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La taxe carbone de l’UE pourrait coûter cher à l’Afrique

La taxe carbone de l’UE pourrait coûter cher à l’Afrique
  • Publiédécembre 7, 2023

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE pénalisera les produits à valeur ajoutée de l’Afrique et l’obligera à rester un exportateur de matières premières vers l’Europe, selon la BAD, qui chiffre le préjudice à 25 milliards de dollars par an.

 

L’Afrique pourrait perdre jusqu’à 25 milliards de dollars par an en conséquence directe du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne, a averti le président de la BAD (Banque africaine de développement).

S’exprimant lors de la conférence sur le commerce durable en Afrique, en marge de la COP28 à Dubaï, Akinwumi Adesina a fait valoir que le mécanisme pourrait entraver de manière significative les progrès de l’Afrique en matière de commerce et d’industrialisation en pénalisant les exportations à valeur ajoutée, notamment l’acier, le ciment, le fer, l’aluminium et les engrais.

Benedict Oramah, président d’Afreximbank, a également mis en garde contre le risque que l’Afrique doive gérer son rythme de décarbonation en raison des coûts financiers.

« Compte tenu du déficit énergétique de l’Afrique et de sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles, en particulier le diesel, l’Afrique sera contrainte d’exporter à nouveau des matières premières vers l’Europe, ce qui accentuera la désindustrialisation de l’Afrique. L’Afrique a été lésée par le changement climatique ; elle le sera désormais par le commerce mondial », a-t-il déclaré.

 

Pourquoi l’Europe introduit-elle le CBAM ?

La Commission européenne décrit le CBAM, qui est entré dans sa phase transitoire le 1er octobre 2023, comme son « outil historique de lutte contre la fuite de carbone ».  On parle de fuite de carbone lorsque des entreprises établies dans l’UE délocalisent leur production à forte intensité de carbone vers des pays où les politiques climatiques sont moins strictes.

L’objectif est d’égaliser le prix du carbone entre les produits nationaux et les importations, « en veillant à ce que les politiques climatiques de l’UE ne soient pas compromises par la délocalisation de la production vers des pays où les normes écologiques sont moins ambitieuses ou par le remplacement des produits de l’UE par des importations à plus forte intensité de carbone ».

Le CBAM s’appliquera dans un premier temps aux importations de certains produits et de certains précurseurs dont la production est à forte intensité de carbone et qui présentent le risque le plus important de fuite de carbone : le ciment, le fer et l’acier, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène. Lorsqu’elle sera pleinement mise en œuvre, elle permettra de capter plus de 50 % des émissions dans les secteurs couverts par le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne.

Lors de son introduction, Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé d’une économie au service des citoyens, a déclaré que le mécanisme était conforme aux règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce).

« L’UE a besoin du mécanisme d’ajustement aux frontières pour le carbone pour atteindre ses objectifs ambitieux de réduction des émissions et parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050. Le mécanisme d’ajustement aux frontières pour le carbone s’attaquera au risque de fuite de carbone de manière non discriminatoire et en pleine conformité avec les règles de l’OMC. L’UE montrera l’exemple et encouragera l’industrie mondiale à adopter des technologies plus écologiques et plus durables. »

 

Le CBAM nuit à la compétitivité de l’Afrique

Citant des données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, Akinwumi Adesina a déclaré que l’Afrique était déjà négligée dans la transition énergétique mondiale et que la législation ne servirait qu’à creuser les inégalités entre les régions.

« L’Afrique n’a reçu que 60 milliards $, soit 2 % des 3 000 milliards $ d’investissements mondiaux dans les énergies renouvelables au cours des deux dernières décennies, une tendance qui aura désormais un impact négatif sur sa capacité à exporter de manière compétitive vers l’Europe. »

En réponse, Akinwumi Adesina a appelé à la mise en œuvre de « partenariats justes entre le commerce et la transition énergétique » qui, selon lui, permettraient à l’Afrique de réaliser ses ambitions en matière d’énergies renouvelables sans restreindre ses perspectives commerciales.

« Ce système ne tient pas compte du principe de responsabilité commune mais différenciée, conformément à l’accord de Paris, qui exige des pays développés qu’ils atteignent un pic d’émissions de carbone et un taux net de zéro dans la première moitié du siècle, tandis que les pays en développement atteignent un pic et un taux net de zéro dans la seconde moitié du siècle », a-t-il souligné.

Benedict Oramah, président d’Afreximbank, a également mis en garde contre le risque que l’Afrique doive gérer son rythme de décarbonation en raison des coûts financiers.

« Les résultats préliminaires d’une étude récemment commandée par Afreximbank révèlent qu’une décarbonation rapide par les pays africains exportateurs de combustibles fossiles pourrait réduire les exportations de marchandises de 150 milliards $ », a-t-il averti.

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@AB

Écrit par
David Thomas

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