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African Business

L’Allemagne de retour en Afrique

Pendant longtemps continent des « hésitations » allemandes, l’Afrique est désormais perçue comme « un marché d’avenir », comme en atteste la récente visite de la chancelière Angela Merkel dans trois pays africains.

Dakar, Seydou Ka

La Conférence de Berlin de 1884 a été l’acte fondateur de l’emprise européenne sur le continent africain. Aujourd’hui, l’Allemagne est très en retard en Afrique par rapport à ses homologues européens (notamment la France et la Grande-Bretagne), mais aussi par rapport aux nouvelles puissances émergentes comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.

« L’Allemagne et l’Afrique se connaissent peu malgré une courte histoire commune et parfois douloureuse », écrivaient Jean-Louis Georget et Jean-Jacques Alcandre dans la revue Allemagne d’aujourd’hui, faisant référence au passé colonial épisodique de l’Allemagne sur le continent.

Conscient du potentiel africain, Berlin ne veut plus laisser le terrain africain à ses concurrents. Preuve de ce regain d’intérêt pour le continent, au même moment où Theresa May annonçait, au Cap, le come-back du Royaume-Uni en Afrique, Angela Merkel débutait, le 29 août, une mini-tournée africaine qui l’a conduite au Sénégal, au Ghana et au Nigeria.

Le sens de cette visite est de « non seulement, parler de l’aide au développement classique, mais aussi des possibilités d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques qui sont, pour la plupart des pays africains, très importantes », explique la dirigeante allemande. C’est la deuxième fois, en moins de deux ans, que la Chancelière visite l’Afrique.

Alors que sa dernière mini-tournée – qui l’avait conduite, en octobre 2016, au Mali, au Niger et au Kenya – était essentiellement focalisée sur la lutte contre le terrorisme, celle-ci a un fort accent économique. Au Sénégal, Angela Merkel est ainsi venue avec onze dirigeants d’entreprises spécialisées dans l’alimentation, la consultance, l’énergie et la machinerie, notamment pour les mines et l’or.

Hier, le continent des hésitations allemandes…

Si l’Allemagne est engagée en Afrique depuis plusieurs années, cette présence était essentiellement tournée vers l’Aide au développement. La politique de coopération entamée dans les années 1970 continua, en effet, de rester la ligne directrice et le maître-mot de l’action allemande en Afrique.

À partir de ce moment, les autorités allemandes ont pris conscience qu’elles ne pouvaient continuer à appréhender un continent qui comptera bientôt 2,5 milliards d’habitants sous le seul prisme de l’aide au développement.

Une forte présence sur le marché africain n’est pas seulement un luxe pour l’économie allemande. L’Afrique, c’est la réponse aux grandes difficultés qu’affrontera l’Allemagne dans les années à venir.

Les classes moyennes montantes et les taux de croissance importants (souvent supérieurs à 5 %) firent apparaître l’Afrique comme un réservoir potentiel de consommateurs pour l’économie allemande.

Dans ses « Nouvelles lignes directrices de la politique africaine », adoptées par le Bundestag, en septembre 2014, l’Allemagne commence à percevoir l’Afrique comme un « gigantesque marché pour l’avenir ». Dès lors, en plus des axes classiques de sa coopération, Berlin se fixe comme nouvelle priorité d’ouvrir le potentiel des marchés africains à ses entreprises.

Le continent d’avenir de l’industrie allemande…

Longtemps championnes du commerce international, les entreprises allemandes s’engagent peu en Afrique. À l’exception de Beierdorf qui, avec son produit phare Nivea, a réussi à s’imposer durablement en Afrique de l’Est, les grands groupes commencent seulement à découvrir le continent. L’Afrique représente à peine 2 % du commerce extérieur allemand en 2015, contre respectivement 1,2 % et 1,3 % en 2011 et 2012.

Sur le plan industriel, mis à part l’automobile (Volkswagen, BMW et Mercedes ont ouvert des usines d’assemblage en Afrique du Sud), peu d’entreprises allemandes produisent en Afrique.

En fait, l’absence de colonies n’explique pas la faible présence des entreprises allemandes, explique Christian Hiller von Gaertringen, expert de la Finance, spécialisé sur l’Afrique.

L’exemple de la Chine est là pour le prouver. Ni d’ailleurs l’argument de l’instabilité politique ou la faiblesse des institutions. Seul argument qui résiste à l’analyse, c’est la faible productivité de la main-d’oeuvre africaine. Elle constitue un frein pour les investissements allemands (qui atteignent à peine 10 milliards d’euros, comparés aux 400 milliards d’euros investis par la Chine entre 2000 et 2014).

« De toute façon les industriels allemands n’ont pas le choix. Une forte présence sur le marché africain n’est pas seulement un luxe pour l’économie allemande. L’Afrique, c’est la réponse aux grandes difficultés qu’affrontera l’Allemagne dans les années à venir », pronostique Christian Hiller von Gaertringen.

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