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African Business

La mangue du Mali se structure

La mangue du Mali se structure
  • Publiéjanvier 15, 2024

Elle est l’un des mets les plus réputés du pays, mais son potentiel économique est encore mal exploité : la mangue du Mali se dotera bientôt d’un label, gage de compétitivité accrue, et bénéficie d’infrastructures créatrices d’emplois et de développement.

 

De l’avis des professionnels, la mangue du Mali, un mets très recherché au-delà de l’Afrique subsaharienne, offre un potentiel de croissance considérable. La mangue, qu’elle soit vendue fraîche, transformée ou séchée, est déjà un des principaux produits d’exportation agricole du Mali, mais le potentiel est loin d’être atteint.

Selon Diarra Assa Sylla, du ministère malien de l’Industrie et du commerce, « la filière mangue représente l’un des plus importants segments agro-industriels nationaux avec un avantage compétitif international certain lié à sa réputation, sa qualité supérieure et à la période de récoltes ». En effet, la mangue du Mali « occupe une part importante des importations européennes. Son goût et sa qualité sont particulièrement appréciés par les consommateurs européens », précise-t-elle.

« La fréquentation du centre de santé a quadruplé passant de 100 à 400 patients par mois parce que les villages environnants peuvent désormais le rallier facilement. »

La filière s’organise pour transformer les promesses en réalité. Mi-décembre 2023, ses différents acteurs ont décidé de la création d’un label spécifique, un atout essentiel de reconnaissance et de productivité. Trop souvent, la mangue du Mali est vendue sous l’étiquette d’un autre pays. C’est pourquoi un nouveau label permettra aux consommateurs d’identifier le produit et de le distinguer aisément sur les marchés régionaux et internationaux.

Les producteurs et vendeurs y attendent une meilleure reconnaissance et une image de marque renforcée ; une plus grande facilité d’accès aux marchés internationaux ; une meilleure protection contre la concurrence déloyale.

Une filière a aussi besoin d’infrastructures et d’une vision nationale. Pour cela, le Projet d’appui à la compétitivité agro-industrielle du Mali (PACAM) financé par la Banque mondiale fait son office ; il a permis de désenclaver des zones reculées grâce à la construction d’infrastructures. Selon les calculs de la Banque mondiale, les ouvrages ont permis de désenclaver plus de 72 villages répartis entre quinze communes regroupant une population de 431 000  habitants.

Trop longtemps, les bassins de production de mangues étaient coupés du reste du pays pendant les saisons des pluies. Il a fallu construire des ponts, dalots et radiers et ouvrir la voie à l’acheminement des mangues vers le marché ainsi qu’à la création d’emplois.

Ainsi, perdus à l’intérieur de la région de Bougouni, au sud de Bamako, les villages de Doussoudiana, Kémissala et Bembougou sont-ils désormais accessibles en toutes saisons et peuvent vendre leurs récoltes. Région productrice de célèbres et délicieuses mangues, la localité vient de bénéficier d’infrastructures et équipements pour mieux produire et écouler ses fruits.

 

Désenclaver les zones rurales

« Nous avons longtemps été isolés et enclavés mais nous n’avions pas baissé les bras et recherchions des voies et moyens pour sortir notre communauté de cette situation », témoigne Dibi Sidibé, le maire de la ville de Bolo Fouta, cité par la Banque mondiale.

Depuis le début 2022, le PACAM a permis de désenclaver la localité grâce à la construction d’infrastructures. Le projet a réhabilité 300 kilomètres de pistes rurales et d’ouvrages pour faciliter l’accès aux bassins de production. Les ouvrages ont été entièrement transférés à la Direction générale des routes, le 26 juin 2023.

Grâce à ces réalisations, la vie économique reprend. Les ponts, dalots et radiers ont permis de faciliter les déplacements et les échanges commerciaux entre les communautés locales, soit une augmentation de plus 35 0000 tonnes de mangues supplémentaires par an, et la création de 362 emplois. Le projet a également soutenu les unités de transformation de la mangue, dont une grande partie est détenue par les femmes, en les formant et en les équipant.

Depuis, le sourire est revenu au village : « Construire une route pour quelqu’un, c’est comme lui donner la vie » se réjouit Souleymane Sangaré, chef de village de Bolo Fouta. « Le désenclavement marque un moment mémorable pour notre communauté. »

Dans les secteurs vitaux comme la santé, des indicateurs sont passés au vert ; les routes permettent le transfert plus rapide des malades vers des centres de soin. Les cas de décès de nouveau-nés du village ont considérablement baissé. « La fréquentation du centre de santé a quadruplé passant de 100 à 400 patients par mois parce que les villages environnants peuvent désormais le rallier facilement », explique un médecin.

L’espoir suscité par le projet et l’impact de ses réalisations, reconnues par les populations bénéficiaires, ont convaincu le conseiller technique du ministre du Développement rural, Mouhamed Diarra : « Le projet a permis d’augmenter le niveau d’exportation de la mangue malienne ; en raison de cette performance, le gouvernement demande à la Banque mondiale d’envisager sa prolongation. »

@AB

Écrit par
Aude Darc

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