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Interview

Uzziel Ndagijimana : Nos investissements soutiennent la reprise

Uzziel Ndagijimana : Nos investissements soutiennent la reprise
  • Publiémars 8, 2022

Le gouvernement rwandais juge que les investisseurs reviendront dans le pays qui a mis à profit la crise pandémique pour accélérer certains investissements, dès 2020. Uzziel Ndagijimana, ministre des Finances et de la planification économique, détaille les contours de la relance du Rwanda.

Propos recueillis par Lars Larsson

Comment la pandémie de Covid-19 a-t-elle affecté la croissance économique du Rwanda ?

Son émergence soudaine a perturbé notre rythme de progression jusque-là rapide. Pour la première fois depuis 1994, le Rwanda a subi une croissance négative, en 2020 (-3,4 %). Le virus a atteint le Rwanda à la mi-mars 2020 et a affecté notre économie en raison de la perturbation des voyages et chaînes d’approvisionnement internationales.

Pourtant, nous étions sur un rythme de croissance de 3,6%, avant que le gouvernement n’impose des mesures strictes pour empêcher la propagation du virus.

L’objectif du Centre financier international de Kigali est d’attirer des fonds, des banques et des sociétés de gestion financière pour financer des développements à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Quelque 35 entreprises ont déjà manifesté leur intérêt, dont 20 se sont déjà établies au Rwanda.

Note action rapide a eu pour effet de minimiser les pertes en vies humaines, mais aussi de limiter l’activité économique. Ces effets se sont pleinement fait sentir au deuxième trimestre 2020, lorsque la croissance a plongé à -12,4 %.

La croissance est restée négative aux troisième et quatrième trimestres, avant de montrer des signes d’amélioration dès 2021. Nous nous sommes adaptés aux évolutions de la situation.

Nous avons assoupli certaines restrictions et la croissance a vivement rebondi : 3,5% au premier trimestre, un record de 20,6% au deuxième et 10,2% au troisième. La croissance annuelle devrait avoisiner ce chiffre, soit la plus forte d’Afrique.

Comment le gouvernement rwandais aborde-t-il la reprise ?

Il était crucial de bien appliquer les restrictions. L’exécutif du pays a fait preuve d’un leadership fort et a supervisé une coopération étroite entre les différents ministères et institutions pour présenter une approche ciblée et coordonnée.

Un comité permanent national, présidé par le Premier ministre, s’est réuni toutes les deux semaines pour discuter des progrès et de la stratégie ; il était guidé par les avis scientifiques.

Dès avril 2020, le gouvernement a adopté un plan de relance en trois volets : médical, social et économique. Nous avons investi pour acquérir les capacités de test et de traçage nécessaires.

Ces mesures visaient à garantir que le système de santé ne soit pas submergé et qu’il y ait toujours des lits de soins intensifs pour tous ceux qui en avaient besoin. Cela a été facilité par l’imposition de plusieurs confinements totaux, principalement à Kigali, ainsi que dans d’autres villes.

Les voyageurs entrant dans le pays ont été immédiatement testés, puis ont dû s’isoler pendant trois jours. Cette exigence a été levée pour les camionneurs entrant ou sortant du Rwanda. Ils ont été testés puis surveillés, parfois par satellite, pour s’assurer qu’ils respectaient leurs itinéraires et leurs hôtels désignés.

Un autre exemple de déploiement imaginatif de la technologie à cette époque était l’utilisation de robots soignants dans les hôpitaux pour alléger le fardeau des infirmières dans les centres de traitement et minimiser les contacts humains.

Pour créer des emplois et pour poursuivre les plans de développement préexistants, nous avons débloqué des fonds d’investissement et accéléré la mise en œuvre de Travaux publics pour maintenir l’économie en activité. Nous avons accéléré les plans visant à augmenter le nombre de salles de classe dans les écoles des zones rurales afin de fournir des emplois et une meilleure éducation à l’avenir.

En dix mois, nous avons construit plus de 20 000 salles de classe pour un coût de 200 millions de dollars, dont la moitié était financée par la Banque mondiale. Un tel projet nous aurait normalement pris trois ans et bouleversé l’éducation des étudiants ! Mais ceux-ci étudiaient à domicile.

Quand ils sont revenus à l’école, ils disposaient de salles de classe plus nombreuses, plus grandes et mieux ventilées. Nous avons engagé des programmes similaires dans les infrastructures, pour la construction de routes.

