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African Business

L’Afrique devra davantage compter sur elle-même

L’Afrique devra davantage compter sur elle-même
  • Publiémars 4, 2024

Fiscalité à améliorer, cadre administratif à rendre plus souple, un libre-échange à poursuivre, une attractivité des investissements à préserver… L’Afrique doit se donner les moyens de prendre en mains son destin.

 

La 56e session de la CEA (Commission des Nations unies pour l’Afrique) a donné lieu à une série de débats sur le devenir du continent. Avec un axe clair : l’Afrique doit compter davantage sur elle-même pour son développement.

« Les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont particulièrement aigus parce que le système financier mondial est inadéquat et a complètement laissé tomber l’Afrique », a résumé Antonio Pedro, secrétaire exécutif adjoint de la CEA. Qui considère que l’Afrique a la capacité de créer ses propres solutions. « Nous avons également une occasion unique de transformer activement nos pays en passant à des économies inclusives, à faible émission de carbone et économes en ressources. »

Dans la pratique, juge-t-il, cela peut être réalisé en combinant les engagements environnementaux avec l’action climatique, les engagements socio-économiques avec l’éradication de la pauvreté et la réduction des inégalités. « Nous devons cesser d’être des exportateurs de matières premières. » Et Antonio Pedro d’appeler les dirigeants africains « à plus d’ampleur et d’ambitions ».

La question de la ZLECAf, déjà abondamment discutée cette année, constituera d’ailleurs le thème central de la prochaine Conférence des ministres réunis par la CEA, en mars 2025 en Éthiopie.

De son côté, son homologue Hanan Morsy, économiste en chef de la CEA, a plaidé pour une meilleure mobilisation des ressources du continent, relevant que l’Afrique avait le ratio impôts/PIB le plus faible de toutes les régions. « Il est impératif d’optimiser nos efforts de collecte de l’impôt pour assurer un développement durable », a-t-elle expliqué, ajoutant que les pays peuvent commencer par améliorer l’efficacité de leurs dépenses publiques, en veillant à ce que chaque dollar investi produise un rendement maximal. « Il ne s’agit pas seulement d’investir dans les bons domaines, mais aussi de le faire de la meilleure façon possible pour minimiser le gaspillage et maximiser l’impact. »

L’économiste recommande l’institution de systèmes fiscaux progressifs, la numérisation grâce à la déclaration électronique des revenus et la suppression des exonérations fiscales inefficaces.

D’ailleurs, la CEA pilote actuellement une recherche sur l’évaluation de la taxation optimale des secteurs numérique et technologique.

 

Mettre les idées en actes

Le changement climatique, a-t-elle souligné, a exacerbé la situation d’un espace fiscal déjà réduit avec des besoins de financement croissants, conduisant à un cercle vicieux d’insuffisance d’investissement qui augmente le risque d’exposition et aggrave l’impact, érodant davantage l’espace fiscal et augmentant le coût du financement.

Dans un contexte de transition climatique, qui exacerbe un espace fiscal déjà réduit, « il est important que les pays africains tirent parti de leurs atouts, en commençant par exploiter l’atout le plus précieux de tous : le capital humain », a expliqué Hanan Morsy, ajoutant : « L’autonomisation et l’équipement de nos jeunes seront cruciaux pour façonner notre avenir commun. » Pour cela, « nous devons continuer à donner la priorité à l’innovation et à investir dans les compétences et l’éducation ».

L’économiste a également plaidé pour une meilleure attractivité des investissements en Afrique, ce qui passe par une réduction des risques, afin d’attirer davantage de capitaux privés. Elle a également souhaité une amélioration du système de gouvernance, en simplifiant les procédures administratives inutiles, et en rationalisant les dépenses.

Enfin, elle a plaidé pour « mettre les idées en actes », songeant principalement à la mise en œuvre de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine). À ce titre, « les pays devraient continuer à favoriser la création de chaînes de valeur régionales dans des secteurs critiques tels que les minéraux et les véhicules électriques, l’alimentation et les systèmes et technologies énergétiques ». Le commerce interrégional en Afrique ne représente que 13 %, contre 55 % en Asie et 70 % en Europe.

Hanan Morsy a déclaré que l’Afrique était à l’aube de la quatrième révolution industrielle et que cela se produisait à un moment où le continent était confronté à des problèmes d’accès limité à l’internet et d’infrastructures médiocres. Il est essentiel pour l’Afrique d’améliorer l’accès aux services numériques et de combler les lacunes en matière de compétences et d’éducation.

L’« une des choses que nous pouvons envisager d’intégrer lorsque nous parlons de la ZLECAf est la nécessité d’une intégration régionale pour traiter la question de la sécurité alimentaire et de la transformation énergétique », a conclu Hanan Morsy, notant que sans combler l’énorme déficit énergétique, l’Afrique ne peut pas accélérer l’industrialisation et s’attaquer à l’insécurité alimentaire.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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