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African Business

Étienne Giros : La France ne perd pas pied en Afrique 

Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique, Étienne Giros s’inscrit en faux contre certaines idées reçues quant à la présence sur le continent des entreprises française, le rôle du franc CFA, etc. Saluant les compétences africaines aux postes élevés, il pointe un certain retard dans l’encadrement et les postes techniques.

Propos recueillis par Sami Utique et Nicolas Bouchet

Comment le CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique) a-t-il vécu la crise sanitaire ?

Notre structure ne l’a pas trop mal vécue, mais a connu des difficultés. Nous cherchons d’abord à mettre nos adhérents en réseau pour partager l’information qui permet de passer des accords. Nous avons donc besoin de rencontres. La situation actuelle est évidemment compliquée pour nous, car notre deuxième raison d’être est l’influence.

Nous voulons porter des convictions auprès des pouvoirs publics, de l’opinion, des élus et des médias et défendre le développement de l’Afrique et le rôle clé des entreprises pour cela. Or, il est très compliqué d’avoir de l’influence quand on ne peut pas créer de relations directes ! Tous ceux qui travaillent avec l’Afrique le savent, la relation humaine est absolument essentielle pour mener à bien des projets.

Ce n’est pas la même chose pour une entreprise française d’aller travailler en Afrique que d’aller travailler en Asie ou en Amérique latine. Il faut un certain relationnel, une ambiance amicale ou on se comprend et on comprend la position des autres, pour faire des affaires.

Nous avons continué à œuvrer en nous dotant d’une salle vidéo équipée de moyens modernes et tenu une quinzaine de commissions de travail en 2020 alors que nous n’avons été en exercice normal que cinq mois. Nous avons aussi donné une vingtaine d’interviews et participé à des colloques et forums. Quelques grandes réunions ont été malheureusement annulées, au Rwanda sous l’égide de l’ONU ou au Brésil, sur le thème de l’Afrique lusophone.

Le CIAN, c’est 180 membres, représentant 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 80% du business en Afrique. Comment promouvoir l’agilité et l’adaptation dans le contexte actuel ?

J’espère d’abord une sortie de crise au plus tard au quatrième trimestre 2021, quand les vaccins auront fait effet. La difficulté, voire l’impossibilité, de voyager nous affecte beaucoup. On vit avec, et les moyens modernes nous permettent de garder notre agilité pour poursuivre l’action par deux grands axes. 

D’abord, continuer à défendre les piliers de nos positions : la foi dans l’avenir de l’Afrique, l’importance du secteur privé pour le développement du continent, l’opportunité que l’Afrique représente pour les entreprises françaises. Ensuite, rester au plus près des sujets d’actualité que sont les partenariats avec la Chine, la sécurité et les négociations avec l’Union européenne.

Votre rapport annuel est très attendu ainsi que votre baromètre du CIAN. Qu’annoncent ces outils cette année ?

Ce sont nos deux outils principaux en complément de nos publications comme le Guide contre la corruption. Le rapport sur la marche des affaires se fonde sur des interviews avec plus de 800 entreprises. Les tendances qui se dessinent sont que la position des entreprises en Afrique n’a pas été autant affectée que nous aurions pu le craindre.

Dans les matières premières, les matières agricoles, la distribution ou les télécoms, les entreprises s’en sortent bien voire très bien. D’autres sociétés sont frappées par la désorganisation de l’économie, dans les secteurs du transport aérien, de l’hôtellerie et du tourisme. Le panorama est mitigé mais pas catastrophique. Les témoignages sur le terrain font en fait ressortir une amélioration dans les infrastructures, un élément essentiel. Les questions de gouvernance doivent cependant progresser.

Le Baromètre des leaders d’opinion en Afrique est construit en partenariat avec l’institut IMMAR avec lequel nous interrogeons les pays francophones et anglophones à part égale, on y trouve l’Afrique du Sud, l’Égypte mais aussi la Côte d’Ivoire et le Congo. Nous terminons le terrain de cette étude et la rendrons publique début mars quand la séquence « Forum Afrique » débutera sur le site du CIAN.

Que dire de la cartographie des affaires en Afrique ?

Il faut corriger une idée préconçue sur l’Afrique qui voudrait que les entreprises françaises soient fortes en Afrique francophone et faibles ailleurs. Un autre préjugé dit que l’Afrique non-francophone est plus agile, en meilleure croissance et en plus fort développement.

Les entreprises françaises sont aussi installées en Afrique anglophone qu’en Afrique francophone. Nous voyons beaucoup d’entreprises en Afrique francophone parce que de nombreuses de petites entreprises n’iront pas dans de grands pays anglophones comme l’Afrique du Sud.

En termes de volume d’affaires, d’importance des implantations, les tendances sont à peu près pareilles. Savez-vous que les premiers pays d’affaires pour les entreprises françaises sont l’Afrique du Sud et le Nigeria, devant la Côte d’Ivoire et le Sénégal ?

Depuis 2019, la Côte d’Ivoire est devenue le premier pays hors Afrique australe en termes de PIB par habitant et a dépassé le Ghana et le Nigeria. Il est faux de dire que l’Afrique francophone est trop liée à la France, engoncée dans des problèmes historiques ou freinée par le franc CFA. 

Justement, ce franc CFA pose des problèmes aux Africains mais la réforme menée ne les satisfait pas non plus, ils y voient un subterfuge pour continuer à opérer de la même manière. 

Le bon côté du franc CFA, c’est la convertibilité de la monnaie à un taux de change fixe, ce qui permet aux pays de la zone franc de ne pas avoir d’inflation et un taux de croissance au moins égal voire meilleur que les pays anglophones.

Il faut répéter qu’une monnaie stable est une incitation donnée aux investisseurs de développer des projets qui ne courent pas les risques posés par une dévaluation. Ces côtés positifs sont maintenus dans la réforme du franc CFA. Dans le projet de l’éco, le but est d’enlever les ressentis de dépendance à la France d’une monnaie africaine. Il me semble que la réforme répond à cette attente.

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