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Industrie

L’italien Eni va accroître ses investissements en Afrique

L’italien Eni va accroître ses investissements en Afrique
  • Publiédécembre 26, 2023

L’Italie annonce d’ambitieux projets de construction de nouveaux gazoducs vers l’Afrique du Nord qui permettraient à Rome d’exporter du gaz naturel et de l’hydrogène vers le reste de l’Europe.

 

Le directeur de l’importateur de gaz naturel italien Eni, contrôlé par l’État, vient de révéler son intention d’accroître ses investissements en Afrique, Rome cherchant à développer des liens économiques et politiques plus étroits avec le continent.

S’exprimant à la mi-décembre lors d’une conférence organisée à Rome par le parti des Frères d’Italie, dont la dirigeante Giorgia Meloni est Premier ministre depuis octobre 2022, Claudio Descalzi, PDG d’Eni, a déclaré que l’ « Italie est prête à investir en Afrique. C’est également une nécessité car l’énergie circule désormais du sud vers le nord et nous devons être ceux qui guident ce flux pour notre bien et pour le bien de l’Afrique. »

Si l’universitaire estime que le plan Mattei « contient certainement des éléments intéressants et novateurs pour la politique africaine de l’Italie », il note également que l’initiative est « naïve et vague » à certains égards.

Giorgia Meloni a déjà exposé ses ambitions de faire de l’Italie l’une des principales plaques tournantes de l’énergie en Europe dans le cadre du « plan Mattei », une proposition d’investissement dans les pays africains et de partenariats « égaux et bénéfiques » à travers le continent.

Ce plan prévoit la construction par l’Italie de nouveaux gazoducs vers l’Afrique du Nord qui permettraient à Rome d’exporter du gaz naturel et de l’hydrogène vers des pays d’Europe du Nord tels que l’Allemagne et l’Autriche, faisant ainsi de l’Italie la porte d’entrée entre l’Europe et l’Afrique. Le plan Mattei aurait également l’avantage stratégique d’aider l’Europe à se diversifier par rapport aux exportations de pétrole et de gaz russes.

Le gouvernement italien espérait initialement lancer officiellement le programme en novembre, mais ce lancement a été retardé par l’éclatement du conflit à Gaza, qui a fait craindre des perturbations sur les marchés internationaux de l’énergie.

Pour montrer à quel point l’Afrique est au cœur de sa politique étrangère et de son programme économique, Georgia Meloni a effectué sa première visite bilatérale en Algérie après sa nomination au poste de Premier ministre, puis elle s’est rendue dans la région en Libye, en Éthiopie et en Tunisie. En octobre, elle s’est également rendue au Mozambique et en République du Congo dans l’espoir de renforcer les liens énergétiques et économiques entre les pays.

 

Une plaque tournante

Les commentaires de Claudio Descalzi interviennent peu après qu’Eni a annoncé son intention d’investir plus de 7 milliards de dollars en Égypte et environ 8 milliards $ en Libye. L’entreprise a également lancé plusieurs « agri-hubs » dans divers pays africains, qui produiront des semences pour la production de biocarburants.

Federico Donelli, professeur de relations internationales à l’université de Trieste, explique à African Business qu’ « il ne fait aucun doute que l’Italie a le potentiel de devenir une plaque tournante de l’énergie primaire pour toute l’Europe » et que des relations plus développées avec l’Afrique « seraient importantes pour l’avenir économique du pays ».

L’universitaire poursuit : « Après l’invasion russe de l’Ukraine, l’ambition de l’Italie de jouer un rôle de premier plan dans le secteur de l’énergie – principalement le gaz – est devenue nécessaire. Sa position géographique et son expertise dans le secteur constituent un excellent point de départ. » Les gouvernements Draghi et Meloni ont montré la volonté politique de suivre cette voie, mais les investissements manquent, en particulier dans les infrastructures énergétiques et non énergétiques. L’Italie est à la traîne par rapport à d’autres pays, comme la Turquie, qui ont des ambitions similaires.

Deux employés d’Eni lors de la mise en service du champ pétrolier et gazier de Port-Bouët, dans la banlieue d'Abidjan, le 23 novembre 2023 (photo : AFP).
Deux employés d’Eni lors de la mise en service du champ pétrolier et gazier de Port-Bouët, dans la banlieue d’Abidjan, le 23 novembre 2023 (photo : AFP).

 

Federico Donelli ajoute que le gouvernement italien espère également utiliser sa politique énergétique et étrangère en Afrique pour parvenir à « un meilleur contrôle des routes migratoires ». Georgia Meloni a cherché à se positionner comme une dure à cuire en matière d’immigration, alors que plus de 120 000 migrants sont arrivés en Italie par la mer rien que cette année.

« Au cœur de l’agenda italien se trouve le désir d’établir des relations plus horizontales avec les pays africains et d’accroître leur capacité à faire face aux menaces et aux défis internes », explique Federico Donelli. Cet agenda comprend des plans visant à « contribuer au développement institutionnel et économique des pays africains afin de réduire les causes de l’immigration ».

Si l’universitaire estime que le plan Mattei « contient certainement des éléments intéressants et novateurs pour la politique africaine de l’Italie », il note également que l’initiative est « naïve et vague » à certains égards.

« La principale faiblesse réside dans une approche naïve, qui implique également un manque de connaissance des complexités et des différences de l’image africaine », déclare-t-il. « C’est pourquoi, à mon avis, de tels investissements ne changeront de toute façon pas les causes profondes des flux migratoires. »

@AB

Écrit par
Harry Clynch

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