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Industrie

Le dessalement, une solution au stress hydrique ?

Le dessalement, une solution au stress hydrique ?
  • Publiéavril 2, 2024

L’énergie solaire contribue à rendre les projets de dessalement à petite échelle plus viables dans les zones reculées.

 

Les pénuries d’eau sont l’une des conséquences inévitables de l’intensification du changement climatique. La hausse des températures et les sécheresses plus fréquentes et plus longues compromettent de plus en plus l’accès à l’ingrédient le plus fondamental de la vie dans de vastes régions d’Afrique. En fait, selon l’OMS, environ un tiers de la population africaine est déjà touchée par la pénurie d’eau. Treize pays africains, principalement dans les régions du Sahara et du Sahel, souffraient d’une « insécurité hydrique critique ».

En fin de compte, le dessalement n’est qu’une partie de la solution. La technologie est généralement adaptée aux zones côtières, mais le dessalement peut être utilisé pour produire de l’eau potable à partir d’aquifères salins situés à l’intérieur des terres.

La situation va s’aggraver dans les années à venir, car la croissance démographique et le développement plus intensif des zones côtières s’ajoutent aux défis liés au changement climatique. D’autres villes africaines peuvent s’attendre à être confrontées à des situations similaires à la crise du Cap en 2018, lorsque la ville s’est rapprochée du « Jour zéro », c’est-à-dire du moment où l’eau courante cesserait de couler.

Il n’est donc pas surprenant que l’Afrique accorde davantage d’attention aux technologies de dessalement, qui permettent de rendre potable l’eau salée (généralement de l’eau de mer). Le dessalement utilise le plus souvent le processus d’osmose inverse, dans lequel l’eau est forcée à travers une membrane à haute pression pour filtrer le sel et d’autres éléments indésirables.

Le dessalement est déjà largement répandu dans certaines régions du monde qui souffrent de stress hydrique. La région du Golfe compte environ 400 installations de dessalement : Le Koweït, par exemple, tire jusqu’à 90 % de son eau potable de cette technologie.

Toutefois, le dessalement est un processus coûteux, qui s’accompagne d’effets secondaires importants sur l’environnement. L’Afrique est confrontée à un défi majeur, celui d’utiliser davantage le dessalement tout en trouvant des moyens d’en atténuer les effets les plus néfastes.

 

Décentraliser le dessalement

L’un des principaux inconvénients du dessalement est que le processus consomme d’énormes quantités d’énergie. C’est l’une des raisons pour lesquelles le dessalement est beaucoup plus coûteux que les méthodes plus traditionnelles de traitement de l’eau. De plus, si des combustibles fossiles sont utilisés pour alimenter les installations de dessalement, ce dernier finira par aggraver le changement climatique – le problème même qui est à l’origine de l’utilisation accrue du dessalement.

En outre, les déchets du dessalement, qui sont concentrés dans un résidu très salé appelé saumure, doivent être éliminés d’une manière ou d’une autre. Lorsque la saumure est rejetée dans la mer, elle peut causer des dommages importants aux plantes et aux animaux marins.

Pourtant, certains développeurs affirment avoir trouvé des moyens d’atténuer ces problèmes, en particulier dans les projets de dessalement à petite échelle.

La société néerlandaise Elemental Water Makers opère dans une dizaine de pays africains. Son cofondateur et directeur général, Sid Vollebregt, affirme que les installations de l’entreprise consomment 70 % d’énergie en moins que les modèles conventionnels et sont alimentées par des panneaux solaires. L’entreprise produit également une saumure plus diluée, puis la réutilise dans son processus de récupération d’énergie, ce qui contribue à réduire ses besoins en énergie. « C’est un système gagnant-gagnant », prétend Sid Vollebregt.

Lequel explique que les installations de dessalement solaires à petite échelle sont particulièrement adaptées aux régions isolées. « Nous pratiquons du dessalement à relativement petite échelle pour les régions décentralisées », précise-t-il, ajoutant que la société opère généralement là où l’électricité du réseau est soit chère, soit peu fiable, soit totalement indisponible.

Le déploiement d’installations de dessalement solaires hors réseau reflète la tendance des systèmes électriques africains, dans lesquels les projets solaires privés sont de plus en plus utilisés comme solution de secours pour pallier le manque de fiabilité du réseau électrique, ou pour étendre l’accès à l’électricité à des zones entièrement non desservies par le réseau.

Elemental Water Makers, par exemple, fournit des services de dessalement à un ensemble de clients, dont des ONG qui s’efforcent de fournir un accès plus fiable à l’eau à des communautés isolées, et des propriétés côtières telles que des stations touristiques qui, autrement, auraient du mal à s’approvisionner en eau de manière fiable. L’entreprise dessert actuellement environ 50 000 personnes ; elle vise à atteindre 10 millions de personnes d’ici à 2030.

