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African Business

Reckya Madougou : Pour une approche plus globale de l’inclusion

Il faut regarder ce qui se passe au niveau de l’accès au marché, de la conservation, de la logistique. Un seul maillon peut gripper la chaîne entière. D’où la nécessité d’avoir une approche holistique. En bref, il faut raisonner en termes de filière pour dérisquer l’agriculture et lui apporter davantage de financements.

La vérité est que la majorité de notre population y travaille, – en particulier les femmes –, cela sans concours financier important. On ne peut alors pas rendre cette agriculture productive ou faire émerger l’agrobusiness sur le continent.

« Se nourrir » sera la bataille d’aujourd’hui et de demain pour l’Afrique. Comment rendre le secteur agricole plus attractif et lui donner les moyens de décoller ?

Rendre le secteur agricole plus attractif, c’est traiter la question du derisking, mitiger les risques pour faciliter l’emprunt bancaire des producteurs agricoles, les aider à obtenir des crédits abordables pour développer leurs activités.

Aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest l’agriculture constitue pratiquement 40% du PIB et dans certains pays emploie jusqu’à 70% de la population active or seul 0,2% du financement bancaire est accordé à ce secteur. Ces chiffres nous disent qu’investir davantage permettra d’employer plus de bras, d’améliorer la vie des petits agriculteurs et entrepreneurs et d’accroître notre production intérieure et sa valeur ajoutée.

Les jeunes rencontrent un problème d’employabilité. Comment faire en sorte que les connaissances se transforment en compétences ?

L’employabilité est un problème mondial. Sur le continent, elle se pose avec acuité et appelle la responsabilité des pouvoirs publics. Ils doivent mettent en place le cadre réglementaire et incitatif et doivent susciter l’emploi, en partenariat avec les institutions internationales.

Nos formations ne tiennent pas assez compte de la nécessité d’incuber l’employabilité, c’est-à-dire rendre possible le potentiel entrepreneurial de la jeunesse. Le jeune doit se préparer à acquérir des qualifications pour exprimer son génie et ses capacités d’innovation afin de s’insérer dans la vie active comme salarié ou par l’auto-emploi (en tant qu’auto-employeur).

Les gouvernements peuvent favoriser les partenariats public-privé. Lesquels servent à élaborer les contenus des formations, à installer des laboratoires et des incubateurs. En nous formant, nous pouvons acquérir des compétences et contribuer à la production, à la densification du tissu économique de notre pays.

L’autre rôle possible des pouvoirs publics est l’incitation, la facilitation auprès du secteur privé. Dans les bonnes conditions, le secteur privé peut créer un environnement de laboratoires, d’incubateurs, pour permettre aux jeunes d’aller vers les qualifications et les compétences.

Le secteur privé a des moyens limités et ne peut pas faire face à la complexité de la situation. Comment concilier les besoins et les moyens des entreprises ?

La question se pose dès le niveau de l’élaboration des politiques publiques. Lorsque celles-ci mettent en partenariat les États, le secteur privé et d’autres acteurs internationaux – notamment les bailleurs de fonds –, on obtient des synergies à même de créer un environnement favorable à la création d’emplois et d’entreprises.

La pandémie va-t-elle changer la donne en Afrique et permettre le saut générationnel nécessaire, ou va-t-elle aggraver la situation ?

Il n’est pas trivial de dire que la pandémie peut contenir une ou plusieurs opportunités pour le continent. Elle constitue un tremplin pour se réinventer. Nous l’avons tous fait dans notre quotidien, tandis que les États ont dû réinventer leur organisation, leur mode de gouvernance…

Les acteurs de l’économie réelle ont été plus résilients qu’on aurait pu l’imaginer. Contre toute attente, beaucoup de TPE n’ont pas disparu, parce que, dans des situations extrêmement difficiles, elles ont réussi à s’adapter plus facilement. C’est cela l’agilité, la capacité d’adaptation. C’est une forme de modernisation et on peut alors se demander si tous les mécanismes qu’on nous impose comme des principes sacrés et universels nous aident vraiment à nous développer.

Nous avons perdu beaucoup de temps dans plusieurs aspects moteurs, comme l’agriculture, qui constitue notre plus bel atout. La mécanisation et les réformes agraires ont eu des résultats mitigés. Il est temps de penser l’agriculture autrement !

À la faveur de la pandémie, on a vu des espoirs d’autonomie et d’indépendance réelle en termes de méthode pour répondre à la crise actuelle. Celle-ci n’est plus simplement sanitaire mais se transforme en crise économique. Dans un tel contexte, c’est du chacun pour soi malgré les concerts de discussions bilatérales et multilatérales. Au bout du compte, chacun est touché et réfléchit à comment s’en sortir.

L’Afrique n’est pas isolée du monde et subit une série de crises planétaires. Cela perturbe-t-il votre approche « afro-réaliste » ?

Ce n’est pas un élément inquiétant, mais il faut que l’Afrique se fasse entendre plus et se fasse respecter. Il faudrait qu’elle valorise beaucoup plus ses potentialités. On dit que la main qui demande est en dessous. Pourquoi ? Parce qu’elle se pense en dessous, c’est pourquoi je plaide pour la valorisation de la perception de l’Afrique.

Dans Soigner les certitudes, j’évoque cette notion de perception que nous donnons nous-mêmes et qu’il faut changer. C’est l’une des certitudes qu’il faut soigner. On a des clichés sur l’Afrique qui la montrent comme le continent de la pauvreté, de la famine, des guerres… comme si ces problématiques n’existaient pas dans d’autres pays du monde ! Or ceux-là réussissent à faire bouger les lignes.

Fondamentalement, nous avons en main une bonne part de notre destin. Attention, je ne suis pas une nationaliste qui oublie que le continent, dans sa diversité, s’inscrit dans un mouvement d’universalisme. Il faut discuter par des approches décomplexées, développer ses potentialités et aller vers le monde dans un esprit décomplexé lui aussi.

SU et NB

 

 

 

Une réponse à “Reckya Madougou : Pour une approche plus globale de l’inclusion”

  1. Author Thumbnail GUEGNI M. Armand Serge dit :

    Énigmatiques descriptions et solutions explicites , compatibles pour une Afrique réinventée.

    Mes félicitations

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