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La Côte d’Ivoire vise l’hégémonie dans l’électricité

La Côte d’Ivoire vise l’hégémonie dans l’électricité
  • Publiédécembre 1, 2022

Avec un nouveau centre de dispatching, une capacité améliorée et des accords signés avec tous ses voisins, la Côte d’Ivoire envisage de devenir un exportateur majeur d’électricité en Afrique de l’Ouest, qui a l’un des taux d’accès à l’électricité les plus bas au monde.

 

Au centre de Yamoussoukro, la capitale de la Côte d’Ivoire, à quelques mètres de la basilique Notre-Dame de la Paix, trône un centre de dispatching électrique, récemment inauguré. L’ouvrage a coûté 40 millions de dollars ; il s’agit du deuxième du pays – le premier, construit en 1981, se situe à Abidjan. Les autorités espèrent qu’il relancera les activités économiques d’une ville qui attend toujours son heure.

Depuis la mort du premier président, Félix Houphouët-Boigny, qui a fait de sa ville natale la capitale du pays, le développement économique de la ville a été largement négligé. « En termes de retombées pour la ville, le nouveau centre électrique contribuera au transfert progressif des activités économiques et administratives vers la capitale », explique Noumory Sidibé, PDG de CI-Énergies, l’entreprise publique qui gère la production énergétique du pays.

Le commerce de l’électricité en Afrique de l’Ouest ne représentait que 5% de la demande brute en 2017, tandis que des pays comme le Togo, le Bénin et le Niger sont encore largement dépendants des importations pour répondre à la demande intérieure.

Le site de six acres, qui comprend un centre de contrôle et des logements pour les travailleurs, fait partie du projet Energos, un programme de soutien au secteur de l’énergie en Côte d’Ivoire signé en décembre 2015 avec la Banque d’investissement de l’Union européenne (BEI).

Outre pour le centre de dispatching électrique, le prêt initial de l’UE, d’un montant de 118 millions de dollars, est utilisé pour réhabiliter et étendre les réseaux énergétiques dans les villes de Bouaké, San Pedro et Abidjan, où les travaux sont en cours.

 

Bond en avant

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, des ingénieurs suivent le fonctionnement du réseau électrique national et effectuent des interventions télécommandées. Depuis 2011, date de la création de CI-Énergies, le secteur énergétique du pays a connu des améliorations impressionnantes. La capacité totale installée est passée à 2 269 MW en 2021, soit une augmentation de 60 % par rapport à 2011.

Le centre de dispatching de Yamoussoukro a été inauguré le 25 février 2022.
Le centre de dispatching de Yamoussoukro a été inauguré le 25 février 2022.

 

 

Le temps de coupure moyen est passé de 47 heures en 2011 à environ 16 heures en 2020, tandis que le taux d’accès global à l’électricité est passé de 55,8 % en 2011 à près de 70 % en 2020, le nombre de localités électrifiées passant de 2 847 à 6 781 sur la même période.

Avec 69,7%, le pays affiche l’un des taux d’accès à l’électricité les plus élevés d’Afrique de l’Ouest, devant ses voisins le Liberia (27,5%) et la Guinée (44,7%), mais derrière le Ghana (86%).

Selon la Banque mondiale, la réussite de la Côte d’Ivoire en matière d’électricité est due à son ouverture progressive aux PPP (Partenariats public-privé). Dans les années 1990, le gouvernement a décidé d’ouvrir le marché de l’énergie au secteur privé pour éviter que ne se reproduise la grande crise de délestage des années précédentes. En conséquence, les investissements en PPP dans le secteur de l’énergie sont passés de 5,5 millions $ en 2011 à plus de 810 millions $ en 2020.

Cette stratégie a permis la création de grandes centrales électriques, comme celle d’Azito, située en périphérie d’Abidjan et alimentée par Globeleq, un consortium entre British International Investment (70%) et le fonds norvégien Norfund (30%).

Le nouveau centre de dispatching de Yamoussoukro ne fournit pas seulement aux habitants de la capitale un approvisionnement fiable en électricité, mais sert également les ambitions économiques plus larges du pays.

