x
Close
African Business

La diplomatie djiboutienne sur la scène internationale

La diplomatie djiboutienne sur la scène internationale
  • Publiémai 15, 2024

La capacité de Djibouti à placer sa situation géographique au cœur de sa stratégie économique est bien documentée.

 

La position de Djibouti aux abords de la mer Rouge donne à ce petit pays u accès aux voies maritimes parmi les plus importantes au monde et a permis le développement d’un des ports les plus modernes d’Afrique. Le gouvernement a également tiré le meilleur parti de sa situation géographique dans sa stratégie diplomatique, en nouant des liens avec les pays de l’Occident, d’Afrique et du Moyen-Orient, ainsi qu’avec la Chine dans le cadre d’une approche multipolaire.

Malgré la présence des bases militaires, les relations internationales les plus importantes de Djibouti sont celles avec l’Éthiopie, pays enclave qui dépend du port de Djibouti pour 95 % de ses échanges de marchandises.

La visibilité diplomatique de Djibouti s’est renforcée depuis juin 2023, lorsque le président Ismaïl Omar Guelleh, a assumé la présidence tournante de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui joue un rôle de médiateur dans la guerre au Soudan, entre autres conflits. En mars 2024, l’UE et l’IGAD ont lancé leur premier dialogue de partenariat global à Djibouti afin de relever les défis en matière de paix et de sécurité dans la Corne de l’Afrique.

Grâce au rôle joué par le président Guelleh au sein de l’IGAD,  le commandant de l’armée du Conseil de souveraineté transitoire soudanais, le général Abdel Fattah Al-Burhan, et le commandant des Forces de soutien rapide (FSR), le général Mohamed Hamdan Dagalo – se sont rencontrés à Djibouti en décembre 2023 pour des pourparlers visant à contribuer à la résolution du conflit qui affectait le Soudan depuis huit mois.

Djibouti a également participé à la médiation entre les gouvernements de la Somalie et du Somaliland en 2020, et a également été membre du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à trois reprises.

Étant donné que Djibouti est un havre de paix dans une région troublée, il est compréhensible qu’il veuille se positionner en tant que médiateur. La longue guerre civile en Somalie se poursuit sans fin en vue, tandis que l’Éthiopie a dû faire face à ses propres conflits internes et à des relations fluctuantes avec l’Érythrée.

La guerre d’Israel à Gaza menace plus directement l’économie de Djibouti. De nombreux navires évitent le Bab el-Mandeb et la mer Rouge pour échapper aux attaques des combattants houthis basés au Yémen, sur la côte opposée. Djibouti a utilisé sa présidence de l’IGAD pour tenter d’influencer les événements au Yémen, en tirant parti de sa situation géographique, à seulement 20 km de la péninsule arabique en son point le plus étroit. Des réfugiés yéménites ont fui vers Djibouti, entre autres pays; il est donc compréhensible que le gouvernement soit désireux de parvenir à une résolution du conflit pour des raisons humanitaires et économiques.

 

Bases militaires internationales

La population de Djibouti est principalement urbanisée car environ 90 % de son territoire est quasiment inhabitable. Le gouvernement a transformé cet handicap en avantage en louant des terrains pour des bases militaires étrangères à certains des pays les plus puissants du monde. Dans une situation mondiale unique, les armées américaine, chinoise, française, japonaise, britannique, saoudienne et italienne profitent toutes de la situation stratégique de Djibouti, de sa stabilité nationale et de sa proximité avec des régions plus instables, notamment les voies maritimes qui ont été gravement touchées par la piraterie.

Le pays offre un accès facile au Proche-Orient – sans y être basé –  et la possibilité de protéger les volumes de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés qui transitent chaque jour par Djibouti en direction du canal de Suez. Le camp Lemonnier, construit à la suite de la « guerre contre la terreur » du président George W. Bush, est la plus grande base militaire américaine sur le continent africain et abrite aujourd’hui le Commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM). Si le Japon n’a pas d’armée, son centre de Djibouti a été la première base à l’étranger pour ses forces d’autodéfense.

Les bases génèrent des centaines de millions de dollars de revenus par an et donnent à Djibouti une voix auprès  des puissances occidentales et asiatiques sans commune mesure avec la taille de son territoire, de sa population ou de son économie. De plus, la présence de plusieurs armées internationales dans un si petit pays rend certainement toute puissance étrangère moins susceptible d’attaquer Djibouti à l’avenir, ce qui lui assure une grande protection. Enfin, la présence d’un si grand nombre de puissances étrangères sur son sol réduit le risque qu’un seul pays exerce une influence excessive sur le gouvernement djiboutien.

 

Gardien de la paix

Djibouti contribue également aux opérations africaines de maintien de la paix en Afrique, en fournissant des policiers à l’Opération hybride Union africaine-Nations unies au Darfour (MINUAD), à la Mission de stabilisation de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUSCO) et à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA). Un grand nombre de ses policiers ont été formés par des instructeurs italiens basés à Djibouti.

Outre l’approfondissement de ses relations avec les principaux acteurs régionaux et mondiaux, Djibouti élargit également le champ de ses relations internationales en établissant des relations diplomatiques avec un grand nombre de pays. Des relations diplomatiques ont été établies avec l’Ouzbékistan au début du mois de mai, tandis qu’en septembre dernier, l’Iran et Djibouti ont annoncé qu’ils reprendraient leurs relations diplomatiques.

Malgré la présence des bases militaires, les relations internationales les plus importantes de Djibouti sont celles avec l’Éthiopie, pays enclave qui dépend du port de Djibouti pour 95 % de ses échanges de marchandises. Un nouveau chemin de fer a été construit entre le port de Djibouti et Addis-Abeba en 2015. Il sert de voie d’acheminement pour les marchandises éthiopiennes, ce qui devrait générer des revenus accrus pour Djibouti, car l’économie éthiopienne continue de croître fortement. Les deux gouvernements participent à la gestion de la ligne et évaluent actuellement des projets visant à doubler sa capacité.

En outre, Djibouti dépend de l’Éthiopie pour une grande partie de son approvisionnement en eau. Le groupe chinois CGC Overseas Construction Group a construit un pipeline pour transporter l’eau sur 258 km depuis les réserves souterraines de l’Éthiopie, connue comme le château d’eau de l’Afrique, jusqu’à l’aride Djibouti. Ce dernier dépend également des importations d’électricité en provenance d’Éthiopie grâce à un interconnecteur achevé en 2011. La volonté d’Addis-Abeba d’obtenir un accès direct à la mer a récemment suscité quelques tensions, mais il est clair que le maintien de relations positives est une priorité essentielle pour les deux pays.

@AB

Écrit par
African Business

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *