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Industrie

Stimuler les ambitions en matière de batteries et de véhicules électriques

Stimuler les ambitions en matière de batteries et de véhicules électriques
  • Publiédécembre 27, 2023

L’Afrique, qui regorge de minéraux essentiels, doit occuper une place centrale sur un marché mondial dont la valeur devrait atteindre 46 000 milliards de dollars en 2050. Pour autant, les pays africains, comme la RD Congo, ne doivent pas se reposer sur leurs acquis.

 

Dans un contexte d’évolution rapide du paysage énergétique et d’impératif de transition vers des technologies à faible teneur en carbone, le potentiel de l’Afrique en tant qu’acteur central de la chaîne de valeur mondiale des minerais essentiels est mis en évidence.

Ainsi, l’énorme potentiel du secteur a-t-il été discuté lors d’un dialogue tenu en marge de la COP28 aux Émirats arabes unis, organisé par l’AFC (Africa Finance Corporation) et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) aux côtés des partenaires Badea, Afreximbank et la Banque africaine de développement. Certains des principaux acteurs africains de la finance et de l’industrie extractive se sont réunis pour débattre de la question de la « suralimentation des ambitions de l’Afrique en matière de batteries et de véhicules électriques ».

« Nous sommes conscients que la fenêtre d’opportunité qui s’offre à nous se referme, car la technologie progresse et les gens cherchent des alternatives au cobalt. »

Dans son discours d’ouverture, Samaila Zubairu, PDG de l’AFC, a souligné que l’Afrique, avec son abondance de minéraux et de sources d’énergie renouvelables, peut être une solution sur la voie de l’absence totale d’émissions. Ce potentiel serait encore renforcé par des pratiques et une production durables sur le continent.

« Nous savons que si nous nous concentrons uniquement sur l’exploitation minière, nous pouvons en tirer une valeur d’environ 11 milliards de dollars, et quatre fois plus si nous les raffinons. Cependant, si nous nous intéressons aux précurseurs de batteries, nous obtenons une valeur de plus de 300 milliards $. La fabrication de cellules nous rapporte plus de 1 000 milliards $, tandis que la construction des voitures elles-mêmes nous rapportera environ 7 000 milliards de dollars », a-t-il déclaré. Pour débloquer cette opportunité, il faut un accord collectif pour ne pas exporter les matières premières et les transformer localement.

Pour ce faire, il faudra franchir quelques étapes cruciales. Tout d’abord, il faut investir de manière significative dans la collecte de données afin de déterminer les quantités exactes de minerais disponibles sur le continent. Sans preuve des quantités exactes, le potentiel pourrait ne pas être pris au sérieux comme il le devrait et les gouvernements pourraient laisser prospérer l’exploitation minière illégale. Il faut également favoriser les partenariats afin de dérisquer les investissements dans le secteur, de manière à ce que les capitaux privés puissent affluer.

Samaila Zubairu a également appelé à des normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) élevées afin de garantir que les communautés aient un sentiment d’appartenance et que les menaces à la sécurité soient minimisées. Enfin, il faut des capitaux pour payer tout cela, a-t-il reconnu, plaidant pour un effet de levier des capitaux africains en partenariat avec des sources étrangères.

« Nous voulons travailler avec des capitaux extérieurs, mais nous devons aussi investir nos capitaux locaux. Cela n’a pas de sens que nous fassions tout cela et que nous restions à l’écart. Nous devons participer et la façon de participer est de mobiliser les investissements locaux pour qu’ils affluent. »

 

Une opportunité importante pour l’Afrique

Claver Gatete (CEA), a souligné l’opportunité significative pour l’Afrique dans la chaîne de valeur des batteries et le développement des véhicules électriques, en insistant sur la croissance potentielle de ce secteur. « La croissance du secteur des batteries et des véhicules électriques devrait atteindre 8 800 milliards $ d’ici à 2025 et 46 000 milliards $ à horizon 2050… Nous ne pouvons pas rater cette opportunité ; nous devons exploiter ce marché et agir très rapidement pour le conquérir. »

Il a présenté les progrès réalisés dans le cadre de cette collaboration, notamment l’engagement des chefs d’État de RD Congo et de la Zambie à créer une zone économique spéciale pour les batteries et les véhicules électriques.

Claver Gatete dirige depuis le 1er novembre 2023 la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique.
Claver Gatete dirige depuis le 1er novembre 2023 la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique.

