entre 30 % et 40 % du PIB, comme dans la plupart des pays développés.

Oui, mais la condition de vie des Ivoiriens n’a pas encore fondamentalement changé, notamment le chômage et la vie chère… 

Allez dire cela aux Ivoiriens qui ont retrouvé un emploi ces dernières années ! Les fondamentaux économiques que je viens de présenter donnent des marges de manoeuvre à l’État et permettent au gouvernement d’améliorer progressivement les conditions de vie des Ivoiriens. Je sais, tout n’est pas parfait. Le chemin est encore long, mais nous avançons dans la bonne direction. La Côte d’Ivoire change de visage, c’est indéniable. Cette reprise économique ne se traduit pas encore assez en progrès social et la pauvreté frappe encore trop d’Ivoiriens confrontés à la vie chère. Mais il ne faut pas se tromper ni de combat ni de méthode. Les chiffres de l’inflation, autour de 2 %, démontrent que ce n’est pas tant la hausse des prix qui pose problème, mais bien le pouvoir d’achat. Nous lutterons donc efficacement contre la pauvreté si nous créons des emplois stables. Nous réduirons le prix du panier de la ménagère en redonnant du souffle à nos entreprises qui pourront ainsi baisser leur prix de revient, et en luttant contre les monopoles qui tirent nécessairement les prix à la hausse. 

Redonner du souffle aux entreprises, cela passe aussi par l’amélioration de l’environnement des affaires. Qu’en est-il ? 

La réponse est simple, l’environnement des affaires s’est amélioré puisque le dernier classement Doing Business 2015 place la Côte d’Ivoire parmi les dix pays au monde qui ont mené le plus de réformes. C’est un travail collectif piloté par le président de la République et le gouvernement. Au niveau de mon ministère, nous avons adopté une loi sur la concurrence et rétabli la commission de la concurrence. Un tribunal du commerce a été institué. Les barrages routiers, qui pénalisaient les commerçants, ont diminué et sont combattus. Les contrôles sur les prix ont été multipliés. Le code de la concurrence est en préparation… 

Vous avez également fait du soutien aux PME votre principale priorité avec notamment le projet baptisé « Phoenix » pour favoriser notamment leur accès aux marchés et au financement. Pourquoi cette priorité ? 

Les PME représentent 98 % du tissu économique formel, 20 % de la richesse nationale, 12 % de l’investissement et 23 % de la population active. Le développement de notre économie passe donc par les PME qui constituent le levier le plus efficace pour avoir une croissance inclusive et créer des emplois. Or, leur nombre a diminué de moitié durant la décennie de crise. C’est pour cela que le gouvernement a d’abord adopté la loi de promotion des PME, qui fixe le cadre juridique et institutionnel et qui garantit notamment aux PME un meilleur accès aux marchés publics. 

Quant au projet Phoenix doté d’un budget de 86 milliards de F.CFA, l’ambition est de créer 600 000 emplois et passer de 50 000 à 120 000 PME, qui représenteront entre 30 % et 40 % du PIB comme dans la plupart des pays développés. Pour cela une agence des PME est en cours de constitution. Elle va travailler dans quatre directions : l’accès aux financements, le renforcement des capacités techniques et managériales, l’amélioration du climat des affaires, le développement de la culture entrepreneuriale et de l’innovation. 

Dans les dix prochaines années, l’Afrique doit créer 11 millions d’emplois supplémentaires par an pour fournir du travail à sa jeunesse, selon la Banque mondiale. Soit nous créons ces emplois et nous consolidons notre croissance et notre développement. Soit nous n’y parvenons pas et l’Afrique pourrait subir un revers. L’effet de masse est un enjeu lourd. En 2050, l’Afrique comptera 2 milliards d’habitants, à 60 % urbanisés, et 25 % de la population active mondiale, comme la Chine aujourd’hui ! Si cette population active a du travail, l’Afrique peut être le prochain atelier du monde.

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