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African Business

L’aide des diasporas devient prédominante

Malgré la crise sanitaire, les envois d’argent des diasporas à destination de l’Afrique du Nord et – du moins en apparence –, vers l’Afrique subsaharienne, ont progressé en 2020. Ces fonds deviennent la source majeure du financement extérieur des pays en développement.

Par Laurent Soucaille

La Banque mondiale a, un temps, redouté le pire, avant de corriger son pessimiste. Bien lui en a pris, puisque tout compte fait, les transferts d’argent des migrants à destination des pays en développement n’ont subi qu’un recul limité, en 2020. Selon les données des circuits officiels, ces envois de fonds progressent même vers l’Afrique du Nord et vers l’Afrique subsaharienne, à l’exception notable de la destination Nigeria.

De jeunes migrants africains, future diaspora

Face au poids grandissant de cette source de financement extérieur pour les pays à revenu faible et intermédiaire, il convient d’améliorer la collecte de données sur les envois de fonds en termes de fréquence, de délais de notification et de granularité des informations.

Selon la nouvelle édition de Migrations et développement, du Partenariat mondial pour la connaissance sur les migrations et le développement (Knomad, groupe Banque mondiale), les envois de fonds officiellement enregistrés vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 540 milliards de dollars en 2020, un recul de 1,6 % en un an. Ce repli est moins net que lors de la crise financière de 2009, où la baisse des remises migratoires avait atteint 4,8 %.

De plus, le fléchissement est nettement moins brutal que pour d’autres indicateurs comme celui des IDE (Investissements directs étrangers) qui a chuté de 30% (hors Chine). D’ailleurs, le montant des « remises migratoires » a, l’an dernier, dépassé celui des IDE (259 milliards $) et celui de l’Aide publique au développement (179 milliards). Selon le rapport, les envois de fonds de la diaspora représentent pas moins de 10,5% du PIB du Sénégal, 5,9% de celui du Togo, 5,6% de celui du Mali et 5,3% pour le PIB de la Tunisie. Le « record » étant détenu par le Lesotho, qui dépend des envois de fonds à hauteur de 20,6% de son PIB.

Des membres de la diaspora africaine

En grande partie, cette résistance des envois de fonds s’explique par les mesures de soutien à l’économie des pays d’accueil, qui ont permis de soutenir l’activité et les revenus des migrants. Peut-on y déceler un effet d’optique ? Il semble que la généralisation des transactions par voie numérique plutôt qu’en liquide, ainsi que le recours accru aux canaux formels, aient joué un rôle favorable en 2020. De même que les fluctuations des prix du pétrole et des taux de change. Le volume réel des transferts, formels et informels, est probablement supérieur aux données officielles, bien que l’impact de la pandémie sur les flux informels soit difficile à apprécier.

Les remises migratoires en faveur de l’Amérique latine et des Caraïbes ont progressé de 6,5 %, contre 5,2 % pour l’Asie du Sud. Mais la situation inverse est observée dans les régions Asie de l’Est-Pacifique (-7,9 %), Europe-Asie centrale (-9,7 %).

Chute des envois au Nigeria

Les transferts d’argent vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont augmenté de 2,3 % en 2020, à environ 56 milliards de dollars — une évolution à imputer essentiellement à la solidité des transferts vers l’Égypte (+11%), le Maroc (+6,5%) et dans une moindre mesure, la Tunisie (+2,5 %). Des pays comme Djibouti, le Liban, l’Irak et la Jordanie ont connu une dynamique inverse. En 2021, les remises migratoires vers la région devraient progresser de 2,6 %, à la faveur d’une reprise modeste dans la Zone euro.

Les transferts d’argent vers l’Afrique subsaharienne ont plongé de 12,5 % en 2020, à 42 milliards $ ; une évolution à imputer quasi intégralement à l’effondrement de 27,7 % des envois de fonds vers le Nigeria, qui représente à lui seul plus de 40 % des flux en faveur de la région. Les donateurs vers ce pays ont subi tant la chute du naira sur les marchés informels que les restrictions bancaires en matière de transferts de fonds.

Hors Nigeria, les envois ont progressé de 2,3 %, portées par le dynamisme des flux vers la Zambie (+37 %), le Mozambique (+16 %), le Kenya (+9 %) et le Ghana (+5 %). En 2021, la hausse devrait se confirmer (+2,6 %), à la faveur de meilleures croissances dans les pays à revenu élevé. À destination de plusieurs pays comme le Sénégal, les flux ont été supérieurs aux attentes.

Des coûts encore élevés de transferts

Knomad prévient que les données vers l’Afrique subsaharienne sont « rares et peu fiables », car les pays n’utilisent pas toujours les normes comptables les plus récentes. Certaines enquêtes peuvent suggérer une diminution des envois de fonds pour une majorité des ménages. Tandis que là aussi, le recours accru aux canaux formels, du fait de la fermeture des frontières, peut donner l’impression d’une hausse en trompe-l’œil, selon les chiffres communiqués par les banques centrales.

L’aide des diasporas devient prédominante

D’autre part, l’organisme constate que le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars reste élevé, dans la région, à 8,2% au quatrième trimestre de 2020, tandis que les Objectifs de développement durable sont de 3%. Les coûts des envois en provenance d’Afrique du Sud sont particulièrement élevés. Les « corridors » Côte d’Ivoire vers Mali, Sénégal vers Mali et France vers Cameroun, restent parmi les moins chers, le coût avoisinant 4,5 %. Dans le monde, les coûts les plus faibles sont observés en Asie du Sud (4,9 %).

« Alors que la Covid-19 exerce toujours un effet dévastateur sur les familles du monde entier, les remises migratoires confirment leur rôle de planche de salut pour les populations pauvres et vulnérables, souligne Michal Rutkowski, (Banque mondiale). Selon qui « les mesures d’accompagnement et les systèmes nationaux de protection sociale doivent continuer de favoriser l’inclusion de toutes les communautés, y compris les migrants. »

Le programme Knomad fait observer que cette bonne performance relative, à l’échelle mondiale, souligne l’importance de disposer de données actualisées. Face au poids grandissant de cette source de financement extérieur pour les pays à revenu faible et intermédiaire, « il convient d’améliorer la collecte de données sur les envois de fonds en termes de fréquence, de délais de notification et de granularité des informations sur les différents couloirs et canaux utilisés ».

Les sociétés de transfert de fonds se multiplient sur le continent, ici avec Orange Money

Pour Dilip Ratha, auteur principal du rapport, les remises migratoires « ne peuvent plus être considérées comme de la menue monnaie ». Selon ses pronostics, ces transferts vers les pays à revenu faible et intermédiaire devraient augmenter de 2,6 % en 2021, à 553 milliards $, puis de 2,2 % en 2022 $.

LS

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