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African Business

L’adhésion du Gabon au Commonwealth dès cette année ?

Lors de ses vœux pour 2022, le président du Gabon a annoncé, sans utiliser de conditionnel, l’adhésion imminente du Gabon au Commonwealth. Une avancée préparée de longue date, qui marquerait un rapprochement économique et politique avec le Royaume-Uni et ses partenaires.

Par Paule Fax

« Si le Gabon se transforme à l’intérieur, il se renforce également à l’extérieur », a déclaré Ali Bongo dans ses vœux aux Gabonais, le 31 décembre 2021.

Le Président voulait pour preuve de la « place prépondérante » de son pays sur la scène international l’accueil qui lui a été réservé lors de la COP26 de Glasgow, et le siège qu’il occupe désormais, pour deux ans, au Conseil de sécurité des Nations unies.

Pour les milieux d’affaires et les dirigeants politiques, l’adhésion au Commonwealth représente une source d’opportunités. Beaucoup constatent le retard économique et de développement pris par l’espace francophone, pour mieux vanter les réussites du monde anglo-saxon.

« C’est une énorme responsabilité et une immense fierté. C’est la reconnaissance du rôle majeur que joue le Gabon en matière de paix, de stabilité et de sécurité sur le plan régional, continental et international », a observé le Président.

Qui a une autre échéance en tête : « En 2022, notre pays devrait intégrer la grande famille du Commonwealth. Une famille forte de 54 États. » Pour Ali Bongo, devenir le 55e membre de cet espace économique marquerait « un tournant géopolitique majeur pour notre pays qui désire dans un monde globalisé, s’ouvrir et adhérer à un autre espace multiculturel également porteur ».

Le Président espère trouver dans l’espace anglo-saxon « de nouvelles opportunités pour nos jeunes comme pour nos entreprises, par l’apport diplomatique et économique que le Gabon pourra en tirer ». Aucun calendrier précis n’a été dévoilé.

En elle-même, l’adhésion au Commonwealth ne donne droit à aucun avantage commercial particulier. Il ne s’agit pas d’une zone de libre-échange comme la ZLECAf, à laquelle Ali Bongo n’a pas fait allusion cette année – il l’avait évoquée lors de ses vœux de 2021.

Pour les entreprises gabonaises, il ne faudra s’attendre à aucune baisse des droits de douane et à aucun accord multilatéral de coopération. En revanche, faire partie de cette « famille » facilite les accords bilatéraux de partenariats économiques.

En particulier, le Gabon souhaite nouer davantage de liens avec le Royaume-Uni. S’il ne le dit pas explicitement, cette démarche est aussi une pierre dans le « pré carré » français, dont le pays entend s’affranchir.

L’hypothèque des progrès démocratiques

Les initiatives du Gabon en matière de défense de l’environnement semblent appréciées à Londres. Le pays s’est engagé à réduire les émissions de CO2 provenant notamment du gaz torché, et fait figure de pionnier en la matière.

La voix du Gabon, pays couvert à 90 % de forêts, compte dans le domaine de l’environnement dans la défense duquel il est engagé depuis longtemps. Et la parole la plus écoutée est celle de Lee White, ministre des Eaux, des forêts et de la mer et de l’environnement… un Britannique de naissance né à Manchester !

Sur le plan diplomatique, les initiatives de Sylvia Bongo Ondimba pour lutter contre les violences faites aux femmes sont particulièrement appréciées de la secrétaire générale du Commonwealth, Patricia Scotland.

Cette entrée serait la première pour un pays d’essence francophone, le Gabon s’inspirant ouvertement de l’exemple du Rwanda – qui n’est pas une ancienne colonie britannique, contrairement à la plupart des membres du Commonwealth –, où français et anglais coexistent, pour trouver à son tour son « miracle économique ».

Voilà d’ailleurs près de dix ans que le Gabon privilégie l’enseignement de l’anglais, comme première langue étrangère apprise, dans les écoles et université du pays. Avec un succès tout relatif, d’ailleurs, les Gabonais ne sont guère bilingues. Le président gabonais l’assure, en intégrant la « Communauté des Nations britanniques », le Gabon n’abandonnera pas son « identité francophone », qui sera préservée.

Il reste quelques obstacles, et non des moindres. Pour intégrer le Commonwealth, le Gabon doit fournir des garanties en matière de promotion de l’État de droit, de respect des droits humains et de démocratie. Il n’est pas sûr que sa situation présente soit à la hauteur des prétentions, ce sera aux gouvernements des 54 pays membres d’en décider.

Pour les milieux d’affaires et les dirigeants politiques, cette adhésion représente une source d’opportunités. Beaucoup constatent le retard économique et de développement pris par l’espace francophone, pour mieux vanter les réussites du monde anglo-saxon.

Et beaucoup de vanter, à tort ou à raison, la meilleure culture de l’entreprenariat de leurs voisins anglophones, là où les francophones attendent beaucoup de l’État, voire pire, de la France.

Certains domaines seraient les plus privilégiés, comme l’écotourisme, de la transformation locale des ressources naturelles et environnementales, les petites et moyennes industries, et le développement des villes du Gabon, note le CESE (Conseil économique, social et environnemental).

@PF

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