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La Tunisie s’apprête à des discussions avec le FMI

La Tunisie s’apprête à des discussions avec le FMI
  • Publishedjanvier 5, 2022

Dans un contexte d’un retour à une croissance faible, de dette élevée et de tensions politiques, le Budget 2022 de la Tunisie contient une batterie d’aides aux entreprises et des filets sociaux destinés à soutenir l’activité. Le pays s’apprête à entamer des discussions avec le FMI.

Par Kimberly Adams

La loi de Finances 2022 réussira-t-elle à rassurer les Tunisiens ? Rien n’est moins sûr, à en juger par les premières réactions tant patronales que syndicales. Une première dans le pays : la loi ne sera ni discutée ni débattue au Parlement, mais promulguée par décret présidentiel.

Une accélération de la croissance dépend de facteurs exogènes, comme l’amélioration de la situation sanitaire, la reprise du secteur touristique, et une forte demande en Europe. Aussi les marges de manœuvre budgétaires de la Tunisie sont-elles limitées.

Dans un contexte de retour faible à la croissance, de résurgence des mesures sanitaires, d’inquiétudes sur l’endettement et de tensions politiques, le Budget 2022 contient néanmoins une batterie d’aides aux entreprises et des filets sociaux, destinés à soutenir l’activité.

Ainsi, certaines mesures viennent-elles aider au renforcement des fonds propres des entreprises, qui auront davantage de facilité pour obtenir des financements. Une réévaluation de leur patrimoine foncier, notamment, permet d’accroître l’assise financière d’un emprunt.

De plus, l’État pourrait, durant un an, alléger les dettes des entreprises en prenant en charge la différence entre le taux d’intérêt bancaire appliqué aux entreprises et le taux d’intérêt moyen sur le marché, selon des modalités à définir. Le gouvernement prévoit en outre un appui à l’autofinancement et aux dépenses de R&D. Sans oublier des facilités accordées aux entreprises totalement exportatrices, dont le droit de vente sur le marché local est étendu.

Prenant en compte les pertes causées par la crise sanitaire, certaines mesures prévoient l’abandon des pénalités de retard appliquées aux marchés publics, dans le BTP. Les sociétés de services ne sont pas concernées, ce qui irrite du côté patronal. Enfin, concernant l’épargne, il est prévu d’augmenter le plafond du montant exonéré d’impôts pour les comptes d’épargne privée.

Une nouveauté, la place accordée à l’économie verte et au développement durable. L’État encourage l’achat des véhicules équipés d’un moteur hybride ou électrique, par la réduction de taxes. Il diminue les droits de douane sur l’acquisition de panneaux solaires et augmente celles sur les produits plus polluants. Pour l’heure, les véhicules électriques représentent une partie infime du parc automobile en Tunisie.

Lourd déficit

Le gouvernement a également pris des mesures d’aides à la numérisation des transactions et augmenté les budgets consacrés à la lutte contre l’évasion fiscale et la contrebande. Ainsi, le paiement électronique est-il encouragé, au détriment des paiements en monnaie fiduciaire, davantage taxés. Cette mesure est particulièrement décriée car jugée prématurée.

Le citoyen-consommateur sera néanmoins mis à contribution : la vignette automobile augmente de 25% et une nouvelle taxe – promise infinitésimale – ponctionnera les achats réalisés en grandes surfaces.

Reste une inconnue, et de taille, dans ce budget : la reprise des négociations avec le FMI concernant la gestion de la dette du pays. Le président Kais Saied a reconnu que compte tenu des circonstances économiques du pays, les réformes nécessaires demandées par l’institution de Washington n’ont pas pu être introduites dans le décret de loi. « En dépit des contraintes, nous avons adopté le PLF pour l’exercice 2022 ainsi que le projet de la balance économique. »

La croissance économique de la Tunisie avoisine 3,8% en 2021, contre une lourde récession (-8,8%) en 2020. Dans ce contexte, le Budget de l’État ressort à 57,2 milliards de dinars (17,6 milliards d’euros), en hausse de 3,2%. Soit un déficit budgétaire de 8,5 milliards de dinars, 6,2% du PIB, selon les calculs de la ministre des Finances, Sihem Boughdiri.

« Force est de constater que la Tunisie évolue depuis les années 2010 au sein d’un cycle de faible croissance contribuant à un déséquilibre budgétaire structurel », commentent les analystes d’Attijariwafa Research. Face aux impératifs de la gestion de la crise sanitaire, le Budget semble se focaliser davantage sur des mesures conjoncturelles afin d’atténuer les répercussions sur l’économie tunisienne.

Selon les prévisions de croissance annuelle (2,1% à 2,5% estimés), la Tunisie requérait ainsi trois années pour retrouver les niveaux de production pré-Covid, soit à horizon 2023.
Le Budget prévoit également un endettement de près de 20 milliards de dinars (5,7 milliards d’euros) pour couvrir les dépenses courantes. Avec ces crédits, le niveau de la dette publique atteindra 82,6 % du PIB, contre 85,6 % en 2021.

Cet endettement se déclinera sous forme de crédits extérieurs de 12,6 milliards de dinars (3,9 milliards d’euros) et d’emprunts intérieurs de 7,3 milliards de dinars (2,3 milliards d’euros), selon la ministre. Ce projet de loi a été élaboré sur l’hypothèse d’une croissance de 2,6 % en 2022 et un prix moyen du baril de pétrole de 75 dollars.

Faible croissance

Évoquant les négociations avec le FMI, la ministre a expliqué qu’un document élaboré par plus de 80 experts tunisiens et présentant « un programme de réformes dans plusieurs secteurs » sera discuté.

Parmi ces réformes figurent notamment la diminution des subventions aux produits de première nécessité, la réduction de la masse salariale de l’État – qui emploie 680 000 personnes dans un pays de 12 millions d’habitants – et une restructuration de nombreuses entreprises publiques.

Une accélération de la croissance dépendrait de l’amélioration de la situation sanitaire, d’une solide reprise du secteur touristique, mais également d’une bonne dynamique de la demande en Europe. « Ainsi, la reprise à court terme en Tunisie repose davantage sur des facteurs exogènes qu’endogènes, d’autant plus que les marges de manœuvre budgétaire et monétaire demeurent relativement limitées en raison des contraintes de financement et de l’inflation », fait observer Attijariwafa Research.

La Tunisie fait face à trois défis majeurs, réduire le chômage (17,4% de la population active), augmenter les recettes fiscales, diluer la dette. Ce qui suppose, y compris pour ce dernier point, une accélération de la croissance.

Concernant le secteur financier, commentent les analystes du cabinet marocain, d’un côté, l’« abandon des créances en difficulté par les banques soigne le niveau de contentieux et assoit de nouvelles bases pour leur développement ». De l’autre, l’« encouragement de la digitalisation des opérations de paiement oriente les flux de cash vers les circuits officiels ».

@KA

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Par Kimberly Adams

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