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African Business

La Côte d’Ivoire, pari la transformation

La Côte d’Ivoire importe encore trop les produits finis qu’elle pourrait fabriquer elle-même. Il lui faut susciter les investissements dans ses produits phares, comme le cacao, et mieux répondre à la demande domestique.

Soutenu par le binôme café-cacao, le secteur agricole, qui représente 22 % du PIB de la Côte d’Ivoire, s’est longtemps orienté vers l’exportation de produits bruts au détriment de la transformation locale. Huile de palme, bois, caoutchouc, karité, coton… continuent d’être vendus à l’étranger, sans aucune transformation, ou presque.« Nous transformons à peine 20 % de ce que nous produisons », déplore Mamadou Sangafowa Coulibaly, le ministre de l’Agriculture qui entend relever le défi de la transformation pour donner aux produits agricoles ivoiriens « une valeur ajoutée ». L’agriculture et le secteur agro-industriel contribuent à l’emploi des deux tiers de la population active, et génèrent, bon an mal an, entre 40 % et 70 % des recettes d’exportation. 

Pour les autorités ivoiriennes, il s’agit avant tout d’attirer des transformateurs qui viendront aider le pays à valoriser sur place ses principales productions. Celles-ci affichent une croissance de 9 % par an sur les trois dernières années pour les cultures de rentes, dont le cacao, et de 25 % pour les cultures vivrières. La Côte d’Ivoire, qui était jusque-là le deuxième transformateur de cacao après les Pays-Bas, pourra devenir, à la fin de la campagne cacaoyère 2014-2015, le premier broyeur mondial. Le chocolatier français Cémoi inaugure en mai 2015, sa première usine de fabrication de chocolat à Abidjan. 

De son côté, l’huile de palme, qui fait vivre près de 2 millions de personnes en Côte d’Ivoire, à travers une production de 450 000 tonnes (en 2014), représente 13 % du PIB. L’industrie est bien avancée dans sa stratégie de transformation, allant même au-delà de cette étape : la première centrale à biomasse du pays, la plus puissante d’Afrique, fonctionnera grâce à des branches et des troncs de palmiers à huile ; sa construction débutera dans le courant de l’année. 

Baptisée « Biokala », la centrale sortira de terre à Aboisso (à 120 km d’Abidjan), où Sifca, leader ouest-africain de l’agro-industrie et premier groupe privé ivoirien, possède de vastes plantations de palmiers à huile. La Côte d’Ivoire dispose ainsi de l’un des plus importants gisements de biomasse en Afrique, estimé à 12 millions de tonnes par an. Le groupe public français EDF a été choisi comme « partenaire technique de référence » du projet, d’une capacité de 46 MW.

« Il faut mettre fin à la “dictature du riz” en misant sur une stratégie de transformation locale », affirme un cadre du ministère de l’Agriculture.

La noix de cajou, pour laquelle Abidjan vise la première place mondiale (occupée pour le moment par l’Inde) a atteint des sommets en 2014 (550 000 t). La quasi-totalité de la production nationale (9 8 %) est exportée à l’état brut en Inde et au Vietnam pour y être transformée. 

« Sans transformation, la filière cajou africaine disparaîtra faute de débouchés, dès que l’Asie arrêtera les importations des noix brutes », met en garde un expert de la filière qui estime la capacité actuelle d’usinage dans le pays limitée à seulement 10 000 tonnes. 

Le défi de la transformation concerne également les cultures vivrières, dont les carences poussent le pays à importer de la nourriture pour un montant annuel de 1 000 milliards de F.CFA (1,5 milliard d’euros) ; une somme consacrée à l’achat des denrées alimentaires de base, y compris la volaille et les produits laitiers. 

Malgré les 500 kilomètres de côtes et une pêche industrielle florissante, la Côte d’Ivoire achète chaque année pour 169 milliards de F.CFA de poissons étrangers, afin de garnir ses étals. De même, bien qu’important producteur, le pays consacre 250 milliards de F.CFA à l’achat de riz, dont la consommation augmente de 7 % chaque année ; il ne couvre également que 26 % de ses besoins en viande, selon les chiffres officiels. 

De son côté, la production vivrière, notamment l’igname, le manioc et les légumes, a atteint en 2014, 13 millions de tonnes contre 12 millions en 2012. Dans la foulée, l’Organisation des producteurs exportateurs d’ananas, bananes et mangues (Obamci), tournée uniquement vers l’extérieur, a décidé de se reconvertir dans la promotion des cultures vivrières, à travers un projet de 2 milliards de F. CFA. « Bientôt, 60 % de notre production de tomates, choux, salade…. seront transformés et vendus sur le marché ivoirien », pronostique Mario Adiko, le président de l’Obamci. Le projet le plus audacieux des autorités ivoiriennes est d’atteindre en 2016, l’autosuffisance en riz, en comblant le déficit de 900 000 tonnes. « Il faut mettre fin à la “dictature du riz” en misant sur une stratégie de transformation locale », affirme un cadre du ministère de l’Agriculture. Le ministère visait 2 000 milliards de F.CFA d’investissements étrangers dans le secteur à court terme ; seulement la moitié devrait être actée à la fin de l’année. 

Outre la transformation, le pays veut relever un autre défi, celui de l’amélioration de la productivité en mettant l’accent sur le renouvellement des infrastructures, face au vieillissement du verger et à l’appauvrissement des terres. Pour y contribuer, le Salon international de l’agriculture et des ressources animales d’Abidjan (SARA), où sont attendus 250 000 visiteurs, début avril, constitue une véritable aubaine. 

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