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African Business Analyse et Opinion

La Tunisie devra investir dans les énergies renouvelables

La Tunisie devra investir dans les énergies renouvelables
  • Publiémai 10, 2024

Avec des investissements stratégiques, en particulier dans les énergies renouvelables, la Tunisie pourrait améliorer de manière significative sa résilience et sa durabilité économiques, juge la Banque mondiale.

 

La reprise économique déjà limitée de la Tunisie s’est fortement ralentie en 2023 dans un contexte de sécheresse sévère, de conditions de financement strictes et d’un rythme de réformes peu soutenu. L’agriculture a constitué le principal frein à la croissance, avec un déclin de 11 % alors que la sécheresse a contraint le gouvernement à introduire des restrictions à l’irrigation. « Ce contexte met en évidence l’urgence pour a Tunisie de s’adapter au changement climatique », note la Banque mondiale dans son rapport trilingue intitulé « Une énergie nouvelle pour l’économie », du printemps 2024.

« Malgré les défis actuels, la Tunisie dispose d’opportunités significatives pour transformer et renforcer son économie », commente Alexandre Arrobbio, directeur de la Banque mondiale pour la Tunisie.

Ces derniers mois, le ralentissement de la croissance, en particulier dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, s’est traduit par une hausse du chômage et une baisse de la participation au marché du travail.

« Le ralentissement de la croissance amplifie les défis auxquels la Tunisie est confrontée pour couvrir ses besoins de financement extérieur, qui demeurent importants malgré une amélioration du solde de la balance courante », insiste le rapport.

En effet, stimulé par l’évolution favorable des prix internationaux, le déficit commercial de la Tunisie s’est réduit en 2023, revenant à 10,8% du PIB. En revanche, le déficit énergétique s’est creusé, en dépit de conditions de prix plus favorables.

Sur le plan financier, la Tunisie continue de dépendre des prêts souverains pour financer ses besoins extérieurs, car elle ne peut accéder aux marchés de capitaux internationaux sachant que les investissements étrangers et les flux de portefeuille demeurent limités. Tendances « en cohérence » avec le degré élevé de contrôle des sorties de capitaux, que le gouvernement prévoit actuellement de réviser.

« La dépendance croissante de la Tunisie à l’égard des sources de financement intérieures pour combler le déficit de financement extérieur pourrait exercer une pression sur la valeur du dinar, sur les prix et sur le système bancaire national. »

 

Un rebond modéré

Et la BM de s’inquiéter des pénuries persistantes de certains produits de base dans un contexte de compression des importations et de baisse de la production agricole. Alors que les conditions de financement extérieur restent serrées, les importations continuent d’être comprimées, en particulier pour les produits importés par des entreprises publiques de plus en plus endettées. Cette compression des importations, conjuguée à la baisse de la production agricole nationale, s’est traduite par des pénuries prolongées de certains produits de base, tels que la farine, les produits laitiers, le sucre, le riz et le café. Le tout dans un contexte d’inflation encore élevée, bien qu’en recul.

La Banque mondiale prévoit « un rebond modéré » de la croissance sur la période 2024 – 2026, « en supposant que les conditions de sécheresse s’atténuent, mais les perspectives économiques restent incertaines ». Soit une croissance de 2,4% en 2024 et de 2,3% les deux années suivantes. « Ces prévisions de croissance sont soumises à des risques baissiers importants liés aux conditions de financement extérieur, à l’évolution de la sécheresse et au rythme des réformes budgétaires et pro-concurrentielles », insistent les économistes.

Les finances publiques et l’équilibre extérieur de la Tunisie resteront précaires en l’absence de financement extérieur suffisant. Le financement des déficits nécessitera une augmentation significative du financement extérieur face au lourd calendrier de remboursement de la dette.

Toutefois, le pays n’est pas sans solutions : « Accélérer la transition du secteur électrique vers les énergies renouvelables pourrait aider à relever les défis macro-budgétaires de la Tunisie et à stimuler l’économie », détaille le rapport.

Au fur et à mesure que ces défis s’accentuent, que le pays devient de plus en plus dépendant des importations de combustibles fossiles, l’objectif du gouvernement de produire 35 % d’énergie à partir de sources renouvelables d’ici à 2030 devient encore plus important.

En fait, « le secteur énergétique tunisien pourrait ne plus dépendre des combustibles fossiles car le pays dispose d’un riche potentiel d’énergies renouvelables inexploité ». Les énergies renouvelables pourraient réduire considérablement le coût de la production d’électricité, en particulier dans le contexte de prix internationaux de l’énergie élevés et volatils.

 

Des avantages du renouvelable

L’exploitation du potentiel d’énergies renouvelables de la Tunisie est encore plus importante à la lumière du développement en cours de la connexion électrique entre la Tunisie et l’Italie, insiste la BM qui a publié récemment un rapport sur le Climat et le Développement en Tunisie (CCDR).

Les avantages de l’expansion de la production d’énergies renouvelables s’étendraient à l’ensemble de l’économie, avec des gains significatifs en termes de croissance économique dès 2030. Le CCDR estime que d’importants investissements seront nécessaires pour permettre cette transition énergétique verte (environ 27 à 35 milliards de dollars d’ici à 2050).

La majeure partie de ces investissements pourrait être couverte par le secteur privé étant donné l’avantage significatif en termes de coûts par rapport aux combustibles fossiles en Tunisie. « Toutefois, un cadre réglementaire adéquat devrait être mis en place pour favoriser de tels investissements. »

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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