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African Business

La TNT se fait attendre

La TNT se fait attendre
  • Publiéjanvier 3, 2023

Les pays africains marquent un grand retard dans l’adoption de la Télévision numérique terrestre. Alors que l’on annonce le déploiement de la 5G et de services numériques comme le Mobile Banking, finir correctement le processus de migration semble indispensable.

 

Et dire que l’Union internationale des télécommunications prévoyait que la plupart des pays africains auraient abandonné la diffusion « analogique » en 2015. Aujourd’hui, seuls neuf ont achevé leur processus de migration vers le numérique, et onze sont « bien avancés », signale le site spécialisé Balancing-act. Quelque 19 pays auraient entamé leur migration mais le processus n’« est pas clair » ou n’ont pas lancé la dernière étape, tandis que dix pays seraient n’auraient pas débuté le passage à la TNT (dont la Centrafrique). Selon BizCommunity, les neuf bons élèves sont la Tunisie, le Maroc, le Malawi, Maurice, le Mozambique, le Rwanda, la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, le Botswana.

Les pays peuvent avoir besoin d’un renforcement des capacités et d’une formation pour déployer les infrastructures nécessaires, notamment les antennes, et s’assurer que les radiodiffuseurs sont en mesure de mener à bien la transition.

Pourtant, la migration vers la TNT (Télévision numérique terrestre) représente une opportunité importante pour l’Afrique, en améliorant l’accès à la connectivité, rappelle le dernier rapport GSMA, publié en novembre 2022. Cette transition offre une plus grande efficacité spectrale, rendant les fréquences libérées – appelées  « les dividendes numériques » – disponibles pour d’autres utilisations essentielles, telles que les services mobiles. Elle permet aussi une meilleure qualité de son et d’image de télévision.

Par exemple, une seule chaîne de télévision analogique peut occuper jusqu’à 8 MHz de bande passante, la même quantité de spectre peut supporter jusqu’à vingt programmes de télévision numérique.

Malgré ces avantages avérés, la transition est un processus complexe qui présente des défis techniques, opérationnels et financiers. Plus particulièrement, la transition implique un large éventail de parties prenantes, notamment les gouvernements, les radiodiffuseurs, les opérateurs mobiles et les consommateurs quotidiens, ce qui nécessite une coordination et une communication solides.

 

Des défis techniques et réglementaires

Le processus de TNT nécessite un financement important pour permettre la planification, le déploiement des infrastructures et, dans certains cas, la subvention des décodeurs. En Afrique subsaharienne, le financement insuffisant est un obstacle notable à la transition des pays de la télédiffusion analogique à la télédiffusion numérique.

Diverses options de financement se présentent aux États, outre le financement direct par le budget national, appuyé ou non par des institutions comme la Banque mondiale. Les PPP (Partenariats public-privé) peuvent structurer le produit de la vente aux enchères des bandes de fréquences nouvellement disponibles, par exemple.

Si Botwana et Cameroun ont bénéficié de l’aide de pays tiers, Kenya et Tanzanie ont davantage eu recours au financement privé. Une bonne solution, jugent d’ailleurs les experts du GSMA, selon qui une dépendance trop forte à l’égard du financement public peut entraîner des insuffisances. Après le Kenya, poursuivent-ils, le Sénégal en fait actuellement l’expérience avec son radiodiffuseur numérique public.

De plus, le cadre réglementaire doit être mis à jour. Un peu partout, le choix est fait de l’approche réglementaire dégroupée, où les nouveaux cadres d’octroi de licences séparent la production de contenu du déploiement et de l’exploitation de l’infrastructure de radiodiffusion. Pour les radiodiffuseurs, cette approche permet une spécialisation dans des domaines d’expertise, contrairement à l’approche verticalement intégrée utilisée pour la radiodiffusion analogique

« Si les changements réglementaires ne constituent pas toujours un obstacle majeur, ils peuvent retarder le processus », prévient GSMA. Le processus a été lent à se déployer pleinement au Cameroun, par exemple. Des retards ont été pris, çà et là, par des procédures judiciaires.

La migration numérique pose de nombreux défis techniques. Les pays peuvent avoir besoin d’un renforcement des capacités et d’une formation pour déployer les infrastructures nécessaires, notamment les antennes, et s’assurer que les radiodiffuseurs sont en mesure de mener à bien la transition. En outre, une expertise technique est nécessaire pour garantir l’optimisation du spectre nouvellement disponible. Le temps peut contribuer à atténuer ces problèmes techniques, car progressivement, les nouveaux équipements deviennent la norme mondiale.

De plus, la migration vers la télévision numérique exige que les consommateurs remplacent certains équipements existants, tels que les décodeurs et, dans certains cas, les antennes. La sensibilisation des consommateurs est donc une composante essentielle de la réussite de la migration. Gare à la désinformation : en aucun cas, la migration implique un changement de téléviseur ! Le Sénégal a coupé court aux polémiques inutiles en aidant les consommateurs à se doter d’un décodeur.

@AB

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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