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Industrie

Le rail prend de l’ampleur en Afrique de l’Est

Le rail prend de l’ampleur en Afrique de l’Est
  • Publiémai 29, 2024

Le nouveau tronçon du chemin de fer tanzanien à écartement standard, inauguré en juillet, contribuera à faciliter les échanges commerciaux et à stimuler l’industrie.

 

Le projet de chemin de fer à écartement standard (SGR) de la Tanzanie progresse vers une étape importante avec le lancement prochain du tronçon de 300 km reliant la ville portuaire de Dar es Salaam à Morogoro. Après des essais réussis en février, l’exploitation complète de la ligne électrifiée nouvellement construite devrait commencer en juillet.

Le transport ferroviaire n’est qu’une pièce du puzzle lorsqu’il s’agit de stimuler le commerce transfrontalier et de renforcer l’intégration régionale dans la Communauté d’Afrique de l’Est.

Les trains électriques de la SGR devraient réduire le temps de trajet entre Dar et Morogoro à environ deux heures. Le trajet dure actuellement quatre heures en bus et cinq heures en train sur l’ancienne voie ferrée à écartement métrique. Ce développement est particulièrement bienvenu étant donné les retards persistants du projet depuis 2017. L’attention se porte désormais sur la capacité du gouvernement à faire avancer rapidement les phases restantes du projet. À terme, le SGR vise à relier la Tanzanie au Burundi voisin, favorisant ainsi le commerce et l’intégration régionale.

Le financement nécessaire pour faire avancer le projet SGR a été obtenu. En décembre, la BAD (Banque africaine de développement) a approuvé un financement de 696,41 millions de dollars pour le Burundi et la Tanzanie afin de construire 651 km de lignes. La BAD fournira 98,62 millions $ au Burundi sous forme de subventions et 597,79 millions $ à la Tanzanie sous forme de prêts et de garanties.

L’ensemble du projet, qui couvre la Tanzanie et le Burundi, est estimé à 3,93 milliards $. La BAD structurera et mobilisera un financement pouvant atteindre 3,2 milliards $ auprès de banques commerciales, d’institutions financières de développement, d’agences de crédit à l’exportation et d’investisseurs institutionnels.

Le SGR facilitera la fluidité des échanges et soutiendra l’industrie manufacturière en reliant des sites stratégiques tels que les parcs industriels, les dépôts intérieurs de conteneurs et les principaux centres de population. Cette connectivité devrait réduire la dépendance à l’égard du système de transport routier actuel, qui est plus sujet aux accidents et qui est en grande partie responsable des coûts élevés d’entretien des routes. La réduction attendue du trafic routier pourrait également entraîner une diminution des émissions liées au transport, contribuant ainsi aux efforts de préservation de l’environnement.

 

Stimuler les investissements supplémentaires

Churchill Ogutu, économiste chez IC Group à Maurice, juge que le SGR transformera la Tanzanie en stimulant des investissements supplémentaires dans les infrastructures le long du corridor ferroviaire. « Au-delà du projet ferroviaire, la Tanzanie devra intensifier ses investissements infrastructurels dans les routes et les voies navigables, en plus d’améliorer l’efficacité des ports, afin de profiter des avantages qui en découleront », explique-t-il à African Business.

L’économiste estime que le projet est bénéfique pour l’ensemble de la région de l’Afrique de l’Est, car il contribuera à stimuler le commerce et les investissements le long de ce que l’on appelle le corridor central de transport. « Cela changera la donne, car la Tanzanie se trouve au cœur du système de transport du corridor central, qui la relie à trois pays enclavés. »

Le corridor central est une artère vitale pour le commerce et le transport en Afrique de l’Est et en Afrique centrale. Il relie la ville portuaire de Dar es Salaam à l’intérieur de la Tanzanie et s’étend aux pays enclavés que sont le Rwanda et le Burundi, ainsi qu’aux régions orientales de la RD Congo. Ce corridor tire parti de l’infrastructure ferroviaire tanzanienne datant de l’époque coloniale et d’un réseau de routes, offrant une alternative stratégique au corridor nord, plus fréquenté, qui traverse l’Ouganda et le Kenya jusqu’au port de Mombasa. Le corridor central est une route moins encombrée qui permet aux commerçants rwandais, burundais et congolais d’accéder à l’océan Indien.

 

L’exploitation minière devrait en profiter

Bien qu’il faille attendre encore quelques années avant que la ligne SGR n’atteigne le Burundi, l’optimisme règne quant à l’impact de la nouvelle voie ferrée sur le secteur minier naissant de ce pays enclavé. Le secteur minier du Burundi est prometteur, mais l’insuffisance des infrastructures de transport a empêché la pleine réalisation de ce potentiel. Selon la BAD, la situation va changer grâce à la nouvelle SGR.

