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Le Cameroun engrange les recettes douanières

Le Cameroun engrange les recettes douanières
  • Publiéjanvier 10, 2023

La Douane camerounaise fait état d’une hausse plus forte que prévu des recettes douanières en 2022 et ajuste en conséquence ses prévisions pour 2023. Des perspectives qui permettent l’État à se priver de certaines recettes, afin de ne pas gripper la machine économique.

 

L’exercice 2022 se solde par une hausse significative des recettes douanières au Cameroun, à 897,4 milliards de F.CFA (1,37 milliard d’euros). Une croissance de 5,3%, supérieure de 3,9 points aux objectifs de la direction des Douanes, établies en début d’année. Les réalisations de 2022 dans un contexte de « nombreuses saisies de marchandises de fraude, de contrebande, de contrefaçon, ainsi que de marchandises dangereuses pour la sécurité », fait savoir la direction des Douanes. Différentes innovations technologiques acquises par le Cameroun portent leurs fruits, comme l’application Cosmos qui permet de traquer les véhicules non dédouanés.

Le Cameroun attend des recettes douanières de précisément 1004,7 milliards de F.CFA au titre de l’exercice budgétaire 2023 ; la Douane prévoyant donc, pour la première fois, un montant supérieur à 1 000 milliards de F.CFA.

Au cours de l’exercice écoulé, pourtant, les Douanes camerounaises ont enregistré un manque à gagner de près de 20 milliards de F.CFA de recettes douanières, du fait de la mise en œuvre des accords de partenariat économique (APE). Il pourrait en être de même cette année, redoute la presse économique camerounaise. Les APE lient le Cameroun aux pays de l’UE (Union européenne), d’une part, et la Grande-Bretagne, d’autre part.

Pourtant, « force est de constater que ce manque à gagner est en baisse par rapport aux 27 milliards de F.CFA projetés en début d’exercice par le ministère des Finances », observe le magazine Investir au Cameroun. Cette projection avait surestimé les pertes attendues de l’entrée en vigueur, à partir de janvier 2021, de la 5e phase du démantèlement tarifaire lié à l’APE, avec notamment la réduction de 10% des droits de douane sur l’importation des produits à rendement fiscal élevé tels que les véhicules, les motos, les carburants, les ciments, etc.

La 6e phase a accéléré ce processus de démantèlement tarifaire l’an passé, portant à 20% la réduction des droits de douane sur des produits à rendement fiscal élevé. Pourtant, l’opération n’aura donc pas gonflé le manque à gagner, calcule Investir au Cameroun. Il en est de même pour l’extension de l’APE avec l’UE à la Grande-Bretagne, suite à la ratification de l’accord bilatéral avec le Cameroun en juin 2021.

 

Phase de transition

Cet accord permet à la partie camerounaise de continuer à bénéficier d’un accès préférentiel (sans droit de douane et sans contingentement) au marché britannique, pour la totalité de ses produits ; et à la Grande-Bretagne de faire entrer, en franchise de droits de douane, 80% de ses exportations vers le marché camerounais, suivant un calendrier de démantèlement progressif des tarifs douaniers.

Rappelons qu’après le Brexit, afin de ne pas perturber les échanges commerciaux avec ses partenaires après sa sortie de l’Union, la Grande-Bretagne s’est engagée dans la négociation de nouveaux accords et traités commerciaux avec tous ses principaux partenaires commerciaux.

Selon la Cnuced, sans un accord bilatéral avec le Cameroun, le Brexit aurait pu entraîner une baisse globale de 28% des exportations camerounaises vers la Grande-Bretagne, ce qui en numéraire correspond à une perte annuelle de recettes d’exportation de l’ordre de 17,1 millions de dollars. Reste donc à savoir, pour clore le chapitre des APE, quels en sont les bénéfices pour les exportations. Au moment de la mise en œuvre de la dernière phase, courant 2022, les économistes faisaient part d’un bilan mitigé : si des barrières tarifaires sautent, des barrières non-tarifaires (tracasseries administratives, normes…) entravent encore l’envoi de produits camerounais en Europe.

Il n’en reste pas moins que le Cameroun est dans une délicate phase de transition. En 2023, les Douanes renonceraient à 155 milliards de F.CFA de recettes (236 millions d’euros) ; celles liées aux APE n’en sont donc qu’une partie. La première source tient au manque à gagner de 120 milliards de F.CFA en taxes sur les produits pétroliers, après la décision du gouvernement de stabiliser les valeurs en douane du gasoil, du super et du pétrole. D’autres mesures d’aides fiscales en vue de lutter contre la vie chère ou de faciliter le commerce dans le cadre de la mise en œuvre de la ZLECAf, compléteront ce manque à gagner.

Et c’est dans ce contexte que le Cameroun attend des recettes douanières de précisément 1004,7 milliards de F.CFA (1,53 milliard d’euros) au titre de l’exercice budgétaire 2023 ; la Douane prévoyant donc, pour la première fois, un montant supérieur à 1 000 milliards de F.CFA.

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

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