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Le Cameroun trouve les financements à sa riposte

Les institutions internationales viennent en appui du Cameroun, qui a pris des mesures sévères face à la propagation de la Covid-19. Épidémie particulièrement redoutée dans le nord du pays, qui fait l’objet de toutes les attentions.

Par LS

Après hésitations, le FMI (Fonds monétaire international) apporte son aide au Cameroun face aux besoins urgents du pays, touché par la pandémie de la Covid-19. Parallèlement, l’État prend diverses mesures en faveur des entreprises et de certains secteurs vitaux. Surtout, il lance un vaste plan de reconstruction des régions anglophones, durement éprouvées ces dernières années.

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Le conseil d’administration du FMI a approuvé un décaissement au titre de la FCR (Facilité de crédit rapide) portant sur 226 millions de dollars (136,7 milliards de F.CFA) afin d’aider le Cameroun à faire face à ses dépenses urgentes.

De son côté, la Banque mondiale pourrait décaisser jusqu’à 81 milliards de F.CFA (123,5 millions d’euros) à l’intention du Cameroun, selon le directeur des opérations de la BM, Abdoulaye Seck. À un réaménagement du portefeuille pays, permettant de dégager de 21 milliards de F.CFA, pourrait s’ajouter un prêt de 60 milliards. La BM retient le scénario d’un ralentissement prononcé des économies européennes et chinoises, couplé à des mesures vigoureuses de lutte contre la pandémie.

Le patronat camerounais réclame « des dispositifs de relance économique alliant des politiques budgétaire, monétaire et financière, ainsi que des politiques inédites de soutien aux entreprises et aux ménages ».

Si ce scénario se confirme, la croissance du Cameroun sera fortement affectée mais restera positive, en 2020. Un scénario plus sombre, dans lequel des mesures sanitaires d’urgence seraient négligées, envisage la récession.

« Les mesures politiques devraient inclure une nouvelle hiérarchisation des allocations budgétaires », précise Abdoulaye Seck au site Investiraucameroun. Il souhaite « réorienter les ressources vers la protection des plus vulnérables et fournir un soutien aux PME touchées par la crise ». Le gouvernement du Cameroun « devrait également envisager de soutenir le secteur informel qui sera probablement l’un des plus touchés ».

Des besoins urgents

De son côté, Mitsuhiro Furusawa, directeur général adjoint du FMI rappelle que le Cameroun est confronté « à de sérieux défis liés à la pandémie de Covid-19 et aux chocs des termes de l’échange ».

La faiblesse de la demande mondiale, la baisse des prix des produits de base et les mesures de confinement nationales pèsent sur les perspectives et entraînent des effets économiques et sociaux négatifs importants. « Les chocs ont provoqué des pressions budgétaires et un besoin urgent de balance des paiements », poursuit Mitsuhiro Furusawa.

Les autorités camerounaises prennent diverses mesures pour contenir la propagation de la maladie, augmenter les dépenses de santé et de protection sociale et apporter un soutien aux entreprises et aux ménages touchés, reconnaît le Fonds. Néanmoins, des besoins urgents apparaissent. Ce, en raison d’une détérioration importante des perspectives économiques et d’une dégradation de la situation budgétaire, induites par la baisse des recettes associée à des dépenses directes de santé et sociales supplémentaires.

Aussi, l’appui du FMI contribuera-t-il à combler les besoins extérieurs immédiats et à préserver la flexibilité budgétaire nécessaire aux dépenses de santé essentielles. Il devrait également contribuer à catalyser un soutien supplémentaire des donateurs. Instrument du FMI assorti d’un taux d’intérêt nul, la FCR rapide permet aux pays à faibles revenus, qui se heurtent à un problème immédiat de balance de paiements, d’obtenir un prêt remboursable sur dix ans.

Des premières mesures saluées

Ces dernières semaines, le Fonds répugnait à permettre au Cameroun d’utiliser cet instrument, redoutant un défaut de paiement. D’où des discussions qui ont quelque peu traîné. L’appui de certains bailleurs de fonds a finalement permis au Cameroun de faire valoir ses besoins en toute confiance.

Bailleurs dont la France, qui a décidé un moratoire sur la dette du pays. En matière d’endettement, le Cameroun est d’ailleurs « dans les clous » des normes communautaires, avec un ratio de dettes/PIB de l’ordre de 45% cette année. Pour autant, la charge de la dette paraissait élevée aux yeux du FMI, dans un contexte de fort recul des recettes fiscales.

Le syndicat patronal, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) en a « pris acte ». Il salue « des premières mesures prises pour soulager les secteurs les plus touchés »

Le FMI vient en soutien du Cameroun après que ce dernier a pris une série de mesures visant à soutenir l’économie, en grande partie victime du « confinement ». Le syndicat patronal, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) en a « pris acte ». Il salue « des premières mesures prises pour soulager les secteurs les plus touchés ». Beaucoup de ses propositions ont « été partiellement prises en compte », comme la décision d’apurer le solde de crédit de TVA. Cette mesure « contribue à restaurer la trésorerie des entreprises ».

Un ballon d’oxygène pour les régions anglophones

Pour autant, le Gicam « déplore l’absence de mesures douanières, de remboursement de la dette intérieure et la non-mobilisation des leviers bancaires ». Aussi, le chemin visant « à contenir les dérapages et dysfonctionnements économiques est-il long ».

L’organisation patronale redoute « un faible impact » des mesures annoncées. C’est pourquoi le patronat réclame « des dispositifs de relance économique alliant des politiques budgétaire, monétaire et financière, ainsi que des politiques inédites de soutien aux entreprises et aux ménages ».

D’autre part, le ministère de l’Économie, de la planification et de l’aménagement du territoire, (Minepat) a conclu un accord avec le PNUD concernant le développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’organisation onusienne apporterait 8,9 milliards de F.CFA (13,6 millions d’euros) en appui du Programme présidentiel pour la reconstruction et le développement. L’accord a été signé par le ministre Alamine Ousmane Mey et le représentant du PNUD, Luc Stalon.

Selon ces deux personnalités, cet apport témoigne de l’effort du gouvernement dans le programme de reconstruction des deux régions anglophones, dévastées par la guerre depuis près de quatre ans. Cette enveloppe représente 10% des financements nécessaires du programme, chiffré à 89,6 milliards de FCFA.

La reconstruction des régions anglophones avait été décidée lors du « Grand dialogue national » convoqué durant l’automne 2019, à l’initiative du président Paul Biya.

La reconstruction des deux régions anglophones devrait s’étaler sur deux ans, dans le cadre du Plan national de développement qui couvre, lui, une période de dix ans. Les chantiers prévoient la réhabilitation de 12 000 maisons, 40 ponts, 115 centres de santé, 600 kilomètres de routes, 400 points d’eau, 350 écoles, etc.

Un rapport du Gicam avait étudié la situation de ces régions anglophones. «En se focalisant sur dix secteurs d’activité uniquement, les pertes sont estimées à près de 800 milliards F.CFA au bout de trois ans. » Le secteur de la distribution est le plus touché, « l’insécurité ayant fait le lit des circuits d’approvisionnement informels, dont plusieurs sont alimentés par les produits de contrebande », révélait l’organisation patronale.

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