La demande nationale d’électricité est de 10 020 GWh alors que la production nationale brute totale est de 11 210 GWh. Bien que la production énergétique du pays couvre largement la demande, le gouvernement lance encore des projets de construction de barrages hydroélectriques, ainsi que de centrales thermiques, de biomasse et solaires.

« Le défi était de concevoir un plan de développement des infrastructures qui réponde à la forte croissance de la demande nationale d’électricité ainsi qu’aux ambitions d’exportation de la Côte d’Ivoire vers les pays voisins grâce au renforcement des réseaux d’interconnexion », explique Noumory Sidibé.

 

Une ambition régionale

Le gouvernement souhaite notamment stabiliser les exportations d’électricité du pays vers la région, car elles ont été particulièrement volatiles au cours des 20 dernières années.

Les exportations d’électricité de la Côte d’Ivoire sont passées de 316 GWh en 1995 à 1238 GWh en 2000, le Ghana en représentant 75 %. Elles ont ensuite chuté à 415 GWh en 2010, le Burkina Faso et le Mali remplaçant peu à peu le Ghana comme principaux partenaires.

Les exportations ont rebondi en 2020, pour atteindre le niveau record de 1275 GWh, le Mali et le Burkina Faso représentant respectivement 750 GWh et 500 GWh.

La stratégie du gouvernement est de doubler les exportations pour atteindre 2415 GWh d’ici à 2030, notamment en se déplaçant vers l’ouest, par la mise en œuvre du projet d’interconnexion des réseaux électriques de la Côte d’Ivoire, du Liberia, de la Sierra Leone et de la Guinée (CLSG). Lancé en 2013, le projet CLSG prévoit la construction de 1357 km de lignes à haute tension pour desservir 24 millions de personnes dans les quatre pays et contribuer au développement d’un marché de l’électricité dans la région.

Le commerce de l’électricité en Afrique de l’Ouest ne représentait que 5% de la demande brute en 2017, tandis que des pays comme le Togo, le Bénin et le Niger sont encore largement dépendants des importations pour répondre à la demande intérieure.

Ce vaste projet est financé par la BEI, la BAD (Banque africaine de développement), la Banque mondiale et la banque de développement allemande KfW, aux côtés des pays concernés.

L’ambition de la Côte d’Ivoire d’être un exportateur d’électricité de premier plan dans la région correspond à son statut de pays le plus performant de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) dans l’indice d’intégration régionale de l’Afrique.

La Côte d’Ivoire arrive en tête de l’indice d’intégration régionale de la CEDEAO alors qu’elle ne représente que 6 % du PIB régional, et en sixième position après cinq pays d’Afrique australe (Eswatini, Namibie, Lesotho, Afrique du Sud, Zimbabwe) pour l’intégration commerciale sur l’ensemble du continent, se classant devant le Kenya, le Nigeria et le Ghana. Selon la BAD, le projet CLSG devrait s’achever à la fin de 2023. Sidibé a récemment accueilli une délégation de Sierra Leone pour signer un contrat d’achat, après s’être rendu au Liberia et en Guinée l’année dernière.

Les contrats sont basés sur un système de Take or Pay – obligeant l’acheteur à acheter et à prendre livraison d’une quantité minimale d’électricité ou à payer le vendeur pour tout manque à gagner –, sur une durée de trois ans, renouvelable par accord entre les parties à partir de la deuxième année.

Le rôle de la Côte d’Ivoire en tant que principale source d’électricité pour ses voisins suscite néanmoins une attention géopolitique renouvelée. Fin septembre, un responsable de la compagnie ivoirienne d’électricité a nié que les coupures de courant à Bamako et dans d’autres villes du Mali étaient une réponse à l’arrestation et au maintien en détention, en juillet, de 49 soldats ivoiriens arrêtés à l’aéroport de Bamako. Le responsable a imputé les coupures de courant à des travaux de réparation sur la ligne.

Mais si les tensions géopolitiques peuvent être aplanies, le projet donnera un coup de pouce substantiel à la capacité énergétique longtemps insuffisante de la région.

Le panneau de contrôle d'un centre de dispatching ivoirien.
Le panneau de contrôle d’un centre de dispatching.

@AB

 

Écrit par
Leo Komminoth

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