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African Business

Fabrice Le Saché : Structurer la Francophonie économique

Le MEDEF porte la volonté d’une Francophonie économique intégrée. Le vice-président de l’organisation patronale, Fabrice Le Saché, dirigeant d’Aera Group, nous guide pour mieux comprendre ce projet, ses avantages pour les partenaires et ses conditions de réalisation.

Propos recueillis par Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

La Rencontre des entrepreneurs de France (REF 2021), qui s’est tenue à Paris fin août, a marqué pour le patronat français un schéma inédit et une ouverture exceptionnelle sur l’Afrique et la Francophonie. Comment ce déclic s’est-il opéré ?

Le MEDEF International développe plus de 200 actions par an qui concernent notamment le continent africain. Il s’agit de missions dans les pays et la réception d’hôtes étrangers à Paris. Nous avons reçu des délégations soudanaises, togolaises, ivoiriennes, béninoises, tunisiennes et algériennes dans les six derniers mois, malgré la crise sanitaire.

La vision dépasse à présent l’Afrique puisqu’il s’agit de la Francophonie qui rassemble des pays européens, d’Amérique du Nord, d’Asie du Sud-Est. Notre idée est de créer une plateforme de flux croisés pour stimuler les échanges entre économies francophones.

La langue doit être un levier pour le commerce ; si le français veut être une langue apprise, il doit être une langue utile. Or l’utilité, c’est trouver un investisseur, un partenaire, une technologie, des financements. C’est ce que nous essayons d’entreprendre avec la Francophonie économique.

Quelle est la vocation de la Francophonie économique ? Par la REF 2021, vous avez pu constituer une rencontre de l’ensemble des acteurs pour institutionnaliser votre démarche.

La REF a d’abord été une rencontre d’affaires. Son but était avant tout l’échange de cartes de visite et de se revoir physiquement, de recréer des liens humains. Nous avons invité tous nos homologues patronaux dans les pays avec lesquels nous traitons.

Et nous leur avons demandé de venir avec des chefs d’entreprise. Nous avons compté plus de 27 délégations patronales avec à chaque fois une dizaine de chefs d’entreprise, pour un grand nombre de participants de qualité.

Le continent africain est vraiment le voisin de l’Europe. Ils offrent des complémentarités géographiques parce que l’Europe vieillit et que l’Afrique est un continent très jeune. Il y a beaucoup de technologies en Europe et moins en Afrique. Les intérêts croisés sont multiples et il faut les développer.

Nous avons tout de suite pensé à organiser des tables rondes sectorielles et des rencontres d’affaires pour que cela aille au-delà de rencontres purement patronales. L’enjeu de la Francophonie économique est bien de remettre les entreprises au cœur. Nous pensons que ce sont nos organisations patronales qui ont la charge et le devoir de le faire, de le monter et de le déployer.

Ces rencontres sont annualisées. Elles donnent mandat à ceux qui ont préparé l’événement de proposer une structuration et les fondations d’une organisation économique francophone.

Nous aurons un accord de Djerba fin novembre, lors du Sommet de l’OIF, qui posera les fondations de cette organisation de façon permanente pour construire des actions et susciter des coopérations entre nos entreprises. Ceci sur beaucoup de sujets comme l’hydrogène vert, l’industrie 4.0, la transformation numérique, la transition climatique, ou l’urbanisation. Nous avons beaucoup de choses à faire sur ces sujets et d’autres encore !

Des groupes de travail seront lancés qui vont réunir des entreprises avec des calendriers et des livrables précis. Ils rendront compte de façon fréquente, comme dans une entreprise privée. Il s’agit d’un modèle hybride entre l’entreprise et une organisation plus traditionnelle pour insuffler une dynamique entrepreneuriale à cette Francophonie économique.

Est-on vraiment dans ce que l’on appelle l’opérationnalisation ?

Oui ! Un exemple concret : un fonds d’investissement français a entamé des discussions avec un homologue québécois et un homologue tunisien pour, espérons-le, créer un fonds d’investissement francophone. Probablement, des coopérations vont se constituer dans les secteurs de l’énergie, des mines et de l’agriculture…

Ce sont des exemples concrets, dans le sillage de ce que nous sommes en train de susciter. Sachant qu’on ne peut pas créer de coopérations si on ne se parle pas ! La première des choses est de créer une plateforme d’échanges pour que les liens humains se fassent. Si on s’ignore, on ne peut pas construire des choses.

Nous ferons aussi des propositions d’encadrement avec, par exemple, un visa d’affaires francophone pour que les gens puissent se déplacer plus facilement dans l’espace francophone. D’autres propositions seront en faveur d’une libre circulation des marchandises et des capitaux. D’autres choses encore qui viseront la réglementation et seront portées par l’organisation.

Pourquoi le Commonwealth parle-t-il davantage à beaucoup d’Africains ? N’ont-ils pas l’impression que cette espace forme une communauté, des codes partagés, une culture et surtout a la culture des affaires ?

Je ne partage pas totalement ce point de vue. L’anglais, c’est vrai, est une langue importante. Néanmoins, beaucoup de francophones se rendent compte que les systèmes juridiques et financiers anglophones ont des coûts de transaction énormes.

Sans parler des règles de conformité, qui sont un très grand frein au développement commercial d’un certain nombre de sociétés. Ces coûts empêchent de travailler. Toute entreprise qui a signé un contrat avec des cabinets à Londres en connaît le prix et le coût.

Je citerais des avantages comparatifs au droit civil, avec l’OHADA, les arbitrages faits à Paris par la Chambre de commerce internationale, simplifiés et faits en français en six mois. La Francophonie a beaucoup d’outils mais il faut le savoir.

La seconde différence est historique. La Francophonie s’est construite sur une base culturelle, éducative, linguistique et politique, mais pas économique. C’est ce qu’il faut reprendre.

L’Union européenne s’est construite sur une base économique puis politique. La Francophonie économique existait de fait par les échanges entre pays francophones, mais elle n’était pas structurée.

De quoi sont demandeurs vos interlocuteurs présents à la REF ?

Ils attendent la même chose que nous : des opportunités en plus. Si la Francophonie permet de multiplier les possibilités de contrat, d’identification de technologie vitale dans certains pays, de déployer des formations professionnelles, de grouper les efforts et de mutualiser les coûts, elle va les intéresser.

Et même le renforcement de nos structures patronales dans le lobby que nous pratiquons vis-à-vis des États pour renforcer les secteurs privés.

Il faut nous orienter vers des sujets concrets qui ont un impact sur nos entreprises et que ça soit utile. Si ça ne l’est pas, il n’y aura pas de nouveaux évènements parce que les gens n’ont pas de temps à perdre. Si ça fonctionne, c’est que c’est utile. On s’adresse à des chefs d’entreprise, sans versant social ou de prestige. Il s’agit vraiment d’opérationnel.

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