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African Business

La diversification du Cameroun permet d’atténuer les chocs

Moody’s a maintenu son rating B2 sur le Cameroun, en dépit des incertitudes concernant ses engagements auprès de ses créanciers privés. La croissance repartira en 2021 et la vulnérabilité extérieure est contenue, juge l’agence.

Par Marie-Anne Lubin

Moody’s Investors Service a maintenu son rating « B2 » sur la dette long terme de l’État du Cameroun. Une note assortie d’une perspective « stable ». Le 27 mai 2020, l’agence américaine de notation avait entamé une procédure d’examen de la situation, prévenant d’une possible dégradation.

Comme pour les autres pays endettés, Moody’s s’inquiétait – et s’inquiète toujours – des conséquences d’une suspension du service de la dette du G20, suite à l’initiative prise par ses pays membres en direction des États endettés (DSSI).

En dehors des aspects conjoncturels, le Cameroun est fortement exposé aux risques environnementaux : les régions côtières du pays étant confrontées à des risques élevés liés aux inondations, en raison de l’élévation constante du niveau de la mer.

Tout risque n’est pas écarté que cette mesure n’entraîne des pertes pour le secteur privé, lequel serait alors plus méfiant vis-à-vis des pays endettés comme l’est le Cameroun. Pour autant, l’agence estime que ce risque est bien estimé dans sa notation B2.

Elle prévient toutefois qu’on ne sait toujours pas quelle sera l’attitude du Cameroun (et de ses partenaires créanciers) vis-à-vis de ses engagements auprès du secteur privé. Cependant, un certain nombre d’éléments suggèrent que la probabilité d’une large participation du secteur privé a diminué.

Visiblement, les négociations avec les créanciers privés piétinent. De son côté, le gouvernement du Cameroun semble ne pas vouloir rejoindre les pays du G20 et déclare vouloir tenir ses engagements. Moody’s signale d’ailleurs que les paiements auprès du secteur privé ne se sont pas arrêtés.

D’autre part, la notation B2 de Moody’s tient également compte des autres « fondamentaux » du Cameroun, ainsi que des conséquences prévisibles de l’épidémie à coronavirus. L’agence constate que, contrairement à celle de ses voisins, l’économie du Cameroun est plus diversifiée.

Le renouvellement du programme du FMI fournit un soutien, tandis que l’adhésion du Cameroun à la Cemac (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale) « atténue les risques de vulnérabilité extérieure ». En outre, le crédit résiste globalement aux pressions sur les finances du gouvernement, exacerbées par le choc du coronavirus, par des options de financement par emprunt limitées, et par les troubles politiques persistants, mais en atténuation, dans la région anglophone.

La notation B2 – plutôt basse, dans la grille de Moody’s –, reflète aussi un cadre institutionnel faible, une dette extérieure croissante au regard d’une faible génération de revenus étrangers. La situation des entreprises d’État reste un sujet de préoccupation. De même que l’impact des chocs dans les secteurs pétroliers et gaziers, même si ces chocs sont atténués par la diversification de l’économie.

Des financements sécurisés

À la suite de la crise du coronavirus, Moody’s s’attend à ce que l’économie camerounaise se contracte de 1% en 2020. La reprise attendue en 2021 verra toujours la croissance du PIB rester en dessous du taux de croissance moyen de 4% – 5% de la dernière décennie.

En raison de la baisse des revenus des hydrocarbures, Moody’s prévoit que le déficit budgétaire augmentera à 4,5% du PIB en 2020, ce qui entraînera une augmentation du fardeau de la dette à plus de 45% du PIB. Cependant, le risque de liquidité du gouvernement restera contenu.

Moody’s estime que le financement brut du Cameroun doit culminer à 7,8% du PIB en 2020, contre 6,4% en 2019, avant de chuter à 6,7% en 2021. Une performance finalement meilleure que celle de ses voisins.

Depuis le début du choc du coronavirus, le gouvernement camerounais a réussi à sécuriser 1,7% du PIB en nouveaux financements exceptionnels auprès des institutions de financement du développement (FMI, BAD, etc.)

Des risques environnementaux

Associés à une augmentation des émissions d’obligations intérieures de 0,2% du PIB, ces soutiens suffiront probablement à répondre à l’augmentation des besoins de financement bruts. En outre, Moody’s s’attend également à ce que les autorités demandent une deuxième tranche de soutien au FMI en 2021, le pays étant également susceptible de chercher à renouveler le programme de facilité de créance élargie, qui prend fin en septembre.

En dehors des aspects conjoncturels, le Cameroun est fortement exposé aux risques environnementaux : les régions côtières du pays étant confrontées à des risques élevés liés aux inondations, en raison de l’élévation constante du niveau de la mer.

En outre, les températures très élevées et en hausse constituent une menace pour la santé publique, ainsi que pour les cultures agricoles et le bétail, qui emploient plus de 60% de la population du pays. « Cela signifie que la gravité et la fréquence des événements météorologiques extrêmes peuvent influer considérablement sur les indicateurs clés du crédit du Cameroun », tels que la volatilité de la croissance du PIB, les revenus des ménages et les recettes d’exportation agricoles. C’est pourquoi Moody’s a identifié le Cameroun comme l’un des pays dont les profils de crédit sont les plus sensibles au changement climatique.

Les risques sociaux sont également une composante de la notation du Cameroun. Outre les troubles dans les régions anglophones du pays, d’autres ingrédients subsistent, comme de faibles niveaux de richesse, une disparité des revenus. Moody’s considère l’épidémie de coronavirus comme un risque social, compte tenu des implications substantielles pour la santé et la sécurité publiques.

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