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African Business

Impulser la transformation du continent

Impulser la transformation du continent
  • Publiémai 31, 2024

Sauf ajustements, la croissance, certes prometteuse, en 2024 – 2025 et au-delà ne permettra à l’Afrique d’atteindre sereinement tous les Objectifs de développement durables, prévient la BAD.

 

Les économies africaines restent résistantes, malgré les défis qui les mettent à l’épreuve, selon les dernières Perspectives économiques en Afrique. Ce rapport, édité en début d’année, est actualisé à l’occasion des Assemblées générales du Groupe de la BAD (Banque africaine de développement). Il en ressort que 41 pays du continent devraient connaître des taux de croissance plus élevés en 2024 qu’en 2023. Pour une croissance globale de l’Afrique de 3,7% en 2024 (contre 3,8% estimés en février) et de 4,3% en 2025 (contre 4,2% estimés jusque-là).

« La mobilisation des ressources nationales est une bonne chose, mais l’utilisation prudente de ces ressources l’est tout autant. Les pays devraient donc renforcer leur capacité à améliorer la gestion des finances publiques. »

Ce que les économistes de la BAD qualifient de « remarquable ». En 2024 et 2025, le continent conservera le rang qu’il occupait en 2023, celui de deuxième région à la croissance la plus rapide, après l’Asie en développement. Le titre du rapport, Impulser la transformation de l’Afrique par la réforme de l’architecture financière mondiale, rejoint les préoccupations des Assemblées générales de la BAD qui s’achèvent ce 31 mai.

Akinwumi Adesina durant les AG de la BAD.
Akinwumi Adesina durant les AG de la BAD.

Le président de la BAD résume : « L’avenir de l’Afrique est prometteur, mais nous devons nous assurer que nous nous attaquons à la gouvernance, à la transparence, à la responsabilité et à la gestion de notre capital naturel. Nous devons nous assurer que les ressources sont utilisées au profit des habitants de ce continent… Le type de résilience dont nous parlons ne peut se produire que si nous traitons la question du changement climatique. ».

Et Akinwumi Adesina d’ajouter : « Nous devons nous assurer que nous investissons dans nos jeunes, dans leurs compétences, leurs talents, leur esprit d’entreprise, et que nous leur donnons des outils. C’est pourquoi je me réjouis de ce que nous faisons avec les banques d’investissement pour l’entrepreneuriat des jeunes. »

Le rapport reconnaît : L’Afrique n’est pas en mesure d’atteindre la quasi-totalité des objectifs de développement durable d’ici à 2030. Et si des mesures correctives ne sont pas prises, notamment pour inverser la courbe de la pauvreté, l’Afrique abritera près de 9 personnes sur 10 de l’extrême pauvreté dans le monde d’ici à 2030.

En 2024, 17 économies africaines devraient connaître une croissance supérieure à 5 %. Ce nombre pourrait passer à 24 en 2025, à mesure que le rythme de la croissance s’accélère. Cette trajectoire de croissance devrait dépasser les niveaux d’avant 2023, l’Afrique de l’Est étant la région à la croissance la plus rapide.

 

Déception en Afrique du Nord

 

 « Investir dans des infrastructures productives est essentiel pour accélérer la transformation structurelle de l’Afrique », a-t-il déclaré.

La croissance en Afrique centrale devrait se ralentir, passant de 4,3 % en 2023 à 4,1 % en 2024, avant de s’améliorer fortement pour atteindre 4,7 % en 2025. La révision à la hausse des prévisions est due aux attentes d’une croissance plus forte au Tchad et en RD Congo en raison des prix favorables des métaux.

La croissance devrait s’accélérer en Afrique de l’Ouest, passant d’une estimation de 3,6 % en 2023 à 4,2 % en 2024 et se poursuivre à 4,4 % l’année suivante. Il s’agit d’une amélioration de 0,3 point de pourcentage pour 2024 par rapport aux projections de janvier, reflétant une croissance plus forte dans les grandes économies de la région : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigéria et le Sénégal.

 

En Afrique du Nord, la croissance devrait passer d’une estimation de 4,1 % en 2023 à 3,6 % en 2024 et 4,2 % en 2025, avec une révision à la baisse de 0,3 point de pourcentage pour 2024. À l’exception de la Libye et de la Mauritanie, la croissance a été revue à la baisse pour tous les autres pays de la région.

D’autre part, le rapport rappelle les ambitions et les souhaits de la BAD qui appelle à une refonte de l’architecture financière mondiale pour transformer les économies africaines. Il s’agit notamment de donner à l’Afrique une voix plus forte au sein des banques multilatérales de développement et des institutions financières internationales, compte tenu de sa part croissante dans la production mondiale, et de la richesse de ses ressources naturelles.

Akinwumi Adesina est clair : « En cherchant à transformer l’architecture financière mondiale, l’Afrique demande simplement une part équitable de l’accès et de la disponibilité des ressources afin de tirer parti de ses vastes possibilités économiques. »

 

Cinq pistes à suivre

Le rapport souligne les insuffisances flagrantes du système financier mondial actuel pour combler le déficit de financement de la transformation structurelle de l’Afrique, estimé à 402 milliards de dollars par an d’ici à 2030. Pour remédier à ces disparités, le rapport propose un programme de réforme de l’architecture financière mondiale, notamment dans les cinq domaines clés suivants :

 

Premièrement, les économistes préconisent une plus grande participation du secteur privé pour compléter les investissements publics, en particulier dans les domaines à fort rendement social tels que l’action climatique et le développement du capital humain.

Deuxièmement, ils souhaitent simplifier l’architecture mondiale du financement de la lutte contre le changement climatique. Le rapport appelle à la rationalisation de l’architecture mondiale de financement du climat afin de renforcer la coordination et de faciliter l’accès des pays africains.

Troisièmement, ils appellent à la réformer les banques multilatérales de développement. Les BMD doivent revoir leurs modèles d’entreprise afin de fournir des financements concessionnels à long terme et à grande échelle aux pays en développement, en renforçant leurs positions en capital, en canalisant une partie des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI vers elles et en garantissant une reconstitution saine des guichets concessionnels de la Banque africaine de développement (FAD) et de la Banque mondiale.

Quatrièmement, il s’agit de rationaliser les mécanismes de résolution de la dette. Des réformes audacieuses permettraient d’accélérer le règlement de la dette et à garantir une gestion durable de la dette, y compris des solutions innovantes basées sur le marché telles que les « obligations Brady », l’allègement de la dette à des fins climatiques et les systèmes d’autorité de la dette souveraine.

Enfin, cinquièmement, la BAD souhaite une nouvelle mobilisation en faveur des ressources nationales. Ce, par l’amélioration des politiques fiscales, une meilleure efficacité de la collecte et de l’utilisation des recettes publiques, la lutte contre les flux financiers illicites et l’évasion fiscale, et par l’exploitation judicieuse des abondantes ressources naturelles de l’Afrique.

@AB 

Écrit par
Aude Darc

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