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L’Afrique doit mieux valoriser l’esprit d’entreprise

L’Afrique doit mieux valoriser l’esprit d’entreprise
  • Publiéoctobre 16, 2023

Alors que les apports de la mondialisation sont contestés, l’Afrique a besoin d’un instrument nouveau pour détecter et encourager ses entrepreneurs, considère Jim Clifton, qui intervenait lors de la lecture annuelle Babacar Ndiaye organisée par Afreximbank.

 

 

L’Afrique aura besoin d’un système, d’un outil, pour découvrir et nourrir les talents entrepreneuriaux afin de faire croître son économie et de créer des emplois pour sa jeune population. Cette recommandation émane de Jim Clifton. Le président de la société de sondage et d’analyse Gallup s’exprimait lors de la 7e lecture annuelle Babacar Ndiaye, qui s’est tenue le 14 octobre 2023. Cette conférence, qui se déroulait à Marrakech, au Maroc, avait pour thème « Le nouvel ordre mondial et l’avenir de l’entrepreneuriat en Afrique ».

C’était la première fois que cette série de conférences, une initiative de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) en l’honneur de son fondateur, se tenait en Afrique, les assemblées annuelles du FMI se déroulant sur le sol africain pour la première fois depuis Nairobi, en 1973.

« Il faut un océan d’entrepreneurs pour développer un continent et des gouvernements entreprenants pour faciliter et coordonner efficacement leurs actions, comme nous l’avons entendu ce soir. »

Dans son allocution de bienvenue, le professeur Benedict Oramah, président d’Afreximbank, a rappelé à l’auditoire la nature changeante du commerce mondial, en particulier le ralentissement de la mondialisation à un moment où l’Afrique était sur le point de bénéficier de l’augmentation des salaires en Chine.

La croissance du commerce mondial, suite à l’effondrement de l’Union soviétique, à l’émergence de l’Organisation mondiale du commerce et à l’ouverture de la Chine, a vu le commerce mondial s’accélérer de manière spectaculaire, passant de 2 000 milliards de dollars en 1980 à 7 000 milliards $ en l’an 2000 et à 24 000 milliards $ estimés pour 2022.

Benedict Oramah (photo ci-contre) a reconnu que les avantages inégaux de la mondialisation ont entraîné un retour de bâton : les populations occidentales et certains dirigeants politiques se montrant hostiles à sa poursuite. « Le mécontentement de l’armée des « cols-bleus » déplacés dans l’Ouest a eu des conséquences politiques sans précédent, conduisant à l’émergence de sentiments et de mouvements anti-mondialisation parmi les partis politiques et les candidats dans la plupart des économies de l’Ouest. »

Ces courants contraires ont entraîné la fin de ce que Benedict Oramah a appelé « l’âge d’or de l’esprit d’entreprise », caractérisé par une inversion des flux d’investissements vers les pays en développement, des restrictions sur les transferts de technologie, la réapparition de barrières commerciales, y compris une guerre commerciale entre les deux plus grandes économies du monde, et un environnement dans lequel la création d’entreprises dans le monde en développement est devenue plus risquée et plus difficile.

 

La charrette et le cheval

Ces évolutions constituent un défi pour l’Afrique et exigent que le continent se prépare à cette nouvelle ère. « Le monde tel que nous le connaissons a radicalement changé, et ce pour le pire, à un moment où l’Afrique s’attendait à bénéficier de la mondialisation qui a sorti près d’un milliard de personnes de la pauvreté en Chine. Toutefois, lorsque les entreprises explorent de nouvelles destinations d’investissement, elles ont le choix entre leur pays d’origine et l’étranger. Qu’en est-il de l’Afrique ? Que devons-nous faire pour attirer ces investissements en Afrique ? », s’est interrogé Benedict Oramah, en présentant Jim Clifton comme une personne capable de répondre à ces questions.

Dans son discours d’ouverture, le patron de Gallop a expliqué que l’un des principaux défis auxquels le monde est confronté aujourd’hui est que les économies ne se développent plus autant qu’avant. La recherche de la croissance et le désir de la stimuler ont conduit de nombreux pays à se concentrer sur l’innovation et à investir dans des systèmes destinés à faciliter l’innovation.

