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African Business

IATF 2021 : Des contrats et des débats

Lieu de rencontres et de débats, la deuxième Foire commerciale intra-africaine a généré un montant record de 42,1 milliards de dollars d’accords commerciaux, selon les derniers pointages des organisateurs. Retour sur un des événements phares de l’actualité 2021 en Afrique.

Par Jack Dutton, correspondant à Durban

La Foire commerciale intra-africaine a été la première grande conférence panafricaine à s’être déroulée quasi normalement depuis le début de la pandémie. `

L’événement au Centre international de conférences a réuni plus de 10 000 participants inscrits, dont des chefs d’entreprise, des hauts fonctionnaires et sept chefs d’État en exercice, avec une représentation de 59 pays.

Olusegun Obasanjo a lancé, au cours de l’IATF 2021, un appel à la création d’une marque emblématique Made in Africa qui favoriserait le commerce intra-africain et stimulerait l’exportation internationale des produits africains. À son sens, une telle marque susciterait « un sentiment de fierté dans chaque pays africain ».

L’événement, qui a été organisé par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) en collaboration avec l’Union africaine (UA) et le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine, avait pour thème « Construire des ponts pour une ZLECAf réussie ».

Lors de la conférence, l’équivalent de 42,1 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissements ont été signés. Cette valeur record est le résultat de plus de 500 accords au cours du programme riche et varié de sept jours d’échanges entre entreprises, entre entreprises et gouvernements et entre gouvernements, d’expositions, de sessions de conférences sur le commerce et l’investissement, etc.

L’IATF 2021 a ainsi dépassé son objectif préétabli de 40 milliards $, allant bien au-delà des 32 milliards $ de transactions conclues lors de la première édition au Caire, en Égypte, en 2018. Les dirigeants africains sont optimistes quant à la capacité de la ZLECAf à libérer le potentiel économique du continent.

Pour le président sud-africain Cyril Ramaphosa, l’« Afrique prend des mesures concrètes pour écrire sa propre histoire de réussite économique, elle ouvre de nouveaux champs d’opportunités ».

De son côté, le président Muhammadu Buhari, du Nigeria, considère que la ZLECAf « est un marché où aucun pays n’est laissé-pour-compte ; toutefois, nous devons veiller à créer des emplois et de la richesse pour tous ».

Briser les frontières

Au cours de la conférence, le panel « Penser le Tourisme » a examiné les moyens de stimuler le tourisme intra-africain étant donné la réticence de nombreux touristes à voyager en Afrique, en raison des faibles niveaux de vaccination.

Abderahmane Berthe, secrétaire général de l’African Airlines Association (AFRAA) a souligné que 18,1 millions de touristes se sont rendus en Afrique en 2020, une baisse de 74,2% par rapport à 2019. Ils ont généré 14 milliards $ de recettes et représentent 4,5% du nombre mondial de touristes.

Cuthbert Ncube, président de l’Office africain du tourisme, a exhorté les offices du tourisme et les gouvernements africains à travailler ensemble pour aider le tourisme à se remettre de la pandémie. « Nous devons briser les barrières qui nous séparent », a-t-il déclaré, justifiant ainsi qu’une forte reprise du tourisme intra-africain compenserait la baisse de la demande internationale.

Tous les panelistes ont convenu que les riches marchés touristiques, tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, et l’Allemagne, ont des industries touristiques nationales très solides, et cela doit être renforcé en Afrique.

« L’Afrique est ouverte aux affaires, mais c’est toujours une aventure de voyager d’un pays à un autre. L’intégration entre les États africains pourrait permettre à notre secteur du tourisme de mieux fonctionner », a déclaré Cuthbert Ncube.

Cyril Ramaphosa

Les panélistes ont aussi évoqué l’avenir des compagnies aériennes en Afrique. L’une des principales victimes du secteur pendant la pandémie a été South African Airways (SAA), qui a déposé son bilan et a été privatisée cette année. 

Ethiopian Airlines, qui était sortie forte de la pandémie, est le dernier transporteur du continent à connaître des problèmes, le pays étant en guerre civile. En raison de l’instabilité, Addis-Abeba, la plaque tournante, sera désormais traitée avec prudence par de nombreux voyageurs, a averti le panel.

L’atout du Mobile Money

Les principaux acteurs du secteur de la technologie ont discuté des moyens d’augmenter les investissements dans les entreprises technologiques africaines, ainsi que de la croissance de la Fintech, de la santé et du mobile.

Angela Wamola, de GSMA, a abordé le sujet de la connectivité mobile en Afrique. Le Global System for Mobile Communications représente les intérêts de plus de 750 opérateurs avec près de 400 entreprises. Elle a souligné que l’argent mobile sera au cœur de l’économie subsaharienne à l’avenir et que 1,2 milliard de personnes ont déjà ouvert un compte d’argent mobile en Afrique. « Mon message est que l’Afrique mène la danse en matière d’argent mobile. C’est l’atout le plus important du continent. »

Angela Wamola note qu’en Afrique subsaharienne, 120 millions de personnes commenceront à utiliser l’argent mobile entre 2020 et 2025, dont près d’un tiers en provenance du Nigeria et de l’Éthiopie, grâce aux jeunes.

