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African Business

L’Afrique subsaharienne épargnée par le ralentissement mondial

Si le FMI a sensiblement revu en baisse ses prévisions mondiales de croissance économique pour 2022 et 2023, il a ajusté en hausse celles de l’Afrique subsaharienne, notamment à l’égard du Nigeria. Tout risque de propagation des ralentissements européen et asiatique n’est pas écarté.

 

Par Laurent Soucaille

Sans surprise, le FMI a revu en baisse ses prévisions de croissance mondiale, à l’occasion de la publication de ses Perspectives économiques mondiales d’avril 2022. La crise ukrainienne intervient « alors que l’économie mondiale ne s’est pas encore totalement remise de la pandémie », commente sur son blog Pierre-Olivier Gourinchas, directeur des études du FMI.

Le rapport du FMI sur la stabilité financière mondiale s’inquiète aussi du surendettement des pays les moins avancés. Ainsi que de l’explosion des dettes privées, durant la période de la Covid-19.

Les réunions de printemps des « Institutions de Bretton-Woods » (Banque mondiale et FMI), pourraient déboucher sur de nouvelles décisions à ce sujet.

« Ses effets, à la manière d’ondes sismiques, se propageront via les marchés des produits de base, les échanges commerciaux et les relations financières, et se feront sentir dans de nombreuses parties du monde. » C’est pourquoi la révision en baisse concerne avant tout la région du conflit, puis le reste de l’Europe, et l’Asie. De son côté, l’Afrique est relativement épargnée, sachant qu’après une année de redressement sensible, les économistes n’attendaient pas un fort rebond. Les pays producteurs de pétrole, surtout le Nigeria, voient leurs prévisions relevées.

Les pays des régions du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, entre autres, sont fortement exposés aux prix alimentaires mondiaux, en particulier le prix du blé, qui devrait rester élevé tout au long de l’année et jusqu’en 2023, souligne le rapport du FMI. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les retombées du resserrement des conditions financières mondiales, la réduction du tourisme et les retombées de la demande secondaire (par exemple, de l’Europe) freineront également la croissance, en particulier pour les importateurs de pétrole. Pour les exportateurs de pétrole, la hausse des prix des combustibles fossiles peut procurer des gains compensatoires.

En Afrique subsaharienne, les prix alimentaires sont également le canal de transmission le plus important, bien que de manière légèrement différente. Le blé est une partie moins importante du régime alimentaire, mais la nourriture en général représente une part plus importante de la consommation.

 

Gare aux effets du ralentissement en Europe de l’Ouest

La hausse des prix alimentaires affectera le pouvoir d’achat des consommateurs, en particulier des ménages à faible revenu, et pèsera sur la demande intérieure. Les troubles sociaux et politiques, notamment en Afrique de l’Ouest, pèsent également sur les perspectives. La hausse des prix du pétrole a toutefois amélioré les perspectives de croissance des exportateurs de pétrole de la région, comme le Nigeria, et le Sénégal, pour 2023.

Venons-en aux chiffres. Le FMI a revu en sensible baisse ses prévisions de croissance mondiales, à 3,6% en 2022 (-0,8 point) et 3,6% également en 2023 (-0,2 point). Ce recul est plus sensible pour les économies avancées, par exemple pour la zone Euro, où la croissance pourrait retomber à 2,8% en 2022, contre 3,9% espérés jusque-là. Les secteurs africains du tourisme, ainsi que les industries fortement exportatrices vers l’Europe, pourraient en pâtir.

Le FMI prévoit une croissance de 3,8% en Afrique subsaharienne pour 2022 et de 4,0% en 2023. Soit une hausse de 0,1 point de croissance pour 2022 par rapport à ses dernières prévisions ajustées en janvier, à la faveur, donc, d’une révision substantielle concernant le Nigeria (+3,4% contre +2,7% attendus). À noter que ces chiffres correspondent, pour la région, à une hausse de 1,2% en 2022 et de 1,4% du PIB par habitant.

 

Fort saut de croissance en 2023, au Sénégal

Dans la région MENA, forcément hétérogène, car comprenant des pays producteurs de pétrole et d’autres qui ne le sont pas, le FMI table sur un rebond de la croissance à 5% cette année (+0,6 point) et à 3,6% en 2023 (+0,2 point). En 2022, la croissance serait limitée à 2,2% dans les pays du Maghreb, dont 1,1% au Maroc, 2,4% en Algérie et 2,2% en Tunisie. En 2023, la croissance serait maintenue à 2,4% en Algérie et bondirait à 4,6% au Maroc. Le FMI, en négociations avec la Tunisie quant à son programme économique, n’établit pas de prévisions au-delà de cette année.

En Afrique subsaharienne, le FMI attend pour 2022 une hausse du PIB de 2,7% au Gabon et de 3,3% au Tchad, deux producteurs de pétrole ; la croissance serait respectivement de 3,4% et 3,5% en 2023.

Pour la Côte d’Ivoire, le FMI prévoit une solide croissance de 6% en 2022 et de 6,7% en 2023 ; le PIB du Cameroun est attendu en hausse de 4,3% en 2022 et de 4,9% en 2023. Enfin, du côté du Sénégal, la croissance serait de 5,0% en 2022 mais bondirait à 9,2% en 2023.

Du côté des pays à faibles revenus, le FMI attend une croissance 2022 de 6,4% en RD Congo, de 4,7% au Burkina Faso et de 2,0% seulement au Mali ; le rebond serait un peu meilleur en 2023, respectivement de 6,9%, 5,0% et 5,3%.

@AB

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