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African Business

L’aéronautique, entre rebond et nouveaux défis

L’aéronautique, entre rebond et nouveaux défis
  • Publiéjuin 8, 2022

Hassan El-Houry, PDG de NAS (National Aviation Services), fait part des opportunités et des défis auxquels le secteur de l’aviation est confronté. En particulier, il vante les mérites des partenariats public-privé et souligne l’actuelle pénurie de main-d’œuvre.

 

Entretien avec Omar Ben Yedder

L’aéronautique a connu des problèmes ces deux dernières années. Comment le secteur se porte-t-il ?

Bien sûr, le secteur a connu des difficultés pendant la période Covid, mais la reprise montre que l’aviation est un élément essentiel et critique de l’économie. Elle est à la base de presque toutes les activités économiques, du tourisme aux soins de santé. Comment avons-nous fait entrer les vaccins en Afrique ? Par l’aviation, par les vols, les aéroports, le fret.

Dans les pays où nous sommes présents, la reprise est d’environ 90 % par rapport aux niveaux de 2019, mais je dirais que dans toute l’Afrique, la capacité se situe dans la moyenne des +70 %, ce qui montre que la reprise est inégale. Nous avons, à dessein, choisi d’être présents dans les économies les plus résilientes et cela a porté ses fruits.

 

Vous dites que l’aviation est essentielle, mais est-ce que les gouvernements africains prennent le secteur de l’aviation suffisamment au sérieux ? Les réformes semblent être lentes.

Ces derniers temps, les gouvernements africains ont pris l’aéronautique plus au sérieux que par le passé. L’aviation était considérée comme une activité réservée aux privilégiés, et les gouvernements imposaient donc de lourdes taxes sur les voyages. Maintenant, les gouvernements se rendent compte qu’il s’agit d’une activité importante pour tous. Ils prennent des mesures, même si elles sont lentes, pour démocratiser les voyages.

 

Qu’attendez-vous des gouvernements et des autres acteurs pour soutenir le secteur de l’aviation et l’aider à se développer ?

Du côté des compagnies aériennes, le principe du « ciel ouvert » (Open Sky) est important. On doit donner à toutes les compagnies aériennes un accès égal aux aéroports, sans aucune discrimination. Deuxièmement, il faut réduire les redevances, et les taxes d’atterrissage, de stationnement ainsi que sur les passagers. Troisièmement, on doit améliorer la surveillance, la sûreté et la sécurité.

Enfin, les partenariats public-privé sont absolument essentiels pour développer les infrastructures aéroportuaire et aéronautique.

Les Africains représentent 12 % de la population mondiale, mais moins de 3 % des voyageurs dans le monde. Ce simple écart indique qu’il existe une énorme opportunité pour les Africains de voyager. Pour autant, le marché africain de l’aviation est très inégal.

Avez-vous des exemples concrets de ces partenariats ?

Oui, l’aéroport d’Abidjan, a été construit et est géré par une société française. Abidjan est l’un des marchés de l’aviation qui connaît la plus forte croissance en Afrique. Le gouvernement a utilisé ces modèles de partenariat public-privé dans plusieurs projets différents dans le pays et c’est l’une des clés de leur succès.

 

NAS est opérationnel en Côte d’Ivoire. Quelles sont les activités auxquelles vous participez ?

Nous sommes présents à Abidjan depuis 2016, lorsque le nombre de passagers avoisinait les 700 000 par an. Avant la période Covid, nous atteignions déjà les 2 millions de passagers. En quatre ans, nous avons presque triplé le nombre des passagers et du fret. L’étendue de nos services en Côte d’Ivoire va de l’enregistrement à la gestion des portes, de la rampe d’accès, du refoulement des avions, du nettoyage, des chargements et déchargement des bagages et du fret. Nous entreposons également le fret et fournissons d’autres services complémentaires.

Nous avons environ 900 employés en Côte d’Ivoire et notre succès est phénoménal. Je dois dire que le gouvernement donne la priorité aux réformes et au développement économique et social. Sous le leadership du président Ouattara, le pays a pu accomplir des progrès considérables.

 

Vous avez conclu un accord pour acquérir BidAir Services en Afrique du Sud. Pouvez-vous nous parler de la logique de cette acquisition et de vos projets en la matière ?

