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African Business

Le changement climatique bouscule l’industrie du café

Le changement climatique bouscule l’industrie du café
  • Publiéoctobre 31, 2022

Les modèles climatiques prévoient une baisse spectaculaire de la disponibilité du café avec la hausse des températures et le combat contre les parasites. Les agriculteurs et les autorités publiques doivent se préparer à un avenir incertain.

 

Sur le mont Elgon, un volcan éteint situé à la frontière entre l’Ouganda et le Kenya, Kenneth Barigye cultive des grains d’arabica dans ses plantations de café. Il les cultive également sur ses domaines dans les montagnes de Rwenzori et à Kisoro en Ouganda, un pays qui a enregistré en 2021 ses exportations de café les plus élevées depuis trois décennies. Ses affaires sont stables pour le moment, mais comme de nombreux producteurs de café en Afrique, Barigye estime que ses jours de production du grain le plus populaire au monde sont comptés.

« Nous subissons des chocs de rendement dus à des conditions météorologiques défavorables et au fardeau des parasites et des maladies, qui ont un impact considérable sur les revenus des petits exploitants », nous résume Kenneth Barigye, directeur général de Mountain Harvest. « Ces défis sont encore aggravés par le manque d’accès au financement pour l’achat d’intrants essentiels (variétés améliorées et résistantes à la sécheresse, systèmes d’irrigation, engrais et outils), ce qui entraîne une mauvaise nutrition des sols et une faible qualité et productivité du café. »

Le changement climatique pourrait entraîner une hausse des prix du café, une baisse de la qualité et une raréfaction des grains de qualité supérieure. Le secteur et les responsables politiques doivent prendre des mesures urgentes s’ils veulent éviter que ces problèmes ne se répercutent sur le consommateur.

L’arabica est vendu dans la plupart des cafés, y compris dans les grandes chaînes mondiales comme Starbucks, Costa et Seattle Coffee Company. Ce grain a besoin de hautes altitudes et de températures basses pour pousser, contrairement à son cousin moins populaire, le robusta, une plante plus rustique avec des niveaux de caféine plus élevés. Le robusta, qui a un goût plus amer que l’arabica, peut pousser à des altitudes plus basses et à des températures plus élevées.

Ces dernières années, la consommation mondiale de café est montée en flèche, en raison de l’augmentation des revenus dans le monde. Pourtant, malgré la forte demande, les modèles climatiques prévoient une baisse spectaculaire de la disponibilité de la récolte à mesure que les températures augmentent dans les années à venir. L’Afrique, le continent où le café est né, ne fera pas exception, mettant en péril son marché de 2,5 milliards de dollars. 

 

Une qualité affectée

L’Éthiopie est le premier exportateur africain, avec environ 1,2 milliard $ d’exportations de café par an, tandis que l’Ouganda est le deuxième, avec environ 594,2 millions $, selon les données de Statista. Nul doute qu’à la COP27, les dirigeants africains devront s’efforcer d’obtenir des engagements financiers et politiques s’ils souhaitent préserver le commerce du café sur le continent.

Une étude publiée en janvier prévoit que le changement climatique réduira considérablement l’adéquation du café dans la plupart des régions d’ici à 2050, y compris en Afrique. Comparé à l’anacarde et à l’avocat, le café s’est révélé être la culture la plus vulnérable au changement climatique. Le café d’Afrique de l’Ouest devrait être particulièrement touché.

Une autre étude de 2019 a révélé que 60 % des espèces de café sont menacées d’extinction en raison du réchauffement climatique et de la déforestation, ainsi que des maladies et des parasites.

« Le café est très sensible aux augmentations de température, même faibles, et l’impact peut varier en fonction du stade de la culture », confirme le professeur Michael Hoffman, du Cornell Institute for Climate Smart Solutions. « Un petit réchauffement au mauvais moment peut affecter le rendement, l’arôme et la saveur. »

La température et les précipitations ont un impact sur le rendement, ainsi que sur l’acidité du sol. Dans certaines régions, les pentes raides et la texture défavorable du sol peuvent être des facteurs limitants. En plus de cela, les ravageurs et les maladies, comme la rouille des tiges, peuvent également prospérer dans des températures plus élevées.

