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African Business

Marc Trévidic : « N’offrons aucun territoire à l’islam radical »

Cela indique-t-il qu’il faut analyser en profondeur la vulnérabilité de personnes manipulables ?

Nous savons que les sociétés modernes sacrifient volontiers l’éducation et la culture au profit de formes un peu faciles d’apprentissage : l’image, le jeu, la tablette remplacent le livre, les journaux et la réflexion. Les niveaux d’acculturation des jeunes de milieux défavorisés sont inquiétants. L’état de l’éducation nationale est un désastre dans certains endroits en France. Ces manques produisent des êtres humains que l’on peut capter avec des arguments de bas étage comme de dire que l’« Occident en veut à l’islam », qu’ « il faut devenir moudjahid pour défendre les musulmans opprimés », etc.

Il fallait des arguments plus sophistiqués auparavant pour endoctriner quelqu’un. Pendant l’âge d’or d’Al Qaeda (2000-2001), il fallait faire venir ces personnes au « Londonistan », à Baker Street et à Finsbury Park, où on les faisait lire, c’était d’un niveau relativement élevé. Aujourd’hui, on utilise l’image, on montre une femme qui pleure son enfant tué dans un bombardement et on dit : « Voilà ce qu’a fait l’Amérique », ce qu’on fait suivre d’une deuxième image, la solution : des moudjahidines sur des pur-sang arabes. L’image et l’émotion priment.

Les États au Sahel risquent d’être démantelés. Quel est, selon vous le degré de la menace d’effondrement dans la région ?

Elle s’étend au-delà du Sahel. La radicalisation remonte au Sénégal et dans des pays qui entretenaient un islam modéré et cultivé. L’islam radical y fait une poussée importante. Au Mali, la branche dominante de l’islam, le malékisme, est traditionaliste mais modéré et on y joue par exemple de la musique. Tout le monde connaît les joueurs de blues maliens ! On voudrait casser cela et imposer par la force une religion radicale. Que faire pour l’empêcher et soutenir les structures existantes ?

Nous fabriquons nous-mêmes les héros du terrorisme, ce qui est très dangereux, car nous les fabriquons aussi pour les personnes radicalisées. Il faut se garder de surévaluer les terroristes et de leur donner une aura trop importante car cela a un impact et peut leur attirer des recrues.

Tout cela se fait sur fond d’États instables et parfois corrompus où les aides données peuvent parfois disparaître. Pour les pays qui possèdent des richesses, se présente aussi le danger que l’aide s’accompagne de contreparties. Cette guerre d’influence produit un statu quo où chacun calcule ses intérêts tandis que se produit la poussée de l’islam radical. Il faut que le monde occidental réfléchisse à la manière d’aider ces pays instables, sans contrepartie, pour qu’ils ne soient pas absorbés par des groupes terroristes.

Comment organiser la riposte de pays et de peuples entiers ? L’islam est souvent un prétexte pour des groupes criminels.

C’est la grande difficulté : aider les branches modérées de l’islam à lutter dans la population contre l’attrait de l’islam radical. Créer les conditions dans lesquelles un État peut lutter contre cette espèce de pègre, faire disparaître la corruption… Un seul pays ne peut pas y arriver. La seule façon de le faire – avec l’aide de l’Europe –, c’est de ne pas imposer de conditions de marché et d’élever le niveau de vie de ces pays. Voilà qui est difficile quand on voit un jeune qui n’a rien de mieux à faire que de monter dans le 4×4 rutilant de djihadistes ! Il n’y a pas que l’idéologie, il faut voir ceux qui sont poussés par la nécessité.

Ce phénomène a monté pendant quarante ans et il ne faut pas croire à une solution miracle qui le fera disparaître en quatre ans. Si l’on comprend bien ce que sont les piliers du terrorisme et qu’on lutte contre la cause, le culte du héros et l’organisation et les moyens de ces groupes, des effets tangibles peuvent être produits dans dix ans. Mais on ne doit pas s’attendre à des effets de court terme.

Avons-nous pris le bon chemin ?

Oui, car nous avons commencé à nous poser la question des causes de la poussée de l’islam radical à l’échelle mondiale. De même qu’on combat des poussées de fanatisme religieux dans le monde à travers l’histoire, qu’on rencontre aux États-Unis le suprémacisme blanc, il faut voir cela comme la cause des actes terroristes. Vient ensuite la question de nos alliances, de savoir qui va nous aider et de savoir poser nos conditions.

Nous ne pouvons pas continuer à être amis et partenaires d’États qui propagent l’islam radical. Il faut être logique – et pourquoi pas être neutre –, mais nous ne pouvons pas leur vendre des armes. La France est encore hésitante. Le parlement vote une loi contre les séparatismes en France, mais il ne dit pas quelle est la stratégie de l’État à l’international.

Quel est votre prochain chantier ?

On souffle un peu après avoir fait paraître un livre ! J’observe une période de latence avant de relancer la réflexion, que je consacre à mes fonctions de Président de cour d’assises.

SU et NB

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