Fabian Whate, directeur de Naspers Foundry, ajoute qu’au moins 60 % des investissements en capital-risque en Afrique se situent dans le secteur des technologies financières. « Cette année, nous avons vu 4 milliards $ d’investissements provenant du capital-risque. Nous commençons juste à gratter la surface. »

« Au fur et à mesure que le temps passe, nous assistons à un développement poussé dans un éventail plus large de secteurs. Au fur et à mesure que ces secteurs se développeront, vous verrez des capitaux supplémentaires y entrer », promet-il.

Precious Lunga, de Baobab Circle, une start-up de technologie de la santé utilisant l’IA et l’automatisation pour soutenir à distance les personnes souffrant de maladies chroniques, a rappelé l’enjeu des technologies de la santé depuis le début de la pandémie. « Voici quatre ans, les gens ne comprenaient pas pourquoi les technologies de la santé seraient pertinentes sur le continent africain, car tout le monde examinait les investissements technologiques à travers le prisme des technologies financières. »

Investir dans la santé

Tanya van Lill, de la Southern African Venture Capital and Private Equity Association, se montre optimiste quant à l’arrivée de davantage de fonds de capital-risque . « En Afrique du Sud, l’industrie du capital-risque ne représente que 3% de la taille du capital-investissement .

Celui-ci n’a démarré qu’au milieu des années 1980. Donc, si nous avons déjà 4 milliards de dollars investis sur le continent, alors que l’industrie est naissante et en croissance, pensez à ce qui se passera dans vingt ans avec une croissance aussi rapide que celle du capital-investissement ! »

Van Lill a déclaré qu’il y avait plus d’investissements dans les technologies de la santé, ainsi qu’une augmentation du commerce électronique et de la livraison à domicile. Pendant la pandémie, les gens préféraient commander en ligne plutôt que d’aller dans les magasins. Elle constate également une augmentation des investissements dans l’éducation technologique.

Lors de la séance plénière de clôture de la conférence de l’IATF, Acha Leke, de McKinsey, a noté que l’Afrique ne s’en sortait pas aussi mal d’un point de vue économique qu’on le craignait auparavant, malgré la faible vaccination.

« La bonne nouvelle est que nous n’avons pas perdu 150 millions d’emplois comme redouté ; nous n’en avons perdu que 30 millions. Donc globalement, nous n’avons pas été aussi touchés que nous le craignions par la crise. Ce qui rend plus intéressant pour les investisseurs de continuer à venir investir sur nos marchés. »

Cependant, des investissements importants ont été réalisés dans le secteur de la santé, bien que seulement 30 à 40 % de la demande pharmaceutique soit produite en Afrique. 

« 25% de tous les vaccins dans le monde sont administrés en Afrique, mais l’Afrique ne produit que 1% de ces vaccins. Encore une fois, c’est une énorme opportunité. »

Obasanjo veut une marque Made in Africa

Abdou Diop, directeur général de Mazars au Maroc, résume ce que l’Afrique doit entreprendre pour prospérer : « L’Afrique regorge de ressources, le continent est très jeune, il innove, crée, investit. » Aussi, poursuit-il, « nous devons éduquer, nous industrialiser, gagner en sécurité alimentaire, apporter de l’énergie aux pays, et tout cela réuni apportera des emplois ». De plus, les Africains doivent réussir le libre-échange se produise ; Abdou Diop craint que des pays signent aujourd’hui la ZLECAf, et plus tard, ferment leurs frontières.

Enfin, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a lancé, au cours de l’IATF 2021, un appel à la création d’une marque emblématique Made in Africa qui favoriserait le commerce intra-africain et stimulerait l’exportation internationale des produits africains.

À son sens, une telle marque susciterait « un sentiment de fierté dans chaque pays africain ».

Certes, la ZLECAf s’efforce de supprimer les divisions provoquées par le colonialisme, où l’Afrique avait été divisée en régions sur la base des langues des colonisateurs. Tandis que la vision partagée des participants et des commerçants de l’IATF 2021 donne vie à la Zone de libre-échange. 

@JD

ENCADRE

L’industrie créative africaine peut créer des millions d’emplois

Le Creative Africa Nexus (Canex), un programme mis en œuvre par Afreximbank pour soutenir les industries créatives et culturelles de l’Afrique, a fait ses débuts à l’IATF.

Il a été conçu spécifiquement pour les créatifs africains, y compris les innovateurs et experts numériques, les acteurs de la mode, du cinéma et de la musique pour monétiser leur contenu. C’est un espace pour partager, discuter et créer des solutions qui encouragent les créatifs à trouver des moyens innovants, et d’utiliser la technologie existante pour augmenter leur revenu et prospérer dans leur carrière.

Benedict Oramah, le président d’Afreximbank, explique que les jeunes du secteur créatif ont transformé leurs métiers en services échangeables avec une portée, un attrait et un impact mondiaux : « Chez Afreximbank, nous comprenons parfaitement le pouvoir de l’industrie créative pour catalyser le commerce intra-africain, créer des millions d’emplois pour la population jeune du continent et favoriser l’émergence de chaînes de valeur nationales et régionales.

Nous connaissons également le pouvoir des créatifs pour catalyser le développement industriel, car il s’agit d’une industrie bancable. »

Déjà, 128 millions de dollars des 500 millions $ mis engagés comme capital d’amorçage par Afreximbank en faveur de Canex ont été investis sous forme de prêts aux artistes et de soutiens aux initiatives.

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