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African Business

Grégory Clemente : L’engagement de Proparco auprès des PME reste intact

Engagée dans une vision « tout Afrique » du continent, Proparco poursuit sa croissance par des garanties et des fonds d’investissement spécialisés. Son directeur général, Grégory Clemente, explique la stratégie partenariale et les nouveaux instruments de cette structure du Groupe Agence française de développement.

Propos recueillis par Omar Ben Yedder

Collaboration de Nicolas Bouchet

Le FMI devrait autoriser le recours aux DTS (droits de tirage spéciaux) pour contribuer à une relance des marchés en voie de développement. Quelles sont vos perspectives et quel est votre sentiment à l’égard du marché africain, dans cette conjoncture ?

Vous faites allusion à la mobilisation internationale pour une initiative qui emploie les DTS, panier de devises gérées par le FMI. À Paris, en mai 2021, se tiendra un sommet sur le financement des économies africaines où plusieurs questions seront traitées. La première concerne les situations macroéconomiques des pays du continent.

La mobilisation internationale des agences bilatérales et multilatérales de développement et du FMI sera, je l’espère, un élément de réponse à cette crise et à l’endettement des pays africains et leur donnera de l’oxygène et proposera des solutions adaptées.

Nous avons choisi d’être très présents sur les questions en lien avec climat, et regardons beaucoup de projets en faveur des énergies renouvelables. Nous avons financé les premières centrales solaires au Sénégal, mené de grands projets en Égypte, à Benban, avec d’autres bailleurs de fonds.

La deuxième est celle du financement du secteur privé, pour laquelle on espère une mobilisation importante des IFD (institutions financières de développement) comme Proparco. En novembre 2020, Rémy Rioux, directeur de l’AFD, a organisé le sommet Finance en commun qui a rassemblé plus de 400 banques de développement. À cette occasion, les IFD dédiées au secteur privé se sont engagées en faveur des TPE et PME ; elles déploieront 4 milliards de dollars d’ici à la fin 2021. Sur cette somme, Proparco apporte un milliard d’euros.

Certains banquiers et investisseurs relatent qu’il est difficile de trouver des projets bankable. Avez-vous des difficultés à déployer les fonds dont vous disposez ?

Ce milliard d’euros additionnel auquel s’est engagé le Groupe AFD s’inscrit dans le cadre du volet Résilience de l’initiative Choose Africa portée par le Président de la République. Il renforce notre engagement envers les TPE/PME africaines, qui passe de 2,5 milliards d’euros à 3,5 milliards d’euros sur la période 2018-2022. A mi-parcours de cette initiative, nous avons déjà engagé  plus de 2 milliards d’euros. La réponse économique à la crise que constitue ce volet Résilience d’un milliard d’euros prendra plusieurs formes, dont des mécanismes de garantie, qui complètent ce que nous faisons sur le continent.

Les garanties sont un instrument très important pour nous. En dix ans, nous avons déployé 2 milliards d’euros de garanties avec le produit Ariz en faveur des TPE et PME. Dans le cadre de notre réponse économique à la crise sanitaire nous avons conçu des garanties à 80%, inspirées du Prêt garanti par l’État (PGE), en France. Pour cela, nous avons signé des accords avec des banques partenaires et sommes en phase de déploiement.

Nous arrivons à déployer nos modalités d’intervention et de financement mais parfois, c’est vrai, la difficulté est de trouver des projets et entreprises bankable. Ceux qui étaient fragiles avant la crise le sont encore plus aujourd’hui. Nous avons la chance de nous appuyer sur l’AFD qui travaille en amont sur l’environnement des affaires et la bonne gouvernance. L’Agence dispose d’un mandat de gouvernance financière, notamment sur le continent, qui est de nature à favoriser nos interventions.

On note pour ces géographies une certaine ouverture, un certain élargissement de votre champ d’action. Le Président français est allé au Kenya et le Président kényan en France. Emmanuel Macron a invité des industriels nigérians à son sommet précédant Davos en janvier.

À l’image de notre maison mère, nous raisonnons « tout Afrique ». On ne découpe plus le continent en morceaux et nous intervenons dans toutes les zones géographiques. Nous nous appuyons sur un réseau qui s’est densifié ces dernières années avec des bureaux régionaux basés à Abidjan, Casablanca, Douala, Johannesburg, Lagos et Nairobi. Nous avons aussi installé des relais locaux comme au Sénégal pour un maillage plus important du continent. Proparco compte désormais plus de 90 personnes déployées dans nos pays d’intervention.

En 2017, vous disiez vouloir mettre l’accent sur les investissements equity. Comment comptez-vous travailler sur ce sujet ?

Nous avons atteint 2,5 milliards d’euros d’activité en 2019. Au sein de cette production financière nous avons décidé de mettre l’accent sur l’equity ou quasi equity, notamment à travers des fonds d’investissement. Nous avons aussi remporté ce pari. En 2016, nous étions autour de 100 millions d’euros. Pour un objectif de 500 millions, nous avons atteint 450 millions d’euros en 2019.

Nous sommes « sur les rails », malgré une année 2020 atypique qui ralentit ce plan d’action. Nous avons renforcé nos équipes spécialisées en equity en créant un département spécifique en 2018. Nous sommes désormais le point d’entrée unique au sein du groupe AFD pour le secteur privé et l’equity.

