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African Business

La Côte d’Ivoire, pays pilote dans la biomasse

Plusieurs usines de retraitement de déchets végétaux, issus du cacao ou du palmier, sont en construction en Côte d’Ivoire. Le pays se veut exemplaire en matière de rééquilibrage de sa production d’électricité vers le renouvelable.

Par Marie-Anne Lubin

À partir de déchets, la technique de la biomasse permet de produire de l’énergie renouvelable qui est injectée dans le circuit national de distribution. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire tire l’essentiel de son électricité de combustible fossile, le gaz naturel représentant 70% de son énergie. Le pays ambitionne de porter les sources d’énergie renouvelable à plus de 40% du total de la production, pour une réduction des gaz à effet de serre de près de 30%, à horizon 2030.

La Côte d’Ivoire envisage la construction pas moins de dix centrales biomasses réparties sur l’ensemble de son territoire. Et la recherche de déchets à recycler n’est pas un problème : la Côte d’Ivoire produit, exporte et transforme (depuis peu) la fève de cacao.

En revanche, elle ne savait que faire des coques de fèves, des coques de cabosses et des « sueurs » de cacao, ce liquide jaunâtre qui s’écoule pendant la fermentation. Désormais, ces déchets trouvent leur utilisation dans la production d’électricité !

Le projet Biovea d’électricité produite à partir de déchets de palmier inutilisés « contribue au développement d’une chaîne d’approvisionnement agricole durable et à la production d’énergie renouvelable à partir de combustibles locaux », juge Grégroy Clemente (Proparco).

Après des projets pilotes convaincants, le pays a démarré les travaux d’une usine de biomasse à Divo, une ville située en plein cœur d’une des principales régions productrices de cacao. La matière première sera brûlée pour faire tourner une turbine qui produira de l’électricité.

Selon le directeur général de la Société des énergies nouvelles (Soden), son principal promoteur, la centrale de Divo pourrait répondre aux besoins en électricité de 1,7 million de personnes. Elle a reçu le soutien de l’Agence américaine pour le commerce et le développement ; sa construction devrait s’achever début 2023 et produire jusqu’à 70 MW d’électricité. Au-delà, la technique de la biomasse offrira un revenu supplémentaire aux 600 000 producteurs ivoiriens de cacao.

Ce dernier ne sera pas le seul à être mis à contribution : la culture du palmier, elle aussi, génère des déchets inutilisés. À leur intention, le projet Biovea construit une usine de biomasse à Ayebo, au sud-est du pays. Biovea Energie est une société de droit ivoirien détenue par les français EDF et Meridiam, ainsi que Biokala, une coentreprise créée par Meridiam et le géant africain de l’agro-industrie SIFCA. 

Une trajectoire climatique vertueuse

À l’occasion de la visite en Côte d’Ivoire de Jean-Yves Le Drian, ministre français de des Affaires étrangères, ce 10 juin 2021, Proparco et Emerging Africa Infrastructure Fund (EAIF) ont signé un prêt de 165 millions d’euros et une subvention de 13 millions d’euros pour financer Biovea. Proparco est la filiale de l’AFD (Agence française de développement) dédiée au secteur privé, et EAIF est une société du Private Infrastructure Development Group (PIDG).

EAIF contribue au projet via un prêt d’environ 30 millions d’euros et le PIDG octroie une subvention d’investissement de 8 millions d’euros. Proparco accorde un financement à des conditions préférentielles constitué d’un prêt concessionnel de 135 millions d’euros et une subvention d’investissement de 5 millions d’euros.

La centrale électrique sera alimentée par environ 450 000 tonnes de déchets de palmiers, mis à disposition par PalmCi, une filiale de SIFCA. Palmci s’approvisionnera pour 30% de la biomasse nécessaire à la centrale auprès de ses propres plantations d’huile de palme et pour 70% auprès des petits planteurs de la zone.

Le projet contribuera à créer 500 emplois locaux pendant la phase de construction de la centrale et plus d’un millier d’emplois ou équivalent temps plein durant la phase d’exploitation.

La biomasse fournie par les petits planteurs devrait générer une augmentation moyenne de leurs revenus de 20%. Actuellement, 12 000 d’entre eux font partie de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise. Ses promoteurs estiment que Biovea permettra, en phase opérationnelle, d’éviter l’émission d’environ 340 000 tonnes d’équivalent CO2 par an.

« Biovea est un projet d’énergie renouvelable innovant qui place la Côte d’Ivoire sur une trajectoire climatique vertueuse conformément aux engagements de l’accord de Paris », commente Grégory Clemente, directeur général de Proparco. « Le projet contribue au développement d’une chaîne d’approvisionnement agricole durable et à la production d’énergie renouvelable à partir de combustibles locaux. »

La technique fait école, en Afrique subsaharienne : le Ghana voisin annonce la mise en chantier de deux usines de retraitements de déchets, du bois, des papiers et des plastiques, cette fois. 

MALU

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