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African Business

La RD Congo, un « pays solution » dans la transition énergétique

L’Afrique affiche son volontarisme en matière d’industrialisation. La RD Congo mise sur ses avantages comparatifs, faible coût et production propre, pour monter en gamme dans la fabrication de batteries à destination des véhicules électriques.

Par Aude Darc

Une étude conduite par l’agence Bloomberg met en avant les qualités de la RD Congo dans l’industrie des batteries destinées aux voitures électriques. Non seulement dans la fourniture des matériaux, mais aussi dans leur assemblage, qui permet la réaction physique produisant l’énergie (les précurseurs).

Selon cette note, dévoilée lors du Africa Business Forum qui s’est tenu fin novembre à Kinshasa, il serait moins coûteux d’investir dans ce domaine en RD Congo qu’aux États-Unis.

Selon le président Tshisekedi. Selon qui « une meilleure intégration des producteurs de minerais contribuera à l’augmentation des richesses et à la création d’emplois et de nouvelles compétences pour les jeunes » en RD Congo et sur le continent.

C’est pourquoi le ministre de l’Industrie, Julien Paluku, qualifie la RD Congo de « pays solution » dans la transition énergétique.

Il a réaffirmé, au cours du Forum, l’ambition de son pays de devenir le leader mondial dans la production des précurseurs de batteries qui équipent les véhicules électriques.

Charge aux Africains, pas seulement aux Congolais, d’organiser la « chaîne de valeur » permettant de contrôler la filière, de l’extraction minière à la construction du produit fini.

Julien Paluku, ministre de l’Industrie

Le développement d’une telle chaîne de valeur permettrait à l’Afrique de s’emparer d’une part significative d’un marché en expansion, qui devrait valoir 8 800 milliards de dollars d’ici à 2025 et 46 000 milliards $ d’ici à 2050, selon Bloomberg.

Il s’agit là d’en finir avec la « malédiction » des minerais, dont la valeur ajoutée échappe aux Africains, notamment le cobalt, le cuivre, le lithium, le manganèse, le nickel et le graphite.

L’opportunité s’appelle transition vers les énergies vertes, qui passe par l’électrification des systèmes de transport et une décarbonation rapide. Les ambitions mondiales d’atteindre « zéro émissions » d’ici à 2050 en font une tâche urgente.

La RD Congo fournit environ 70 % du cobalt mondial utilisé dans la production de batteries, un composant essentiel pour alimenter les véhicules électriques et pour stocker l’énergie dans les systèmes solaires et éoliens.

Or, aujourd’hui, le pays se limite au bas de la chaîne de valeurs (exploitation minière et traitement des minéraux), ne captant que 3 % de la filière mondiale des batteries et des véhicules électriques.

Créer des emplois décents

« Parmi les options de diversification qui s’offrent à la RD Congo, figure la production locale de batteries au lithium », juge le président Félix Tshisekedi ». Qui constate, pour le déplorer, que son pays continue d’exporter des minerais bruts, lesquels représentaient près de 85 % des exportations enregistrées par le pays en 2018.

 « Conscients de cette possibilité, nous avons engagé une série de réformes visant notamment à améliorer le climat des affaires et le cadre juridique et réglementaire en vue de faire de notre pays une destination de choix pour différentes catégories d’investisseurs. » Il s’agit également, « de renforcer la compétitivité des PME locales et de créer des emplois décents pour les jeunes », considère le Président.

Bloomberg calcule qu’un investissement de 39 millions $ en RD Congo, dans cette industrie, équivaut à une dépense de 117 millions $ aux États-Unis, de 112 millions $ en Chine et de 65 millions $ en Pologne. L’avantage comparatif du pays africain saute aux yeux.

Selon le ministre, cet avantage repose sur l’accessibilité des terrains, ainsi que sur le coût de la main-d’œuvre, y compris sous l’hypothèse d’un recours à des salariés étrangers durant les cinq premières années d’exploitation.

En plus de cette compétitivité sur les coûts, la production en RD Congo présente aussi l’empreinte écologique la plus faible. Les émissions de carbone y seraient inférieures de 20% à celles de la Chine.

Face à cela, il faut « des politiques publiques courageuses », a reconnu le ministre Paluku, durant le Forum de Kinshasa. Ces politiques doivent renforcer la gouvernance et la sécurité des investissements, « afin de réaliser notre dessein qui changera catégoriquement le paradigme de gestion des ressources minérales ».

Le ministre considère que l’« Afrique tout entière » peut se muer en transformateur et producteurs des précurseurs des batteries électriques, et capitaliser son potentiel en augmentant sa part de marché.

Casser l’image de l’Afrique

 

« L’Afrique compte 60 types de minerais et dispose du tiers des réserves mondiales de minerais », rappelle le président Tshisekedi. Selon qui « une meilleure intégration des producteurs de minerais contribuera à l’augmentation des richesses et à la création d’emplois et de nouvelles compétences pour les jeunes » sur le continent.

Au cours du Forum, le président de la Zambie, Hakainde Hichilema, a appelé les pays africains à saisir l’occasion de transformer leurs ressources minières. « L’objectif de ce dialogue consiste à changer les choses. Nous devons apporter de la valeur à nos produits, ce que nous n’avons pas fait pendant des siècles. Désormais, nous devons casser l’image d’un simple continent producteur de matières premières. »

Rappelant que la Zambie était « disposée à investir et à coopérer avec les autres pays de la sous-région sur cet objectif », son président a tracé plusieurs axes de travail.

Il s’agit, au premier chef, d’encourager et faciliter les investissements, de mettre en œuvre la vision de transformation et les aspirations pour le renforcement des capacités de production, d’élaborer des politiques et instruments continentaux pour appuyer la transformation des matières premières, en partenariat avec les partenaires et banques de développement. Et bien sûr, d’entreprendre des réformes clés.

Il existe diverses chaînes de valeurs que nous pouvons transformer sur le continent, juge de son côté Vera Songwe, de la Commission économique pour l’Afrique (CEA-Nations unies).

Qui cite, dans un domaine voisin, les batteries pour vélo électrique, mais aussi l’informatique, l’intelligence artificielle, la pharmacie, sans oublier les matières premières agricoles comme le coton au Sahel, le café ou le cacao.

Quelques années après la Côte d’Ivoire, le Ghana vient d’ailleurs d’inaugurer sa première usine de transformation de chocolat. « Passons de l’économie brune à l’économie verte ! », a martelé le président de RD Congo, en guise de leitmotiv.

@AD

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