Nous avons également essayé d’aider directement le secteur privé, par le Fonds de relance économique (FRE), doté de 100 millions $ pour soutenir les entreprises les plus touchées. Notre première cible était l’industrie hôtelière, qui avait été durement affectée par l’effondrement du tourisme dès le début de l’année 2020.

La plupart de ces entreprises avaient contracté des emprunts qu’elles étaient incapables de rembourser ; et des défauts de paiement massifs auraient encore davantage endommagé le secteur bancaire.

À ce jour, environ 90 % du FER ont été dépensés et le programme a été efficace, même s’il reste encore du travail à faire. En 2021, nous avons emprunté suffisamment de capitaux pour augmenter le FER, porté à 350 millions $.

Nous dépensons 150 millions $ pour promouvoir de nouveaux investissements afin de soutenir la reprise et de stimuler des éléments clés de l’économie. La majeure partie est allée à de petites entreprises ayant besoin de capital de démarrage.

Ce programme existait avant la pandémie, mais nous l’avons accéléré lorsque nous avons estimé que le moment était venu et l’avons appliqué dans tout le pays.

Quelle a été la réponse de la communauté financière internationale au Rwanda pendant la pandémie ?

La pandémie a présenté une opportunité de mobilisation des ressources. La communauté financière internationale est devenue plus réceptive aux demandes de financement.

Nous avons reçu 200 millions $ de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures en tant que nouveau membre, dont la moitié est allée au FER, ainsi que 150 millions $ de la Banque mondiale. En 2020, nous avons réussi à lever une euro-obligation de 650 millions $, la plus importante d’Afrique.

Cela démontre que la confiance des investisseurs dans le Rwanda est très élevée, même en pleine pandémie et face à une forte concurrence. Nous aurions pu lever jusqu’à 1 milliard $, mais nous n’en avions pas besoin puisque nous avons maîtrisé la pandémie et parce que ce montant ne correspondait pas à notre stratégie d’endettement.

Dans quels secteurs de l’économie voyez-vous de la croissance ?

Le pays et sa discipline de travail sont restés résilients partout. L’agriculture a été renforcée. Les produits manufacturés ont augmenté de manière constante tout au long de la pandémie, passant d’environ 16 % à 19% du PIB.

Le secteur des services montre des signes de reprise rapide. Cela est particulièrement vrai pour les TIC, qui ont augmenté de 30 % et qui sont très importants pour les plans futurs du gouvernement dans le cadre de la Vision 2050.

En fait, les progrès technologiques ont reçu un coup de pouce à la faveur de la pandémie, car des solutions numériques innovantes ont été appliquées pour encourager la distanciation sociale.

Les transports ont été touchés mais se redressent rapidement, y compris l’aviation. Le secteur de l’hôtellerie est toujours en dessous du niveau d’avant Covid, mais connaît également une activité accrue.

Comment positionnez-vous le Rwanda en tant que centre financier régional ?

Nous diversifions notre économie et valorisons notre situation géographique. Nous sommes un pays enclavé, aussi les coûts d’importation et d’exportation sont-ils très élevés.

Nous pouvons faire de ce handicap une opportunité en investissant massivement dans la logistique régionale et les services à forte valeur ajoutée, notamment les TIC et la finance. Il s’agit d’un élément clé du plan Vision 2050, au cœur de nos ambitions dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Pour ce faire, nous créons un environnement de confiance, de bonne gouvernance, d’absence de corruption et de conformité aux normes financières internationales.

Vous le soulignez avec raison, après quelques réformes juridiques supplémentaires et un renforcement des capacités, nous prévoyons de nous positionner en tant que centre financier régional.

Cela a été l’inspiration derrière la création du Centre financier international de Kigali (KIFC), géré par Rwanda Finance Limited. L’objectif est d’attirer des fonds, des banques et des sociétés de gestion financière à Kigali pour financer des développements à l’intérieur et à l’extérieur du Rwanda.

Nous sommes prêts à réformer davantage les réglementations relatives aux affaires et à la finance, qui ont été adoptées avec l’aide de consultants internationaux pour les hisser aux normes internationales.

Cela offrira confiance et familiarité aux investisseurs internationaux. Le centre a déjà attiré beaucoup d’investissements. Quelque 35 entreprises ont déjà manifesté leur intérêt, dont 20 se sont déjà établies au Rwanda. Il s’agit notamment des start-up de la Fintech, des sociétés d’investissement, des cabinets d’avocats et des banques.

@ABF

Écrit par
Par Lars Larsson

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