 

Intérêt des investisseurs

Cela reflète le fait que les besoins en eau de l’Afrique augmentent au moment même où le changement climatique réduit l’offre disponible. Par exemple, le tourisme côtier est en plein développement dans de nombreuses régions et les stations balnéaires doivent s’assurer d’un approvisionnement en eau fiable. Le recours accru au dessalement est inévitable, suggère Sid Vollebregt : « Là où il n’y a pas d’autres options, le dessalement deviendra une part plus importante de la solution. »

Dessalement de l’eau de mer au Maroc

 

En effet, parallèlement aux projets décentralisés, un nombre croissant d’installations de dessalement à grande échelle sont à l’étude. Après 2018, l’Afrique du Sud a commencé à s’intéresser plus sérieusement à l’expansion du dessalement. L’Office de partenariat pour l’eau du pays prépare un appel d’offres pour attirer les investissements du secteur privé dans le dessalement, sur le modèle du programme de producteurs d’électricité indépendants dans le secteur des énergies renouvelables, qui a connu un certain succès.

Entre-temps, plusieurs grands projets sont en cours de développement en Afrique du Nord. En novembre 2023, l’entreprise espagnole Acciona a obtenu un contrat pour diriger la construction de ce qui sera la plus grande installation de dessalement du continent au Maroc. Le projet de 800 millions d’euros près de Casablanca, qu’Acciona construira avec deux entreprises locales, est conçu pour produire 300 millions de mètres cubes d’eau par an d’ici à 2030.

Les investisseurs, en particulier les institutions de financement du développement (IFD), considèrent de plus en plus le dessalement en Afrique comme un moyen de contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable en matière d’accès à l’eau.

British International Investment, l’IFD britannique, notait dans un rapport de 2022 que le secteur est « à l’aube d’un point d’inflexion de l’impact », en raison de la possibilité croissante de répondre aux besoins énergétiques du dessalement à l’aide de sources renouvelables. Toutefois, le rapport reconnaît que « les coûts et les avantages du dessalement sont tous deux élevés », ce qui signifie que les investisseurs doivent s’assurer que le dessalement n’est prioritaire qu’après avoir examiné les autres solutions possibles et maximisé les mesures d’atténuation des effets sur l’environnement.

 

Pas de panacée

Il reste un long chemin à parcourir avant que le dessalement ne se généralise sur le continent. L’« osmose inverse est encore une technologie émergente en Afrique », explique Betty Ojeny, conseillère en gouvernance de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH) pour Oxfam en Afrique. « Les capacités et l’expertise technique du secteur privé sont très limitées en ce qui concerne la fourniture, l’entretien et la maintenance des équipements. »

Betty Ojeny explique à African Business qu’Oxfam n’en est qu’aux premières étapes de l’utilisation du dessalement, se concentrant pour l’instant sur de petits projets pilotes en Afrique subsaharienne. Bien que la technologie soit « nouvelle, de haute technologie et peu familière » pour la plupart des pays du continent, l’analyse des coûts d’Oxfam indique que le traitement de l’eau saline peut être nettement moins coûteux que le transport d’eau douce par camion-citerne sur de vastes distances.

La spécialiste souligne toutefois que de nouveaux modèles devront être développés pour garantir que les projets à petite échelle dans les zones rurales puissent fonctionner économiquement. « Un système traditionnel appartenant à la communauté et géré par elle a de grandes chances d’échouer », juge Betty Ojeny, ajoutant qu’il est préférable d’opter pour des projets du secteur privé qui prévoient des mesures d’incitation pour les bonnes performances.

Une usine alimentée par énergie éolienne en Afrique du Sud.
Une usine alimentée par énergie éolienne en Afrique du Sud.

D’un autre côté, elle prévient que « la gestion par le secteur privé n’est pas une solution miracle ». Un opérateur du secteur privé devra travailler en étroite collaboration avec les parties prenantes locales afin d’obtenir l’adhésion de la communauté. Étant donné que ces projets desservent des communautés à faibles revenus, les opérateurs devront également avoir des motivations autres que la maximisation des profits.

En fin de compte, le dessalement n’est qu’une partie de la solution. Pour des raisons évidentes, la technologie est généralement adaptée aux zones côtières, bien que le dessalement puisse également être utilisé pour produire de l’eau potable à partir d’aquifères salins situés à l’intérieur des terres. Toutefois, les effets du changement climatique étant de plus en plus évidents chaque année, il ne fait aucun doute que le dessalement jouera un rôle de plus en plus important dans l’approvisionnement en eau potable de l’Afrique dans les décennies à venir.

@AB

Écrit par
Ben Payton

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