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Analyse et Opinion Industrie

Intégration dans les chaînes de valeur : l’exemple du Maroc

Intégration dans les chaînes de valeur : l’exemple du Maroc
  • Publiénovembre 7, 2023

La manière dont le Maroc a attiré les constructeurs et les équipementiers automobiles constitue un exemple pour d’autres pays africains, même si le modèle n’est pas pleinement reproductible.

 

Avec plus de 250 équipementiers nationaux et internationaux, le Maroc a exporté pour plus de 5 milliards de dollars de véhicules et de pièces détachées en 2021, ce qui en fait l’un des plus grands marchés de production automobile d’Afrique. Son industrie automobile a créé plus de 220 000 emplois et constitue désormais le premier secteur d’exportation du marché. L’intégration réussie du Maroc dans la chaîne de valeur mondiale de l’automobile a été essentielle pour atteindre cette position concurrentielle.

Bien que le Maroc ait réussi à stimuler la valeur ajoutée de son industrie automobile, il l’a fait en attirant des entreprises étrangères, ce qui a entraîné une faible participation des entreprises locales.

Si le secteur automobile marocain existe depuis plus de 60 ans, sa croissance exponentielle n’a commencé qu’en 2005, à la suite du plan de développement industriel du gouvernement. Ce plan a permis l’entrée sur le marché du géant Renault, qui a commencé à produire dans son usine de Tanger en 2012. En 2014, le gouvernement marocain a renouvelé son plan de développement industriel, engageant des fonds supplémentaires pour les infrastructures, les zones industrielles dédiées et l’intégration de la chaîne de valeur locale. En 2019, le marché a obtenu l’investissement d’un autre acteur mondial, Stellantis, qui a ouvert une usine de production à Kénitra.

C’est ainsi que l’« écosystème marocain des pièces automobiles s’est développé autour des grands équipementiers Renault et Stellantis », souligne l’étude Future of Trade: Africa dont le magazinedelafrique.com a rendu compte le 12 octobre 2023.

L’analyse distingue « les quatre piliers » de la politique industrielle automobile du Maroc.

Premièrement, l’exigence de contenu local : par le biais d’accords entreprise-gouvernement entre le Maroc et Renault, le constructeur a accepté d’augmenter le contenu local dans les véhicules produits pour atteindre au moins 1,5 million d’euros.

Les politiques de macro-stabilisation et d’infrastructure sont essentielles pour attirer les investissements étrangers. Le Maroc maintient une stabilité politique, ainsi qu’un budget équilibré et des taux de change stables, ce qui en fait une destination relativement attrayante pour les investissements en Afrique. Parmi les autres conditions préalables à l’attraction des « IDE » figurent des infrastructures efficaces pour faciliter le commerce et la connectivité avec les partenaires clés.

 

Quelques caractéristiques propres au pays

Des marchés comme le Vietnam et le Bangladesh ont mis en œuvre des réformes politiques pour atteindre ces objectifs dans le cadre de leur parcours d’industrialisation.

Deuxièmement, les marchés doivent tirer parti de leurs avantages naturels pour attirer les investissements dans les secteurs stratégiques. Outre la mise en œuvre de politiques de stabilisation macroéconomique et d’infrastructure, les marchés doivent accentuer leurs avantages comparatifs et les adapter aux secteurs dans lesquels ils souhaitent attirer les investisseurs.

Pour cela, le Maroc s’est appuyé sur plusieurs éléments spécifiques. Comme ses avantages géographiques : la proximité géographique du Maroc avec l’Europe en fait une base de production naturellement attrayante pour l’exportation vers le continent. Le marché a encore renforcé sa compétitivité géographique grâce aux négociations de l’accord de libre-échange avec l’UE, qui permet aux produits automobiles d’origine d’être exportés vers l’UE en franchise de droits.

Le pays est favorisé par des dotations naturelles et stabilité en amont. En effet, le Maroc dispose de riches réserves de phosphate – un atout essentiel pour la production de terres rares et de cathodes –, et d’un ensoleillement abondant.

Afin de devenir plus attractif pour le secteur des véhicules électriques, le Maroc poursuit activement le développement des mines de phosphate et vise à générer au moins 52 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici à 2030. Ces deux objectifs augmentent la stabilité de l’approvisionnement et les besoins en énergie pour le secteur des véhicules électriques, ce qui accroît la compétitivité du marché.

Troisièmement, selon les industriels, l’attractivité de grandes entreprises clés pourrait déclencher un impact positif en cascade sur la « domestication » de la chaîne de valeur.

Les industries dont les chaînes d’approvisionnement sont complexes, comme le secteur automobile, peuvent finir par créer des grappes d’approvisionnement, autour des leaders de l’industrie. Cela est dû aux exigences strictes des constructeurs en matière d’intrants hautement spécialisés et de livraison dans les délais.

 

Encourager des entreprises marocaines

Conscient de cette dynamique, le Maroc offre aux équipementiers des incitations telles que la construction de zones industrielles dédiées. Les paris du Maroc ont porté leurs fruits. Par exemple, les équipementiers les plus importants ont suivi Renault au Maroc, ce qui a entraîné une forte valeur ajoutée nationale et de nombreux emplois.

Enfin, quatrièmement, l’obtention d’une forte valeur ajoutée locale et d’une forte participation des entreprises locales nécessite des négociations et des remaniements successifs des politiques.

Bien que le Maroc ait réussi à stimuler la valeur ajoutée de son industrie automobile, il l’a fait en attirant des entreprises étrangères, ce qui a entraîné une faible participation des entreprises locales.

Cette situation contraste avec la chaîne de valeur automobile de l’Afrique du Sud, où la participation des entreprises locales est élevée, mais où la valeur ajoutée est faible. « Trouver l’équilibre est donc un défi majeur auquel sont confrontés les marchés ayant un effet de levier limité », commentent les experts de Standard Chartered. « L’Afrique du Sud et le Maroc tentent tous deux de relever ce défi. »

L’Afrique du Sud a récemment remanié sa politique industrielle automobile afin d’encourager la création de valeur ajoutée au niveau local. De son côté, le Maroc a fait de l’intégration des PME et des entreprises locales dans la chaîne de valeur automobile une priorité politique.

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Encadré

L’appui institutionnel

 

Couverture de l'étude Future of TradeLa formation de chaînes de valeur est par nature le fait du secteur privé. Toutefois, les gouvernements et les organisations de développement telles que la BAD (Banque africaine de développement) ont un rôle clé à jouer pour accélérer et faciliter ce processus, considèrent les experts de Standard Chartered.

Les gouvernements peuvent améliorer l’accès à l’information et sa diffusion par l’intermédiaire d’associations et de salons professionnels qui mettent en relation les entreprises des différentes chaînes de valeur. Ceci est particulièrement important pour les industries telles que le textile et l’agriculture, où les fournisseurs sont relativement fragmentés.

Les gouvernements peuvent également améliorer les structures au sein desquelles les entreprises commercent et opèrent. Par exemple, en révisant les règles d’origine, en améliorant la mise en œuvre des accords commerciaux et en renforçant l’efficacité du dédouanement aux frontières.

L’amélioration de la qualité des infrastructures et de l’accès au financement sera essentielle pour soutenir la formation de la chaîne de valeur en Afrique. Les organisations de développement telles que la BAD ont un rôle essentiel à jouer dans ce domaine, car les gouvernements nationaux sont souvent confrontés à des contraintes budgétaires.

 

Le libre-échange, au-delà du continent

 

@AB

 

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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