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Industrie

La Corée du Sud propose ses centrales nucléaires

La Corée du Sud propose ses centrales nucléaires
  • Publiédécembre 11, 2023

Les entreprises coréennes espèrent se placer à l’avant-garde de la construction de réacteurs en Afrique. Elles sont pourtant confrontées à la rude concurrence de leurs rivales russes et chinoises.

 

Les entreprises sud-coréennes du secteur de l’énergie nucléaire font la queue pour gagner des marchés en Afrique, à l’heure où les gouvernements du continent s’interrogent sur la capacité de l’énergie nucléaire à répondre à leurs besoins énergétiques à long terme.

L’entreprise sud-coréenne Korean Hydro & Nuclear Power (KHNP) a présenté sa technologie i-SMR lors de la COP28, début décembre 2023, technologie qui, selon elle, devrait recevoir une approbation de conception standard d’ici à 2028. L’entreprise a signé un protocole d’accord avec le gouvernement ougandais au début de l’année, tandis que son PDG, Hwang Joo-ho, a prononcé un discours lors d’une conférence sur le nucléaire à Kampala.

Les entreprises sud-coréennes sont confrontées à une concurrence intense pour obtenir une part du marché nucléaire africain ; l’entreprise publique russe Rosatom a déjà construit la centrale nucléaire égyptienne d’El Dabaa.

Bum-Jin Chung, président de la Korea Nuclear Society, estime que la visite de Hwang Joo-ho en Ouganda constitue un « signal fort » montrant que l’entreprise est déterminée à faire avancer ses projets dans le pays. Il note que le système électrique ougandais n’est pas encore prêt à absorber la quantité d’électricité fournie par un réacteur à grande échelle, mais il affirme que d’ici à 2040, lorsque la demande d’électricité aura plus que doublé, l’énergie nucléaire sera très attrayante.

L’« énergie nucléaire sera l’option la moins chère », juge-t-il, soulignant les avantages du nucléaire en tant que source stable d’énergie de base. L’énergie nucléaire « est très chère en termes d’investissement initial », admet-il, nuançant : « Une fois qu’elle est construite, les coûts d’exploitation et de maintenance d’une centrale sont très faibles. »

La Corée du Sud elle-même s’est fortement appuyée sur l’énergie nucléaire pour assurer sa propre croissance industrielle. Le pays est le cinquième producteur mondial d’énergie nucléaire et a entrepris une vaste campagne d’exportation ces dernières années. Plusieurs entreprises coréennes, dont KHNP et la Korea Electric Power Corporation (KEPCO), faisaient partie d’un consortium qui a construit la première centrale nucléaire des Émirats arabes unis, qui est entrée en service en 2020.

 

Liens avec le nucléaire

Alors que le monde tente de lutter contre le changement climatique tout en améliorant l’accès à l’énergie, l’option nucléaire est à l’ordre du jour. Une vingtaine de gouvernements dans le monde, dont le Ghana, ont signé un engagement lors de la COP28 pour tripler la capacité de production d’énergie nucléaire d’ici à 2050.

Une seule centrale nucléaire, en Afrique du Sud, est actuellement opérationnelle sur le continent. Mais une deuxième installation est en construction en Égypte et plusieurs autres pays africains, dont le Ghana, l’Ouganda et le Nigeria, ont manifesté un vif intérêt pour rejoindre le club nucléaire.

De nombreux obstacles doivent être surmontés avant que l’énergie nucléaire puisse être déployée à plus grande échelle en Afrique. De nombreux critiques ne sont pas convaincus que le nucléaire sera un jour une option viable pour la plupart des pays africains, étant donné les coûts massifs et les longues périodes de construction nécessaires pour les réacteurs à grande échelle. Les risques pour l’environnement et la sécurité sont également des préoccupations majeures.

Selon Bum-Jin Chung, les réseaux de la plupart des pays africains ne sont pas prêts à accueillir un réacteur nucléaire à grande échelle. Toutefois, président de la Korea Nuclear Society estime que l’émergence de la technologie des petits réacteurs modulaires, qui produisent beaucoup moins d’énergie qu’un réacteur conventionnel, peut permettre une utilisation plus large de l’énergie nucléaire en Afrique. Selon lui, un pays comme le Rwanda, qui n’est pas en mesure d’absorber l’électricité produite par un grand réacteur avant de nombreuses années, pourrait se tourner vers les petits réacteurs modulaires dans un avenir relativement proche.

Les entreprises sud-coréennes sont confrontées à une concurrence intense pour obtenir une part du marché nucléaire africain. L’entreprise publique russe Rosatom a déjà construit la centrale nucléaire égyptienne d’El Dabaa et a noué des liens avec de nombreux gouvernements africains. Rosatom, tout comme ses homologues chinois, est souvent en mesure de proposer une offre globale incluant un financement afin de rendre son offre plus attrayante pour les gouvernements.

Centrale nucléaire d'El Dabaa (Égypte)
La centrale nucléaire d’El Dabaa (Égypte).

 

Bien que des entreprises comme KHNP ne puissent égaler cette offre, Bum-Jin Chung souligne que Rosatom s’est peut-être déjà surchargé et qu’il n’est pas en mesure de puiser à l’infini dans les fonds publics.

Parallèlement, Séoul a depuis longtemps pris l’initiative de nouer des liens avec l’industrie nucléaire africaine naissante. Bum-Jin Chung souligne que de nombreux ingénieurs nucléaires africains ont été formés en Corée du Sud et ont « un lien » avec le pays. Sur les 25 employés de l’Autorité de régulation nucléaire du Kenya, cinq ont été formés en Corée du Sud, de même que six ou sept des 45 employés de l’Agence de l’énergie et de la puissance nucléaire du pays.

@AB

Écrit par
Ben Payton

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