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L’Algérie face aux dangers de l’inflation

L’Algérie face aux dangers de l’inflation
  • Publiéavril 2, 2024

Le président algérien, répondant aux préoccupations du FMI, promet une politique monétaire moins accommodante et des mesures économiques pour préserver le pouvoir d’achat.

 

Répondant à une note du FMI (Fonds monétaire international) publiée le 29 mars 2024, le président algérien a affirmé que l’État mettait tout en œuvre pour réduire l’inflation à moins de 4%. Dans un entretien télévisé, Abdelmadjid Tebboune a fixé l’objectif « de
réduire le taux d’inflation, qui oscille actuellement entre 7% et 8%, à 4% au maximum
 ». Selon lui, la lutte contre l’inflation est l’un des trois axes auxquels s’attelle le gouvernement pour augmenter le pouvoir d’achat des citoyens, avec l’axe social qui prévoit l’augmentation des salaires et l’institution de l’allocation-chômage, ainsi que « la défense de la valeur du dinar algérien ».

Le FMI « encourage » les autorités algériennes à rééquilibrer progressivement la politique budgétaire afin de préserver les volants de sécurité et d’améliorer la viabilité des finances publiques et de la dette,

Cette réévaluation passera par des mesures économiques et monétaires, afin de réduire la valeur des importations et donc l’inflation importée. Le Président a reconnu que la valeur du dinar avait baissé dans des « circonstances illogiques marquées par l’injection de fonds via la planche à billets, dont nous subissons aujourd’hui les répercussions ».

Côté économique, le président a précisé, pour s’en féliciter, que l’Agence algérienne de promotion des investissements comptabilisait près de 6 000 projets, dont « la moitié a été lancée ». La plupart devraient se concrétiser à l’horizon 2026.

Selon les estimations, l’économie algérienne a connu une croissance de 4,2 % en 2023, « une performance robuste due à un rebond de la production d’hydrocarbures et à de bonnes performances dans les secteurs de l’industrie, de la construction et des services », résume le FMI. La position extérieure est restée « solide », avec un excédent du compte courant pour la deuxième année consécutive.

Toutefois, les pressions inflationnistes ont persisté (principalement en raison des prix élevés des denrées alimentaires) et la politique monétaire est restée « accommodante », euphémise le FMI. Selon les estimations, le déficit budgétaire s’est creusé, mais moins que prévu dans le budget révisé de 2023, en raison de taux d’exécution relativement lents.

 

Perspectives positives

Le FMI considère qu’un resserrement proactif de la politique monétaire, par le biais d’un relèvement du taux directeur et du ratio de réserves, combiné à une absorption continue des liquidités, contribuera à soutenir les efforts de désinflation. « Il sera également essentiel de renforcer le mécanisme de transmission monétaire et de faire de la stabilité des prix l’objectif principal de la politique monétaire. »

L’institution de Washington considère que les perspectives à court terme sont « globalement positives » mais que l’« inflation reste préoccupante ». La croissance réelle devrait rester forte en 2024, à 3,8 %, soutenue en partie par d’importantes dépenses budgétaires. L’inflation commencerait à décélérer, notamment grâce à la baisse des prix des denrées alimentaires fraîches, bien que le maintien d’un niveau relativement élevé soit préoccupant. L’excédent de la balance courante devrait encore se réduire en 2024, en raison de la baisse des prix des hydrocarbures.

L'entrée de la Banque d'Algérie.
L’entrée de la Banque d’Algérie.

Selon le FMI, les perspectives économiques à moyen terme dépendent des efforts de diversification de l’économie et de la capacité à attirer l’investissement privé, et sont soumises à plusieurs risques.

Les risques à la baisse comprennent une inflation persistante, la volatilité des prix internationaux des hydrocarbures, les risques fiscaux liés aux engagements conditionnels, les besoins financiers budgétaires importants et l’augmentation de la dette publique. Des événements climatiques extrêmes affecteraient l’économie et le budget, tandis qu’une transition énergétique désordonnée constitue un risque à plus long terme.

Du côté positif, « des réformes structurelles soutenues, audacieuses et profondes et des efforts résolus pour diversifier l’économie, améliorer le climat des affaires, attirer les investissements et exploiter de nouveaux marchés d’exportation pourraient stimuler davantage la croissance et la création d’emplois ».

Les administrateurs du FMI considèrent qu’un « dosage judicieux des politiques », accompagné d’une mise en œuvre soutenue des réformes visant à diversifier l’économie et à réduire les risques liés au climat, sera nécessaire pour assurer la stabilité macroéconomique et promouvoir une croissance inclusive et durable. Néanmoins, le FMI approuve l’engagement des autorités en faveur de la viabilité budgétaire à moyen terme.

 

De bonnes réformes financières

Compte tenu du risque de dérapages budgétaires, l’institution monétaire encourage les autorités à rééquilibrer progressivement la politique budgétaire afin de préserver les volants de sécurité et d’améliorer la viabilité des finances publiques et de la dette, tout en apportant un soutien ciblé aux plus vulnérables.

Enfin, les administrateurs du FMI saluent l’adoption de la loi monétaire et bancaire visant à moderniser les marchés financiers ainsi que les opérations et la gouvernance de la banque centrale. Et se félicitent de « la résilience du système bancaire » algérien. Ils « encouragent » les autorités à renforcer la surveillance des banques, à contrôler les prêts non productifs et à renforcer la gouvernance des banques publiques et des autres entreprises d’État. Afin notamment de réduire les risques systémiques liés à l’imbrication des liens économiques et financiers entre l’État, les entreprises publiques et les banques d’État.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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