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Il faut baisser le coût de l’énergie à Djibouti

Il faut baisser le coût de l’énergie à Djibouti
  • Publiémai 10, 2024

Youssouf Moussa Dawaleh, présidence de la Chambre de commerce, insiste sur les défis qui attendent Djibouti pour attirer les investissements et bénéficier du potentiel de la jeunesse.

 

 

Ancien député de la majorité, Youssouf Moussa Dawaleh a été réélu en 2019 pour un deuxième mandat à la tête de la Chambre consulaire. L’homme d’affaires (BTP et immobilier) à la voix douce et à la mise élégante nous a reçu dans son bureau, dans le centre-ville de Djibouti. En misant sur le développement du tourisme, en continuant à investir dans l’énergie renouvelable pour à terme réduire le coût de l’électricité, et en lançant des unités de transformation, le pays pourrait, en son sens, changer de dimension.

 

Le jeune Fonds souverain de Djibouti (FSD) organise un forum économique. Que pensez-vous de cette initiative ?

Que c’est une bonne chose d’organiser une grande messe autour du potentiel économique de Djibouti ! L’objectif est de pouvoir attirer des investisseurs étrangers dans notre pays. Quant au Fonds souverain, c’est une institution très jeune, mais dynamique, qui commence à avoir une certaine notoriété dans la région. Grâce à ses activités, des délégations viennent régulièrement à Djibouti. Il y a des projets en gestation et d’autres qui sont en début de réalisation.

Notre pays dispose de beaucoup d’avantages qu’il ne faut pas négliger. Le Fonds souverain doit jouer un rôle dans cette diversification, en drainant des investissements dans différents domaines d’activité, et ainsi ne pas seulement dépendre de nos activités portuaires.

Quels secteurs pourraient tirer l’économie djiboutienne vers le haut ?

Je citerai en premier lieu le tourisme, un important levier d’investissement, qui pourrait être beaucoup plus développé. Djibouti pourrait aussi tirer profit du secteur des énergies renouvelables, pour baisser le coût de l’énergie, et ainsi favoriser la création d’industries et de petites et moyennes entreprises. Enfin, je vois beaucoup de potentiel dans les métiers de la transformation.

Le pays peut constituer une plateforme de redistribution pour la région, dans les produits alimentaires notamment. Je pense au sucre, ou à d’autres produits, qui pourraient être stockés ici. Nous avons des zones franches qui peuvent accueillir de petites usines, avec des avantages fiscaux. Mais pour cela, il faut diminuer la facture énergétique. Je crois en ces trois piliers de développement, avec l’appui de différents partenaires internationaux.

 

Comment atteindre l’autonomie énergétique ?

Un projet éolien est déjà en exercice, ce qui est de bon augure, et ce n’est qu’une question de temps pour qu’un deuxième soit mis sur pied. L’État a également lancé des projets dans le solaire. Ces deux projets cumulés peuvent permettre à Djibouti de s’approcher d’une autonomie énergétique, et ainsi moins dépendre de l’Éthiopie, qui nous fournit en électricité. Je pense également que l’énergie géothermique peut donner de bons résultats.

D’ailleurs, les investisseurs étrangers auront quelque chose à gagner dans ce secteur ! En tout cas, si le prix de l’électricité baisse, cela pourrait inciter de nombreux opérateurs djiboutiens à créer de petites industries de transformation, et ainsi créer des emplois, pour diminuer le taux de chômage dans le pays.

 

Comment renforcer la coopération entre les PME locales et les investisseurs étrangers ?

Dans l’idéal, il nous faudrait une cascade de redistribution de richesse, malheureusement, sur certains domaines, nous n’avons pas encore vu de retombées suffisantes. En tout cas, il faut travailler en synergie.

 

Qui sont les grands opérateurs économiques de la place ?

Je vous citerai de nombreuses entreprises familiales, qui ont grandi de génération en génération, je pense à la famille Coubèche (grande distribution, industries…), au groupe Marill (distribution automobile…) ou encore à Kamaj Group (immobilier, hôtellerie…). Sans oublier des jeunes qui connaissent des succès industriels, comme dans l’eau minérale bio. Pour créer de nouveaux champions nationaux, je pense qu’il faut encourager les jeunes à prendre des risques, à investir. Il faut leur donner leur chance.

 

Certains entrepreneurs parlent de Djibouti comme d’un pays encore vierge où beaucoup reste à construire. Partagez-vous cette analyse ?

Djibouti a beaucoup de potentiel, mais n’a pas encore atteint sa maturité, en matière d’investissements directs notamment. Alors, oui, les infrastructures portuaires sont de très haute qualité, et l’État a beaucoup investi dans le numérique, via des câbles sous-marins, mais l’industrie et le secteur privé ont du mal à suivre, du fait du coût de l’énergie notamment. Nous avons du pain sur la planche pour changer de dimension.

 

Sans oublier l’accès à l’emploi, l’un des principaux défis de Djibouti…

Oui, car le chômage des jeunes tourne autour de 43 %. Il n’y a pas assez de postes pour répondre au nombre de jeunes qui sortent de l’université ou des lycées techniques. Ce n’est pas lié qu’à Djibouti, c’est un problème africain, voire mondial. Je reviens sur l’importance de baisser le coût de l’énergie, pour permettre à ces jeunes de se lancer dans l’entrepreneuriat. Le gouvernement peut aussi les accompagner en termes de fiscalité et d’imposition. Ce serait très utile pour le développement du pays.

 

Le PIB de Djibouti dépend à hauteur de 70 % du secteur portuaire et des services associés. Comment mieux diversifier l’économie ?

Djibouti étant le débouché naturel de l’Éthiopie, nous avons en conséquence développé des infrastructures dédiées aux activités maritimes et portuaires. Nous avons également développé des services associés, comme les activités de transbordement. Désormais, nous travaillons sur la diversification de notre économie, que ce soit sur le numérique ou sur le secteur bancaire, qui s’appuie sur la stabilité de notre monnaie.

Notre pays dispose de beaucoup d’avantages qu’il ne faut pas négliger. Le Fonds souverain doit jouer un rôle dans cette diversification, en drainant des investissements dans différents domaines d’activité, et ainsi ne pas seulement dépendre de nos activités portuaires.

 

Qu’est-ce qui fait le sel de votre pays, pour un investisseur qui le découvre ?

Notre grand avantage est notre position géographique. Les Djiboutiens sont Arabes, Africains et  Européens ! Nous disposons d’une grande richesse culturelle. Et puis nous sommes le seul îlot francophone de toute la région. Djibouti est également un havre de paix, où on peut circuler librement à toute heure de la nuit. Enfin, nous disposons d’une grande tolérance religieuse, avec une ouverture au monde. Il faut aussi noter que les Djiboutiens sont très casaniers. Ils rentrent au pays après avoir terminé leurs études à l’étranger, ils sont très attachés à leur pays !

@AB

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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