Le département equity s’est bien développé et nous avons placé de l’expertise dans notre réseau. Cela nous a permis de développer l’activité en Afrique de l’Est avec un expert equity à Nairobi depuis bientôt trois ans, et plus récemment en Afrique australe. Nous gardons des objectifs ambitieux d’investissements annuels.

Y a-t-il des secteurs que vous estimez plus porteurs que d’autres pour le groupe ?

Nous avons choisi d’être très présents sur les questions en lien avec climat, et regardons beaucoup de projets en faveur des énergies renouvelables. Nous avons financé les premières centrales solaires au Sénégal, mené de grands projets en Égypte, à Benban, avec d’autres bailleurs de fonds. Nous avons été très actifs dans le financement de Nachtigal au Cameroun, avons mené d’autres projets en Côte d’Ivoire. Ce domaine nous a énormément mobilisés car notre objectif est de financer des programmes qui ont un impact favorable sur le climat.

Un autre secteur très important pour nous est le secteur financier ; il nous permet de toucher une plus grande population en finançant le développement de l’économie. En 2020, il a fallu permettre aux systèmes financiers locaux de continuer à fonctionner avec toute la palette d’instruments dont nous disposons : les garanties du mécanisme Ariz, l’initiative Choose Africa Resilience qui compte notamment des mécanismes de garantie en faveur des petites entreprises et des financements à moyen et long terme.

En 2017, nous avons aussi décidé de renforcer notre action dans l’éducation et la santé, les infrastructures hors énergie. Nos premières interventions en santé sont très prometteuses. La priorité géographique donnée au continent africain a été réitérée et a représenté plus de la moitié du montant record de 2,5 milliards d’activité en 2019.

Des banques pourraient-elles solliciter les services de garantie de Proparco pour prêter aux TPE et PME ?

Oui. L’instrument de garantie inclus dans Choose Africa Resilience est inspiré du PGE français et permet de garantir les financements accordés par une banque à hauteur de 80% du montant du prêt. Elle permet de limiter le freinage mis au financement de l’économie par les banques. Nous avons signé des accords pour le déployer en Côte d’Ivoire, à Madagascar, au Cameroun et au Sénégal.

Nous visons une douzaine de pays africains en nous appuyant sur des partenaires bancaires avec qui nous avons l’habitude de travailler, comme la Société Générale, et nous discutons avec des banques africaines. D’ici la fin de l’année, Proparco déploiera 100 millions d’euros de garantie pour couvrir 125 millions d’euros de prêts octroyés par les banques aux TPME. Les financements apportés aux TPME vont de 8 000 à 60 000 euros, ces faibles montants correspondent bien aux besoins de ces entreprises.

Proparco met l’accent sur les PME, un segment que vous connaissez bien et dont on parle beaucoup en Afrique. Comment les PME peuvent-elles devenir un moteur de croissance, est-ce seulement une question de financement ?

Il faut d’abord permettre l’accès aux financements. C’est la contrepartie au fait d’avoir des projets bankable et ce n’est pas toujours chose aisée pour les PME. Par ailleurs, il existe un nombre très important de petites et moyennes entreprises informelles en Afrique. Il faut les aider à sortir de cette situation et favoriser leur accès au financement. Il faut aussi renforcer les fonds propres des entreprises les plus matures.

Choose Africa s’intéresse aux start-up , dès l’incubation et aux différents stades de développement de l’entreprise, en les accompagnant directement ou avec des partenaires. Proparco n’agit pas seul et s’appuie sur des banques, des fonds d’investissement et des incubateurs que nous finançons, des fonds spécialisés en start-up

Un meilleur environnement des affaires est extrêmement important et permet de faciliter l’investissement. Nous travaillons à mobiliser les ressources externes au continent : investisseurs privés, compagnies d’assurances, fonds de pension et caisses de retraite, autant de liquidités disponibles qui n’investissent pas assez sur le continent.

La dissolution de Digital Africa est envisagée. Quelles leçons tirer de cette initiative ?

Un repositionnement stratégique était en cours depuis un an ; il continue dans les instances de gouvernance de l’association Digital Africa, en concertation avec des partenaires de la Tech africaine. Nous visons une organisation et des modèles opératoires à la hauteur des défis du développement de l’économie numérique. Ce défi est rendu plus grand encore par l’ampleur de la crise sanitaire. Nous devons être à la hauteur des enjeux et ce repositionnement en cours y contribuera.

Notre engagement auprès des start-up reste intact et elles sont soutenues dans le cadre de Choose Africa. Le fonds d’amorçage Digital Africa a été lancé fin 2019.  Nous réalisons également chaque année des prises de participation en direct ou via des fonds spécialisés dans le numérique.

Nous soutenons aussi l’écosystème des jeunes entreprises en finançant des incubateurs, des accélérateurs et des hubs africains. Enfin, nous avons lancé à l’automne dernier le Digital Africa Bridge Fund doté de 5 millions d’euros pour accorder des prêts relais aux start-up qui n’ont pu réaliser leurs levées de fonds propres à cause de la crise.

OBY. Coll: NB

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