Les inondations et les sécheresses – des événements qui devraient devenir plus fréquents selon les modèles climatiques –, peuvent également freiner la croissance. Trop de pluie peut provoquer des moisissures et gêner la récolte, et trop peu signifie que les drupes, le fruit du café, ne poussent pas autant.

La culture du café a été introduite en Asie et aux Amériques par le colonialisme européen. « La part du lion du café commercialisé aujourd’hui est produite dans ces régions. Cependant, la richesse de la diversité génétique est toujours concentrée dans le foyer ancestral du café, dans l’Éthiopie et le Sud-Soudan actuels », explique Melissa Wilson Becerril, responsable de l’impact de Cooperative Coffees. La préservation de la diversité génétique de la culture sera essentielle au maintien d’un marché du café dynamique.

 

Les risques de précipitations accrues

Michael Hoffman considère que l’augmentation des températures mondiales va poser des problèmes aux caféiculteurs africains : « Les défis auxquels sont confrontés les producteurs de café en Afrique ne feront qu’empirer à mesure que les impacts du changement climatique s’intensifient. » Ce, alors que certains scientifiques prévoient que la zone propice à la culture du café en Afrique pourrait être réduite de 50 % d’ici au milieu du siècle.

En effet, de nombreux scientifiques prennent en compte dans leurs modèles climatiques une hausse des températures de 4°C par rapport aux niveaux préindustriels, soit 2,5°C de plus que l’objectif de l’accord de Paris de 2015. Selon Kenneth Bariyige, dans le cadre d’un scénario de +4°C, il fera trop chaud pour de nombreuses zones de culture de l’arabica.

La quantité et la qualité du café en seront affectées. La définition largement acceptée d’un café de spécialité est une infusion obtenant un score de 80 points ou plus sur l’échelle Q. Un café obtenant un score entre 80 et 84,99 est classé « très bon », tandis qu’un café obtenant un score entre 85 et 89,99 est classé « excellent ». Les lots ayant obtenu un score de 90 à 100 sont classés « exceptionnels ».

« Au-delà de la culture, la trajectoire actuelle du changement climatique a un effet supplémentaire sur notre activité », explique Kenneth. Bariyige. « En tant qu’exportateur de café de spécialité, j’ai besoin des bonnes conditions pour produire un café dont la note est supérieure à 84 points. Ces conditions comprennent une croissance lente de la cerise pour maximiser l’absorption des sucres et un séchage lent. Avec l’augmentation du temps chaud, nous verrons une croissance rapide qui affectera à la fois l’absorption des sucres et la taille de la cerise. Le temps chaud signifie également un séchage plus rapide qui a un effet négatif sur la qualité de la tasse. »

Daniel Habamungu Chinyabuguma, directeur général de la coopérative agricole Muungano en RD Congo, nous confie que ses caféiculteurs voient des schémas météorologiques plus erratiques, ce qui entraîne des ravages dans son entreprise. « Lorsqu’il pleut beaucoup, des érosions emportent les différents champs et la grêle endommage également les drupes et nous perdons le rendement », poursuit-il. « Quand le soleil est écrasant, cela va créer une évapotranspiration importante et les réserves de nutriments seront vides et les caféiers vont fleurir mais ils ne pourront même pas nourrir les drupes, donc les rendements sont automatiquement impactés. »

Comme l’arabica pousse à flanc de montagne, les fortes pluies combinées à la déforestation et à l’érosion des sols rendent les plantations de café vulnérables aux glissements de terrain.

