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Industrie

Camwater, des ambitions et des défis

Camwater, des ambitions et des défis
  • Publiédécembre 19, 2022

La société publique camerounaise de distribution d’eau se lance un ambitieux plan de modernisation. Camwater entend répondre aux besoins de la population, mais trouvera-t-elle les moyens de financer ses investissements ?

 

Elle est l’une des plus importantes compagnies du Cameroun, comptant 500 000 abonnés. Face aux difficultés financières récurrentes, la direction de la Cameroon Water Utilities (Camwater) a décidé de reprendre les choses en main. Son conseil d’administration vient d’approuver un plan d’investissement de près de 1 000 milliards de F.CFA sur trois ans (1,52 milliard d’euros). Reste à financer concrètement ce plan, pour une société dont le principal souci reste l’insolvabilité récurrente de l’État et de ses administrations.

« De nombreux équipements de production et de traitement des eaux sont dans un état de délabrement et le réseau de distribution est vétuste, et nécessite d’importants moyens pour sa réhabilitation », a reconnu le ministre.

« Le conseil d’administration, après examen des enjeux contenus dans le programme prioritaire quinquennal d’investissement, dont la première phase couvre la période 2023-2025 et porte sur un montant d’investissement de 988,2 milliards de F.CFA consacrés à l’achèvement et la clôture des projets en cours d’exécution, ainsi qu’à la maturation des futurs projets, l’a validé à l’unanimité », résume un communiqué. L’enjeu est de taille pour ce fleuron des services publics camerounais, chargée de la production et de la distribution de l’eau potable.

Le Conseil d'administration de la Camwater.
Le Conseil d’administration de la Camwater.

Déjà, les observateurs s’interrogent sur les capacités de la société publique à mobiliser un tel montant d’investissement. D’un côté, les besoins en investissements ne font aucun doute, de l’autre, le niveau de la dette du pays, qui incite le gouvernement, sous la pression du FMI, à lâcher du lest dans les dépenses publiques. En octobre, on apprenait d’ailleurs que Camwater réclamait à l’État quelque 10,3 milliards de F.CFA d’impayés (15,7 millions d’euros). La direction de Camwater est engagée, depuis un an, dans une grande campagne de recouvrement de ses créances. Elles attendraient près de 50 milliards de F.CFA (76,2 millions d’euros).

L’État n’est certes pas resté les bras croisés, ces dernières années. Selon les documents officiels, il aurait déjà apuré près des deux tiers de sa dette vis-à-vis de Camwater, entre 2018 et 2020. De 45,633 milliards de F.CFA en 2020, elle ne serait plus que de l’ordre de 15 milliards de F.CFA.

 

Un litre d’eau sur deux est perdu

Pour la compagnie, il s’agit également de rétablir une certaine équité, les abonnés qui payent régulièrement leurs factures subissent aussi des coupures d’eau, du fait des comportements des mauvais payeurs. Parallèlement, la direction s’est lancée dans une vaste offensive contre la fraude ; avec la complicité parfois d’agents de la compagnie, des fraudeurs manipulent les compteurs à leur avantage. Là encore, les abonnés honnêtes sont les premières victimes.

Aussi est-il est urgent de moderniser le réseau de distribution d’eau, au regard des difficultés d’approvisionnement en eau potable auxquelles font face la population camerounaise. Par exemple, à Douala, il en coûtera 3,5 milliards de F.CFA (5,3 millions d’euros) pour la seule réhabilitation de quatre forages, en vue d’améliorer, à horizon été 2023, la desserte en eau potable. Camwater a conclu pour cela un accord avec le groupe danois Delphi.

Gaston Eloundou Essomba, ministre camerounais de l'Eau et de l'énergie
Gaston Eloundou Essomba, ministre camerounais de l’Eau et de l’énergie

 

« En installant les nouveaux dirigeants de l’entreprise le 30 septembre 2022, le ministre de l’Eau et de l’Énergie a dépeint le visage très peu reluisant de cette société d’État, à la fois en panne d’équipements et de financements », commente le magazine en ligne Investir au Cameroun. Selon les chiffres révélés ce jour-là par Gaston Eloundou Essomba, avec ses 96 stations de traitement et 32 stations de reprise, Camwater dispose certes d’une capacité installée de 824 456 m3/jour et d’une capacité totale de stockage de 267 834 m3. Pourtant, « de nombreux équipements de production et de traitement des eaux sont dans un état de délabrement et le réseau de distribution est vétuste, et nécessite d’importants moyens pour sa réhabilitation », a reconnu le ministre.

Selon les ingénieurs, le rendement de distribution de cette entreprise se situe aujourd’hui autour de 48%. C’est-à-dire que plus de la moitié de l’eau injectée dans le réseau est perdue. Ce qui engendre un déséquilibre entre les charges de l’entreprise et ses recettes. « Je vous invite à faire l’analyse des données chiffrées ci-dessus, pour déduire par vous-mêmes les pertes qui en résultent, alors que les populations sont dans le besoin en eau potable et l’entreprise dans le besoin financier », avait lancé le ministre aux nouveaux dirigeants de la Camwater.

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

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