« La construction de ce chemin de fer permettra au Burundi d’intensifier l’exploitation du nickel, dont le pays possède le dixième plus grand gisement au monde dans les champs miniers de Musongati », indique le bailleur de fonds. Le pays dispose également de ressources telles que le lithium et le cobalt, qui devraient générer des revenus importants pour le pays grâce à la liaison ferroviaire avec le port de Dar es Salaam.

Le Burundi dépend actuellement du port de Dar es Salaam pour environ 80 % de ses importations et exportations, ce qui souligne l’utilité du projet SGR.

Le nouveau SGR n’est pas le seul projet d’infrastructure de transport tanzanien qui devrait améliorer la situation des mineurs de la région. Le chemin de fer de Tazara, qui relie le cœur de la Zambie, riche en cuivre, au port tanzanien de Dar es Salaam, devrait également faire l’objet d’une refonte massive dans les années à venir, pour un coût de plus d’un milliard $. La Chine a construit et financé ce chemin de fer de 1 860 km dans les années 1970, mais la ligne s’est délabrée au fil du temps et fonctionne actuellement bien en deçà de sa capacité d’origine. La Chine, la Tanzanie et la Zambie entreprendront la revitalisation de Tazara en utilisant un modèle de partenariat public-privé, selon l’ambassadeur de Pékin en Zambie, Du Xiaohui.

Au cours de la dernière décennie, la Chine a renforcé sa participation au développement et au financement des infrastructures en Afrique. Elle l’a fait en partie pour contrer l’influence occidentale en Afrique, mais aussi pour avoir accès à des minerais essentiels que l’on trouve en abondance sur le continent. Churchill Ogutu s’attend à ce que cette tendance se poursuive dans les années à venir en raison de l’initiative « La Ceinture et la Route », le vaste projet d’infrastructure chinois visant à relier plusieurs continents par voie terrestre et maritime.

« Le thème dominant a été le projet BRI de la Chine qui est en place depuis 2013 et qui a vu près de 200 milliards de dollars de financement aux pays d’Afrique subsaharienne. »

 

L’Ouganda et le Kenya entrent dans la danse

Pendant ce temps, l’Ouganda et le Kenya poursuivent leurs propres efforts pour intégrer leurs pays en connectant les SGR. L’Ouganda a récemment annoncé son intention de construire son tout premier SGR, reliant Kampala à Malaba, à la frontière du Kenya. Le Kenya est déterminé à étendre son SGR – le premier à être construit en Afrique de l’Est – jusqu’à la frontière de l’Ouganda. « La phase 2B du SGR du Kenya, de Naivasha à Malaba, doit coïncider avec le développement de la phase Kampala-Malaba de l’Ouganda », remarque l’économiste Churchill Ogutu. « Les avantages devraient être immenses et accroître les échanges entre les deux pays, car l’Ouganda, pays enclavé, fait transiter une grande partie de ses importations par le port de Mombasa.

Alors que la construction des multiples projets SGR en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya commence, le défi pour les gouvernements sera de respecter les calendriers des projets et de contenir les dépassements de coûts. L’achèvement du tronçon Mombasa-Nairobi du SGR kényan en moins de quatre ans (2013-2017) témoigne d’une exécution efficace des projets.

S’appuyant sur cette expérience, les experts estiment qu’il est essentiel que les responsables chargés de superviser les projets en cours dans la région adoptent une approche proactive de la gestion des projets. Il s’agit notamment d’anticiper et d’atténuer les obstacles courants tels que les problèmes de financement, les défis techniques et les retards dans l’acquisition des terrains. Ce faisant, ces projets peuvent respecter leur calendrier et leur budget, ce qui leur permet de contribuer efficacement à la connectivité et à la croissance économique de la région.

En fin de compte, le transport ferroviaire n’est qu’une pièce du puzzle lorsqu’il s’agit de stimuler le commerce transfrontalier et de renforcer l’intégration régionale dans la Communauté d’Afrique de l’Est. Selon Churchill Ogutu, il est nécessaire d’adopter une approche globale qui s’attaque à tous les obstacles au commerce, y compris les barrières non tarifaires. « L’élimination des barrières non tarifaires et la fluidité des paiements transfrontaliers contribueront grandement à l’augmentation des volumes d’échanges. »

@AB

Écrit par
Lennox Yieke

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