 

Migration du café

Même si la plupart des caféiculteurs trouvent le réchauffement de la planète difficile, le changement climatique offrira à d’autres pays africains la possibilité de produire plus de café qu’auparavant. Certaines régions d’Afrique de l’Est, ainsi que certaines parties de l’Afrique australe, en bénéficieront en raison de l’augmentation des températures minimales du mois le plus froid.

Denis Murphy, professeur émérite de biotechnologie à l’université du Pays de Galles du Sud, évalue qu’ « une bande de 500 km de large allant du Soudan du Sud à la Côte d’Ivoire » pourrait en bénéficier, mais précise : « Cela reste incertain et nous devons étudier les données réelles des modèles de précipitations pour affiner les prédictions. »

De nombreux caféiculteurs seront perdants s’ils ne prennent pas de mesures pour atténuer les effets du changement climatique.

« Je vois la solution dans la promotion de l’agroforesterie et l’augmentation du nombre de caféiers dans une acre », juge Kenneth Barigye. «Un tel système agricole est capable de restaurer la couverture forestière tout en augmentant la productivité de l’arabica d’au moins 69% (de 650 à 1100 arbres par acre). La productivité accrue augmentera la capacité de l’agriculteur à investir dans des systèmes d’irrigation.

La deuxième solution consiste à se préparer au pire scénario dans lequel les agriculteurs ne peuvent pas cultiver de café. « Un tel scénario nécessite une diversification des sources de revenus pour inclure des espèces génératrices de revenus qui sont tolérantes à la chaleur, comme l’avocat qui, heureusement, peut être cultivé en intercalaire avec le café dans le cadre de la solution agroforestière. »

De son côté, Michael Hoffman convient que les agriculteurs pourraient utiliser des cultures d’ombre, comme l’avocat, la banane, la goyave ou la mangue, pour aider à garder les plants de café plus frais et pour fournir aux agriculteurs d’autres revenus, dont certains peuvent être utilisés pour financer des mesures d’adaptation au climat.

« Dans certaines régions du monde, les arbres d’ombrage augmentent les populations d’oiseaux, qui se nourrissent des insectes ravageurs du café. Une autre option consiste à déplacer les plantations de café à des altitudes plus élevées, en supposant que cela soit faisable et n’interfère pas avec les efforts de conservation des forêts en amont », explique le directeur émérite du Cornell Institute for Climate Smart Solutions.

 

La meilleure atténuation est la prévention

« Pour aider les agriculteurs à s’adapter aux conditions changeantes, ils doivent savoir quoi faire et les coopératives de café peuvent favoriser les programmes de formation pour les caféiculteurs. Grâce aux services offerts par les coopératives, les profits des producteurs peuvent augmenter, ce qui leur permet d’investir davantage dans des pratiques intelligentes sur le plan climatique. »

« Des plantes saines sont plus résistantes aux parasites et à la sécheresse, et ont des rendements plus élevés. Les sols riches en nutriments et en biodiversité produisent des plantes saines. Une taille régulière après la récolte et la gestion de l’ombre régulent les températures dans les exploitations, empêchent l’érosion des sols et permettent aux plans de diriger les nutriments vers la nouvelle croissance, ce qui augmente la productivité », affirme Melissa Wilson Becerril.

Par-dessus tout, les agriculteurs ont besoin de revenus qui leur permettent de s’adapter au changement climatique. Les institutions privées et les banques pourraient fournir des microfinancements aux petits exploitants de café pour les aider à financer l’adaptation. Les vendeurs de café pourraient aider les exploitants à utiliser différentes stratégies pour optimiser le rendement, fournir des semences plus résistantes et surveiller la production.

L’Afrique possède un café de qualité parmi les meilleurs au monde, mais sa productivité est inférieure à celle des autres continents producteurs de café. Les interventions publiques, telles que les programmes de soutien aux agriculteurs et les formations visant à améliorer la productivité et la durabilité, pourraient être très utiles. Les gouvernements devraient investir dans la recherche pour créer des cultures plus résistantes et des politiques respectueuses du climat.

@AB

 

Écrit par
Jack Dutton

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