L’Afrique du Sud est l’un des plus grands marchés de l’aviation sur le continent africain, certainement l’un des plus dynamiques. Nous voulions être présents sur ce marché stratégique et nous voulions étendre la portée des services offerts à nos clients.

De nombreuses compagnies aériennes desservent l’Afrique du Sud. Elles sont nos clients dans d’autres pays. Notre stratégie a toujours consisté à servir nos clients dans de plus en plus d’aéroports. Même avant l’acquisition de BidAir, nous étions la plus grande entreprise de services d’aviation en Afrique. Désormais que nous sommes en Afrique du Sud, nous sommes fiers d’affirmer avec certitude que nous sommes la plus grande entreprise de services d’aviation du continent.

 

Vous avez également acquis une société au Kenya. Ces transactions ont eu lieu en pleine incertitude mondiale. Vous avez une vision à long terme sur ces marchés ?

Les Africains représentent 12 % de la population mondiale, mais moins de 3 % des voyageurs dans le monde. Ce simple écart indique qu’il existe une énorme opportunité pour les Africains de voyager. Le marché de l’aviation du continent africain est très inégal. Nous avons des pays où le marché est énorme, comme en Afrique du Sud, au Kenya, en Ouganda, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Sénégal, en Égypte, et au Maroc, mais il y a aussi des marchés qui sont vraiment en difficulté, comme en République centrafricaine, en RD Congo, en Guinée-Bissau, au Tchad, au Mali, en Mauritanie. Ce sont des pays où l’aviation joue un rôle beaucoup moins important. Cependant, un grand nombre de ces pays en difficulté, sont enclavés L’aviation pourrait jouer un rôle important dans leur développement économique, mais ce n’est pas encore le cas.

 

Comment le continent se compare-t-il à d’autres marchés émergents et marchés en croissance sur lesquels vous vous trouvez ?

L’Inde est, dans certains cas, similaire à certaines régions d’Afrique. Au cours des quinze dernières années, on a assisté à une augmentation de l’envie de voyager et de la capacité à voyager. C’est ce que nous constatons en Afrique également.

 

En matière de dépenses d’investissement, pourquoi avez-vous mentionné les aéroports ?

J’aimerais certainement voir davantage de dépenses d’investissement dans le domaine du fret. De nombreux pays africains ont le potentiel d’exporter beaucoup plus qu’ils ne le font actuellement. Certaines compagnies aériennes hésitent à charger du fret dans des pays africains parce qu’il n’existe pas de processus de contrôle approprié avant de charger le fret sur les vols. J’aimerais vraiment voir des améliorations du côté du fret, de l’entreposage, de la manutention du fret – des réfrigérateurs et des congélateurs et toutes sortes d’infrastructures d’entreposage.

Nous avons besoin d’un remodelage complet de nombreux aéroports, et pas seulement en Afrique. L’Europe et les États-Unis devraient également remodeler un grand nombre de leurs aéroports. Quand je parle d’aéroports, je veux dire le côté terminal, le côté passagers. Ce sont les deux domaines dans lesquels nous avons besoin de plus de dépenses d’investissement.

 

Qu’est-ce qui vous préoccupe dans le secteur aujourd’hui ? Nous voyons la hausse du prix du pétrole suite à la crise entre la Russie et l’Ukraine. Est-ce une préoccupation pour vous ?

Le prix du carburant est certainement une préoccupation. Une autre préoccupation majeure est une future pandémie; c’est un grand risque. Ce qui m’empêche de dormir en ce moment, c’est la main-d’œuvre. Nous manquons de personnel qualifié dans le secteur de l’aviation. Cela s’explique en partie par la pandémie. Beaucoup de gens ont compris que les secteurs de l’hôtellerie et de l’aviation étaient plus risqués que d’autres secteurs. Comme nous avons réduit nos effectifs pendant la pandémie et que de nombreuses autres entreprises liées à l’aviation ont fait de même, ces personnes ont trouvé des emplois dans d’autres secteurs et sont réticentes à revenir dans l’aviation. Nous avons du mal à faire face à l’augmentation du nombre de vols, en raison de la pénurie de main-d’œuvre, c’est une source d’inquiétude.

 

Qu’est-ce qui vous donne des raisons d’être optimiste ?

La faible représentation des Africains parmi les passagers que je viens d’évoquer, et le fait que les décideurs, les populations, ont compris que l’aviation est essentielle pour soutenir l’économie mondiale !

@AB

Écrit par
Par Omar Ben Yedder

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