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African Business Conjoncture

L’Algérie tirée par ses hydrocarbures

L’Algérie tirée par ses hydrocarbures
  • Publiéaoût 5, 2022

Selon la dernière étude de conjoncture de la Banque mondiale, les revenus de l’Algérie tirés des hydrocarbures devraient compenser ses dépenses d’approvisionnement en blé, en 2022 et au-delà. Les économistes invitent le pays à poursuivre ses efforts en direction du secteur privé.

 

Par Laurent Soucaille

On se souvient que le rapport de conjoncture de la Banque mondiale, publié fin décembre 2021, avait fâché les autorités algériennes, dont le courroux avait été relayé avec force par l’agence APS. Celui publié six mois plus tard ne devrait pas entraîner les mêmes éclats de voix. Sans écarter les facteurs de risques, en cette période d’incertitudes économiques mondiales, la BM dresse un tableau plutôt encourageant de l’Algérie, qui continue de bénéficier de sa position dans les hydrocarbures. D’ailleurs, le titre du rapport, Renforcer la résilience en période favorable, n’est pas de nature à fâcher quiconque.

Jesko Hentschel, directeur pays Maghreb de la Banque mondiale, insiste : « La poursuite des efforts de réforme visant à stimuler l’activité du secteur privé sera essentielle pour stimuler une croissance inclusive et créer des emplois. »

Ces derniers mois, « la reprise a été portée par le secteur des hydrocarbures et un redressement plus marqué dans les services, malgré la baisse de l’activité agricole et une reprise incomplète dans le secteur manufacturier public », résume le rapport. La reprise des offres d’emploi s’est poursuivie mais est demeurée incomplète, et l’inflation a continué d’augmenter. Les autorités ont alors mis en œuvre un ensemble de mesures afin de limiter l’impact sur le pouvoir d’achat.

La hausse continue des prix mondiaux des hydrocarbures a cependant généré une nette amélioration des équilibres macroéconomiques. Le prix du pétrole algérien a gagné 50 % durant les cinq premiers mois de l’année 2022, entraînant dans son sillage, bien qu’avec un délai, le prix à l’export du gaz algérien. Couplé à la hausse de la demande européenne en gaz et des quotas de production de l’OPEP, cette amélioration a contrebalancé la hausse des prix à l’importation, notamment des céréales, et effacé le déficit du compte courant, permettant une stabilisation relative des réserves de change… Déjà, le déficit budgétaire global s’était largement résorbé en 2021, passant de 12 % à 7,2 % du PIB.

En outre, la politique monétaire est demeurée accommodante et la liquidité bancaire est remontée, suivant les recettes d’exportation. La croissance du crédit au secteur privé est demeurée atone, et les crédits bancaires à l’État ont dépassé ceux aux entreprises privées.

 

Des effets limités de la situation en Ukraine

Selon les économistes de la BM, « la reprise graduelle de l’activité devrait se poursuivre en 2022, et les prix élevés des hydrocarbures permettre un surplus du compte courant ». L’activité du secteur des hydrocarbures devrait continuer de soutenir la croissance, ainsi que l’activité dans les autres secteurs, devraient retrouver son niveau prépandémie ; l’investissement prenant le relais de la consommation.

Les principaux risques aux perspectives macroéconomiques émanent des fluctuations sur le marché des hydrocarbures, « soulignant le rôle crucial de la mise en œuvre du programme de réforme du gouvernement », fait observer la BM. Qui constate d’ailleurs que la réforme du Code des hydrocarbures, mise en œuvre en 2021, a apporté de nouveaux contrats au pays et devrait continuer de soutenir les investissements, ces prochains mois.

Évoquant les retombées de la guerre en Ukraine, la BM juge qu’à court terme, les effets sur les flux internationaux de l’Algérie seront limités. La crise provoque la hausse des prix mondiaux du pétrole et du gaz, augmentant les recettes d’exportations. D’autre part, l’Algérie est le 6e importateur de blé, donc la crise contribue à une hausse des prix importés. L’impact serait plus important à partir de 2023, si la crise se prolonge. Enfin, à long terme, l’Algérie devrait bénéficier des efforts déployés par l’Europe pour diversifier son approvisionnement énergétique, en augmentant les investissements, la croissance et les exportations.

Ainsi, les équilibres macroéconomiques restent-ils tributaires des fluctuations des prix mondiaux du pétrole, hautement volatils, dans un contexte d’incertitude autour de l’évolution de la guerre en Ukraine et de la dynamique de l’économie mondiale. Le rythme et la durabilité de la reprise dépendront de l’impact du programme de réforme sur la capacité du secteur privé à soutenir la croissance. Comme ailleurs, l’inflation est aussi devenue un sujet de préoccupation croissant en Algérie. Des politiques budgétaires et monétaires prudentes, ainsi que des réformes favorisant une plus grande concurrence, permettront de limiter les pressions inflationnistes et de soutenir une croissance plus inclusive et durable.

Les économistes de la Banque mondiale prévoient une croissance stable en 2022, à 3,5%, suivie d’une hausse du PIB de 1,9% en 2023 et de 1,8% en 2022.

@AB

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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