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African Business

La dette du Sénégal inquiète Moody’s

Quelque peu rassurée quant aux conséquences d’un moratoire sur la dette, Moody’s maintient le rating Ba3 du Sénégal. L’agence pointe néanmoins un endettement élevé, au regard d’une richesse qui progresse lentement.

Par Paule Fax

Moody’s a confirmé sa notation concernant la dette souveraine du Sénégal, à Ba3. Note maintenue donc, comme pour la Côte d’Ivoire et le Cameroun, l’agence américaine considérant comme estimée à sa juste échelle le risque que les emprunteurs privés subissent des pertes en cas de moratoire sur la dette. Mais au contraire de ses deux voisins d’Afrique subsaharienne, le Cameroun voit ses perspectives passer à « négatif ». C’est-à-dire que Moody’s prévient d’une possible révision en baisse de son rating.

Au cours des dernières semaines, Moody’s a examiné les preuves de la mise en œuvre l’Initiative de suspension du service de la dette du G20 (DSSI) pour une gamme de dettes souveraines notées, ainsi que les déclarations de responsables du G20.

Pour le Sénégal, le choc de l’épidémie de Covid-19 stoppe les efforts de réduction de la dette, souligne l’agence américaine. Qui salue les efforts du pays en matière de gouvernance et qui prévoit toujours un allègement de la dette, à partir de 2021.

Bien que Moody’s continue de croire que la mise en œuvre en cours du DSSI présente « des risques pour les créanciers privés », la décision de conclure l’examen et de confirmer la notation reflète l’évaluation de Moody’s selon laquelle, à ce stade, pour le Sénégal, ces risques sont correctement reflétés dans la notation Ba3 actuelle.

Toutefois, l’agence reconnaît qu’« on ne sait toujours pas » quelle influence ont les pays comme le Sénégal pour négocier de manière équivalente les créanciers du secteur privé et les institutions multilatérales ou bilatérales créancières. « Cependant, un certain nombre d’éléments suggèrent que la probabilité d’une large participation du secteur privé a diminué. »

Le gouvernement du Sénégal, comme ceux des autres pays d’Afrique subsaharienne, affirme que la participation du secteur privé à un éventuel moratoire sur la dette n’est pas envisagée. Ce, en dépit des demandes pressantes de la Banque mondiale et du FMI.

Jusqu’à présent, d’ailleurs, rien n’indique que des versements d’intérêt de dettes aux détenteurs privés aient été suspendus. Toutefois, l’agence de notation serait contrainte de revoir son jugement si l’allègement de la dette du Sénégal concerne aussi les créanciers privés. En effet, Moody’s considérerait cette option comme un défaut de paiement.

Le fardeau de la dette

La perspective « négative » tient davantage aux fondamentaux des risques associés à la dette du Sénégal. Laquelle est « relativement élevée », à 65% environ du PIB en 2021, contre 56% en 2019. Ce stock de dettes – à ne pas confondre avec la charge de la dette – avoisinerait 325% des recettes de l’État contre un niveau de 280% en 2019.

Le choc du coronavirus exacerbe une tendance à la hausse du fardeau de la dette, lequel pesait déjà avant la pandémie. « Une telle trajectoire d’endettement pour une économie présentant de faibles niveaux de richesse, comme le Sénégal, limite sa capacité d’absorption aux chocs », considère Moody’s.

Voilà qui augmente le risque que le gouvernement soit de plus en plus contraint dans sa capacité à soutenir l’économie ou à se financer à des coûts faibles et stables. Tous les pays de la région sont concernés, mais la notation Ba du Sénégal, un peu plus élevée, ne reflète pas ce risque.

D’autant que la prise en compte de l’encours de la dette des entreprises publiques et des entreprises parapubliques ajouterait encore dix points de pourcentage du PIB à l’encours de la dette de l’État.

Le faible PIB par habitant, à environ 3900 dollars en 2019, indique une base de revenu imposable limitée pour porter le ratio impôts / PIB au niveau cible de 20% (d’environ 17% avant la pandémie) au cours des trois à cinq prochaines années.

Tel est l’engagement du Sénégal auprès du FMI, dans le cadre du nouvel instrument de coordination sur trois ans, qui a débuté en janvier 2020. Une base de recettes intérieures plus élevée est essentielle pour aider à financer la deuxième phase du PSE (Plan Sénégal émergent) 2019-2023, tout en limitant le recours à la dette non concessionnelle à des conditions onéreuses qui mettraient encore davantage en cause la solvabilité.

Un faible risque social

« Des retards dans le rythme de l’assainissement budgétaire ciblé rendraient le fardeau élevé de la dette du Sénégal vulnérable à de nouveaux chocs, potentiellement compatibles avec un niveau de notation plus bas. »

Plus généralement, Moody’s pointe quelques zones de fragilités et de solidités pour le Sénégal. Le pays reste exposé au risque environnemental. Il subit des catastrophes naturelles récurrentes, dont l’impact sur le crédit est exacerbé par les faibles niveaux de richesse et l’importance de l’agriculture pour l’emploi. Néanmoins, ce secteur s’est montré résistant aux chocs climatiques ces derniers temps, et l’on observe une contribution plus régulière de l’agriculture à la croissance.

Si l’épidémie à coronavirus risque d’augmenter les tensions sociales, à l’instar d’autres pays touchés, ce facteur semble en revanche peu significatif pour le Sénégal.

Pour le pays, le choc pandémique se manifeste principalement par une détérioration de la dynamique de réduction de la dette, exacerbée par un ralentissement de la croissance. De même, les réformes en matière de gouvernance ont progressé, avec le soutien du FMI.

À moyen terme, pour ces dernières raisons et sauf nouveau choc, le fardeau de la dette pourrait progressivement s’alléger, considère Moody’s. Qui prévient que tout retard pourrait avoir une répercussion négative sur son rating.

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