 

Parmi les autres étapes clés figurent la création du Centre d’excellence africain pour la recherche et l’innovation en matière de batteries, la création de conseils sur les batteries et la signature d’un accord-cadre pour les zones économiques spéciales dédiées à la production de batteries.

De son côté, Bridgette Motsepe, présidente et fondatrice de Mmakau Mining et ambassadrice du développement économique pour le Parlement panafricain, a lancé un appel passionné en faveur de changements structurels qui donneraient la priorité à l’appropriation et à la participation locales. Elle a rappelé les défis auxquels l’Afrique du Sud a été confrontée après son indépendance en 1994, héritant d’une législation minière dominée par quelques entreprises. Elle a souligné l’importance de modifier les lois non seulement pour l’exploitation, mais aussi pour la valorisation et l’ajout de valeur au niveau local.

Malgré les difficultés initiales l’Afrique du Sud a procédé à quelques changements positifs, avec une nouvelle charte minière qui stipule que les entreprises minières doivent avoir une participation locale d’au moins 30 %, en plus des plans sociaux et des plans de travail, du réinvestissement dans le transfert de compétences et du développement des communautés.

 

Solutions de financement

En ce qui concerne les solutions de financement les plus efficaces pour alimenter les ambitions électriques de l’Afrique, Frannie Leautier, partenaire et PDG de SouthBridge Investment, a émis trois suggestions. La première consiste à utiliser la valeur inhérente des minéraux en Afrique pour financer les investissements dans le secteur. Elle a suggéré d’établir des contrats qui tiennent compte de la valeur future des minéraux, de les transformer sur le continent et de canaliser les recettes pour soutenir les divers secteurs qui dépendent de ces minéraux.

Elle a souligné l’opportunité unique pour l’Afrique de transformer les minéraux en interne : « Nous sommes le seul continent à posséder une telle quantité de ces minéraux que nous pourrions transformer l’ensemble des secteurs du transport, de l’énergie et de la navigation en les utilisant en interne. »

Une autre façon de procéder consiste à structurer le financement de manière à le rendre attrayant pour les investisseurs institutionnels locaux, tels que les fonds de pension. En alignant les structures de financement sur les préférences et les exigences d’échelle des investisseurs institutionnels, il devient possible d’attirer des capitaux importants. Il est également possible d’obtenir des financements philanthropiques, a déclaré Frannie Leautier, citant l’exemple de la Fondation Motsepe.

Yvonne Ike, directrice générale et responsable de l’Afrique subsaharienne à la Bank of America Merrill Lynch, considère qu’il était important de procéder à un audit d’évaluation des actifs et des minéraux existants dans la région. Prenant l’exemple d’un diamant en République centrafricaine qui a été vendu pour 400 000 $ mais qui a fini par atteindre 400 millions $ aux enchères en l’espace d’un an, elle a appelé à une compréhension globale de la richesse minérale de l’Afrique, soulignant : « Nous avons besoin d’un audit d’évaluation des actifs dont nous disposons aujourd’hui. »

 

La RD Congo face aux défis

Tosi Mpanu Mpanu (photo ci-contre, directeur de la santé, de la sécurité et de l’environnement au sein de l’Entreprise générale du cobalt (EGC), a déclaré que la RD Congo, l’un des pays les mieux dotés en minerais au monde, reconnaît qu’elle doit jouer son rôle dans la création de ces chaînes de valeur sur le continent, observant toutefois que « nous avons trois clés à débloquer : le financement, les compétences et les capacités, ainsi que l’énergie ». En réponse à ces défis, le gouvernement a forgé des partenariats stratégiques avec la CEA, l’AFC, Afreximbank et d’autres institutions afin de combler ces lacunes.

La RD Congo, a expliqué Tosi Mpanu, reflète l’approche adoptée par la Zambie, en établissant une zone économique spéciale, un conseil de batteries établissant les bonnes normes pour la participation dans le secteur. Pour ce qui est de l’avenir, le responsable reconnaît que le règne du cobalt pourrait ne pas durer longtemps. « Nous sommes conscients que la fenêtre d’opportunité qui s’offre à nous se referme, car la technologie progresse et les gens cherchent des alternatives au cobalt. Il est important que nous travaillions en étroite collaboration avec nos partenaires et les centres d’excellence africains pour envisager le développement technologique afin de garantir que la RD Congo reste pertinente. »

 

Article publié en partenariat avec l’Africa Finance Corporation.

 

@AB

Écrit par
African Business

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