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La « résilience étonnante » de l’économie mondiale

La « résilience étonnante » de l’économie mondiale
  • Publiéavril 16, 2024

Le FMI ajuste en hausse ses prévisions pour 2024 et 2025 mais prévient d’une croissance peu dynamique sur le moyen terme. L’Afrique n’échappe pas à cette tendance.

 

Contrairement aux craintes d’une stagflation et d’une récession mondiale, l’activité économique s’est accélérée de façon régulière, ces derniers mois, parallèlement au recul de l’inflation partout dans le monde après le pic de 2022. Tel est le constat du FMI (Fonds monétaire international) qui ajuste à la hausse ses prévisions de croissance, ce 16 avril 2024.

Ces derniers mois, la croissance de l’emploi et des revenus est restée stable, à la faveur d’une évolution favorable côté demande (entre autres, les dépenses publiques et la consommation des ménages ont été plus élevées que prévu, grâce à l’épargne accumulée) et d’une expansion côté offre liée notamment à la hausse inattendue du taux d’activité.

Et le FMI d’appeler à « la coopération multilatérale » qui s’impose pour contenir les coûts et les risques liés à la fragmentation géoéconomique et au changement climatique, accélérer la transition vers l’énergie verte et faciliter la restructuration de la dette.

Attention toutefois : à mesure que l’inflation converge vers les niveaux cibles et que les Banques centrales assouplissent leur politique monétaire, le durcissement de la politique budgétaire visant à réduire la dette publique élevée, axée sur une augmentation des impôts et une baisse des dépenses publiques, devrait peser sur la croissance.

« L’économie des États-Unis a déjà surpassé la tendance prépandémique. En revanche, nous estimons désormais que les séquelles seront plus profondes pour les pays en développement à faible revenu, dont bon nombre peinent encore à tourner la page de la pandémie et de la crise du coût de la vie », juge l’économiste du FMI Pierre-Olivier Gourinchas.

Pour autant, pronostique le FMI, « la croissance mondiale, estimée à 3,2 % en 2023, devrait maintenir le même rythme en 2024 et 2025 ». Un ajustement à la hausse de 0,1 point depuis les prévisions de janvier et de 0,3 point sur celles d’octobre 2023. Bien sûr, le rythme de l’expansion économique est lent au regard des tendances historiques, en raison de facteurs à court terme, comme les coûts encore élevés de l’emprunt et le retrait de l’appui budgétaire, d’effets à plus long terme liés à la Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une faible croissance de la productivité et une fragmentation géoéconomique plus marquée.

 

Recul de l’inflation

Concernant l’Afrique subsaharienne, le FMI prévoit une croissance de 3,8% en 2024 (après 3,4% en 2023) et 4,0% en 2025. Les « locomotives » du continent ne tireront pas grand-chose : le FMI prévoit une croissance de 3,3% pour le Nigeria en 2024 (contre 2,9% en 2023) et de 0,9% pour l’Afrique du Sud (après 0,6%).

À l’échelle mondiale, le FMI distingue un autre motif d’optimisme : l’inflation globale devrait passer d’une moyenne annuelle de 6,8 % en 2023 à 5,9 % en 2024, puis à 4,5 % en 2025 ; les pays avancés retrouveraient leur niveau cible plus rapidement que les pays émergents et les pays en développement.

Dans un contexte de croissance moins dynamique qu’au tournant du siècle, « le rythme de convergence des pays à faible revenu et des pays à revenu intermédiaire vers des niveaux de vie plus élevés a ralenti, laissant transparaître la persistance des disparités économiques à l’échelle mondiale ». Le FMI prévoit une croissance moyenne de 3,1% l’an, à horizon moyen terme. Des pronostics qualifiés de « maussades » qui tiennent à la croissance ralentie du PIB par habitant qui résulte, en partie, des frictions structurelles bien ancrées qui entravent la réorientation du travail et du capital aux entreprises productives.

Selon le FMI, la détérioration des perspectives de croissance en Chine et dans d’autres grands pays émergents, compte tenu du rôle grandissant de ce groupe dans l’économie mondiale, pèsera sur celles de leurs partenaires commerciaux.

Enfin, les risques sont connus : ils tiennent à un regain de tensions géopolitiques, notamment la guerre en Ukraine et le conflit à Gaza et en Israël. De plus, l’inflation pourrait rester tenace dans les secteurs où le marché de l’emploi restent tendus, ce qui se répercuterait sur les taux d’intérêt, donc sur la croissance économique.

Enfin, la « fragmentation géoéconomique », liée à la transition écologique, pourrait s’amplifier et entraver davantage la circulation des biens, des capitaux et des personnes causant ainsi un ralentissement côté demande.

 

Ne pas attendre que les marchés dictent leur loi

Alors que l’économie mondiale amorce un atterrissage en douceur, la priorité à court terme pour les Banques centrales est de maîtriser l’inflation sans à-coups, en veillant à ce que l’assouplissement de leur politique ne soit ni prématuré, ni tardif, ce qui les pousserait à manquer les objectifs fixés. « Parallèlement à l’orientation moins restrictive des banques centrales, il conviendra de mettre de nouveau l’accent sur le rééquilibrage budgétaire à moyen terme afin de reconstituer une marge de manœuvre budgétaire, réaliser les investissements prioritaires et garantir la viabilité de la dette », recommande l’institution.

D’ailleurs, « s’il n’est jamais aisé d’entreprendre un rééquilibrage budgétaire, il est préférable de ne pas attendre que les marchés en dictent les conditions. Mieux vaut commencer sans tarder, de façon progressive et réaliste », ajoute Pierre-Olivier Gourinchas sur son blog.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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