Distinguons les innovateurs et les entrepreneurs

Jim Clifton estime qu’il s’agit là d’une mauvaise approche, soulignant que c’est la création d’entreprises qui donne vie à l’innovation et engendre l’activité économique. « Il y a beaucoup d’innovations, mais elles n’ont aucune valeur si un client n’est pas prêt à les payer », juge-t-il. Il est important de faire la distinction entre le talent académique et la capacité à générer des idées à partir de l’esprit d’entreprise, qui requiert un ensemble différent de compétences. « Nous devons comprendre que si l’innovation est vraiment importante, si nous disposons d’un système pour soutenir et développer les entrepreneurs ou les faiseurs de pluie, tout changera. »

Avec une croissance de 3 %, l’économie mondiale atteindrait 200 000 milliards $ au cours de la prochaine génération, ce qui, selon Jim Clifton, serait un échec. Pour atteindre 300 000 milliards $, ce qui nécessiterait une croissance de 4,5 %, il faut bien comprendre les rôles respectifs de l’innovation et de l’esprit d’entreprise. « Nous devons comprendre qu’il s’agit d’une situation où il y a une charrette et un cheval, et je dirais que la charrette, c’est l’innovation, et le cheval, c’est l’esprit d’entreprise, et que nous devons être vraiment performants avec le cheval », a-t-il déclaré.

Selon Jim Clifton, cinq personnes sur mille ont la capacité de créer de grandes entreprises et d’avoir l’impact entrepreneurial qu’avait le fondateur d’Apple, Steve Jobs, ce qui signifie qu’il doit se trouver environ 7,5 millions de personnes de ce type en Afrique.

Le défi, a-t-il dit, est de les trouver. La solution consiste à mettre en place un « filet » qui permette d’identifier et de soutenir ces personnes. « Ce continent regorge de talents, peut-être plus que n’importe où ailleurs, et il n’y a aucune raison de ne pas y créer les plus grandes entreprises du monde. Il y a toutes sortes de minerais ici en Afrique, mais l’argent réside toujours dans l’esprit humain et nous n’avons pas réussi à l’exploiter », a-t-il conclu.

 

Un océan d’entrepreneurs

Hippolyte FofackDans ses remarques finales, Hippolyte Fofack (photo), économiste en chef d’Afreximbank, a souligné le rôle que jouent les entrepreneurs dans la croissance économique, en précisant que si l’Afrique dispose d’une main-d’œuvre et de ressources naturelles abondantes, elle a besoin de plus de capital et d’esprit d’entreprise pour former le quatuor complet nécessaire à la production. « L’esprit d’entreprise est l’un des principaux moteurs de la croissance, tant dans les pays développés que dans les pays en développement, mais je dirais qu’il est encore plus important en Afrique, où il ne s’agit pas d’un choix mais d’une nécessité », a-t-il déclaré, expliquant que les faibles niveaux d’emploi nécessitent beaucoup plus d’esprit d’entreprise.

« Il faut un océan d’entrepreneurs pour développer un continent et des gouvernements entreprenants pour faciliter et coordonner efficacement leurs actions, comme nous l’avons entendu ce soir », considère Hippolyte Fofack. Dans son intervention, l’économiste a souligné le rôle joué par Afreximbank dans le soutien de l’esprit d’entreprise en Afrique par l’intermédiaire de ses filiales et de ses initiatives telles que le Fonds pour le développement des exportations en Afrique, Creative Africa Nexus, le Centre d’excellence médical africain et d’autres programmes visant à soutenir les entrepreneurs et les petites entreprises sur tout le continent.

Afreximbank organise cette conférence chaque année depuis 2017 en l’honneur Babacar Ndiaye, le cinquième président de la Banque africaine de développement. Le Dr Ndiaye a transformé la BAD au cours de sa décennie de leadership et a également contribué à la création de plusieurs autres institutions panafricaines durables, notamment Afreximbank, Shelter Afrique et l’African Business Roundtable.

 

Paule Fax, d’après un compte-rendu de IC Events et Afreximbank.

@AB

Écrit par
Paule Fax

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