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African Business

La ZLECAf, une opportunité pour la reprise

Alors que la reprise post-Covid est menacée par la guerre en Europe de l’Est, l’accélération de la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale africaine donnerait à la région l’élan dont elle a tant besoin.

 

Par Chido Munyati

Avec un taux de croissance de 4,5 % en 2021, l’économie de l’Afrique subsaharienne commençait à se remettre des pires effets de la pandémie de Covid-19, mais ces progrès sont mis en péril. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait augmenter les prix mondiaux des principales matières premières. Plus particulièrement, la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires met à rude épreuve les équilibres budgétaires de nombreux pays et accroît les craintes d’insécurité alimentaire.

« Le travail que nous engageons au Forum économique mondial n’a jamais été aussi important et la réunion annuelle de cette année à Davos offre une occasion cruciale de comprendre les événements mondiaux actuels et d’y répondre », juge Chido Munyati, responsable de l’agenda régional pour l’Afrique au Forum économique mondial.

Dans ce contexte, l’Afrique subsaharienne importe environ 85 % de son blé, et plusieurs pays s’approvisionnent pour une grande partie de ces importations directement en Ukraine et en Russie. En effet, les enseignements tirés de la pandémie soulignent que la région doit parvenir à un commerce libre mais sûr. À l’avenir, les décideurs devront faire face à cette incertitude avec moins d’options politiques.

L’accélération de la mise en œuvre de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) apporterait à la région un stimulant indispensable et favoriserait la reprise et la croissance à long terme de la région.

Une intégration plus poussée permettrait d’augmenter les revenus, de créer des emplois, de catalyser les investissements et de faciliter le développement de chaînes d’approvisionnement régionales. Le commerce intra-africain reste faible par rapport au commerce extérieur du continent.

On le sait, la Banque mondiale estime que, si elle est correctement mise en œuvre, la ZLECAf pourrait, d’ici à 2035, sortir 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté et 68 millions de la pauvreté modérée. La même étude indique que l’AfCFTA a le potentiel d’augmenter le commerce intra-africain de 81 % et d’augmenter les salaires de 10 % d’ici 2035.

Le commerce intra-africain comprend une part plus faible de produits de base et une part plus élevée de produits manufacturés que le commerce de l’Afrique avec le reste du monde. Plus précisément, les produits primaires représentent plus de 70 % de ce dernier, tandis que la part des produits manufacturés dans les exportations intra-africaines est d’environ 45 %, les produits primaires représentant un tiers. Par conséquent, le commerce intra-africain est moins exposé à la volatilité des prix mondiaux des produits de base et est optimisé pour effectuer des transformations structurelles. De plus, les responsables politiques africains ont davantage de moyens de façonner une reprise qui s’éloigne de la dépendance à l’égard des produits de base et s’oriente vers l’intégration régionale.

Bien que la ZLECAf soit théoriquement opérationnelle depuis janvier 2021, aucun échange n’a eu lieu dans la pratique en vertu de ses dispositions en raison des retards liés à la pandémie. Toutefois, au début de cette année, les signataires ont convenu de règles d’origine pour 87,7 % des lignes tarifaires ; les objectifs étant de libéraliser 90 % des lignes tarifaires. Cet accord sur les droits de douane devrait permettre aux échanges de commencer dès que les gouvernements auront promulgué les modifications nationales des droits de douane respectifs.

 

Faire avancer la ZLECAf à Davos

De surcroît, même après la réduction des droits de douane et la mise en place de procédures simplifiées, les avantages de la ZLECAf ne pourront être pleinement réalisés que si les barrières non tarifaires au commerce sont également abordées. Selon le FMI, la suppression des barrières non tarifaires pourrait être jusqu’à quatre fois plus efficace pour stimuler le commerce que les réductions tarifaires.

Dans le cadre de l’Alliance mondiale pour la facilitation des échanges, le Forum économique mondial a montré qu’il était possible d’affaiblir ces entraves. En outre, les membres du groupe d’action régional pour l’Afrique ont récemment publié un livre blanc qui explore les solutions numériques permettant d’accroître l’efficacité aux frontières terrestres et dans les ports afin de tirer un meilleur parti du commerce.

Le travail que nous engageons au Forum économique mondial n’a jamais été aussi important et la réunion annuelle de cette année à Davos offre une occasion cruciale de comprendre les événements mondiaux actuels et d’y répondre.

Le programme Afrique de la réunion annuelle est axé sur la manière dont la région peut surmonter au mieux les effets négatifs de la pandémie et du conflit entre la Russie et l’Ukraine, dans le but de faire progresser les partenariats public-privé pour soutenir la mise en œuvre de la ZLECAf.

Le 24 mai, un petit-déjeuner de travail intitulé « Les amis de la Zone de libre-échange continentale africaine » a permis de discuter du soutien à la mise en œuvre de la ZLECAf par le biais de collaborations public-privé. Cette réunion a rassemblé plusieurs parties prenantes, dont Paul Kagame, président du Rwanda, Wamkele Mene, secrétaire général du secrétariat de la ZLECAf, Patrice Motsepe, fondateur et président exécutif d’African Rainbow Minerals, et Jim Ovia, président de Zenith Bank.

Le secteur privé a un rôle crucial à jouer dans la promotion de l’intégration et de la coopération régionales. Il comprend les contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises et est en mesure d’agir sur les opportunités créées par ce pacte.

Outre le commerce, le secteur privé peut contribuer par des investissements dans les infrastructures. L’insuffisance des infrastructures et de la connectivité constitue un sérieux obstacle à la croissance du commerce intra-africain. Le mauvais état des routes et des infrastructures ferroviaires et maritimes augmente de 30% à 40 % le coût des marchandises échangées entre les pays africains. La Banque africaine de développement estime que les besoins en infrastructures du continent s’élèvent à 130-170 milliards de dollars par an, avec un déficit de financement de l’ordre de 68-108 milliards de dollars.

À l’heure où le système commercial multilatéral est mis à rude épreuve, l’Afrique doit saisir l’occasion de stimuler son redressement et son développement en mettant en œuvre le libre-échange.

@AB

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