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African Business

Gabon : avis « positif », mais prudent de Moody’s

Les experts de Moody’s portent un jugement plutôt modéré à l’égard du Gabon. L’apurement des arriérés financiers vient à point nommé pour lui permettre de traverser la crise sanitaire, mais ses fragilités économiques et institutionnelles demeurent.

Par Paule Fax

« La dette publique du Gabon reste modérée, mais l’accessibilité financière s’est considérablement détériorée, tandis que la diversification économique est lente, mais continue », résume Moody’s Investors Service. L’agence américaine entame ainsi sa revue annuelle de la situation du pays.

Elle a maintenu sa notation de crédit à Caa1, assortie d’un avis « positif » suggérant qu’une révision à la hausse est envisageable. Cette note maintient néanmoins le pays dans un profil risqué.

Le profil de crédit du Gabon reflète « sa dépendance à l’égard du pétrole pour la croissance, les exportations et les recettes publiques, ainsi que sa très faible force institutionnelle ».

La baisse des prix du pétrole en 2020 en raison de la crise à coronavirus contrecarrera les efforts d’assainissement budgétaire du gouvernement, soutenus par le programme du FMI du pays.

Dans ces conditions, l’ « assainissement du bilan du Gabon prendra du temps au gouvernement », prévient Lucie Villa, vice-présidente de Moody’s, agente principale de crédit et auteur du rapport. « La liquidité du gouvernement reste limitée, comme en témoignent les arriérés persistants envers les fournisseurs et les créanciers nationaux. »

Le Gabon était engagé, au milieu des années 2010, dans un vaste programme de paiement de ses arriérés. Il n’a pris fin qu’en février 2019, soit près de deux ans après l’échéance prévue.

Le profil de crédit du Gabon, résumé dans sa notation Caa1, reflète la force économique du pays, soit un équilibre entre une richesse relativement élevée et sa dépendance au pétrole et sa faible compétitivité.

Néanmoins, le gouvernement « a pris les mesures d’ajustement envisagées » et semble donc mieux en mesure que par le passé à résister aux chocs conjoncturels. De plus, gouvernement a pris quelques mesures institutionnelles pour mieux surveiller l’apurement de ses arriérés de manière plus efficace.

Néanmoins, le niveau de la dette souveraine a sensiblement augmenté, pour avoisiner 59% du PIB en 2019, contre 34% cinq ans plus tôt. L’économie du pays a pâti du tassement des cours du pétrole. Un quart de la dette du Gabon environ est détenu par des banques de la Cemac (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale).

Un ancrage favorable dans la Cemac

Moody’s prévoit que l’économie gabonaise se contractera de près de 2% en 2020, le secteur pétrolier expliquant la majeure partie de la baisse. La crise pandémique a réduit la croissance économique de six points de pourcentage par rapport au potentiel de croissance du Gabon de 3%.

La force de crédit du Gabon comprend une richesse relativement élevée, issue de 50 ans d’exploitation pétrolière. Alors que le soutien au crédit fourni par le Gabon à la zone franc CFA a diminué, parallèlement à une baisse des réserves de change de la zone, l’adhésion à cet espace économique continue de contribuer à sa stabilité macroéconomique.

Les perspectives positives de la notation reflètent les premiers signes d’un relâchement de la pression de liquidité, reflétée par la non-accumulation d’arriérés de paiement de la dette depuis avril 2019. S’y ajoutent des améliorations institutionnelles dans la gestion de la dette. L’opération de refinancement de 750 millions de dollars du gouvernement sur son euro-obligation à échéance 2024, après l’émission d’une euro-obligation de 1 milliard $ en février, soutiendront la liquidité.

Moody’s pourrait améliorer la note si le gouvernement semble en mesure de rester à jour sur le paiement de ses dettes, tout en poursuivant ses efforts pour réduire les arriérés envers les fournisseurs de biens et services et équilibrer son budget dans l’ensemble.

Forces et faiblesses d’un pays

Le rôle de Moody’s est aussi de prévenir des risques : les perspectives pourraient redevenir stables ou la notation pourrait être abaissée en cas de pressions négatives marquées.

Par exemple si le gouvernement accumulait de nouveaux arriérés de dette extérieure ou ne maintenait pas sa trajectoire d’assainissement budgétaire. Dans un tel scénario, les pressions de liquidité persisteraient et pourraient même s’intensifier avant les échéances des euro-obligations, à partir de 2022.

Le profil de crédit du Gabon, résumé dans sa notation Caa1, reflète la force économique du pays, soit un équilibre entre une richesse relativement élevée et sa dépendance au pétrole et sa faible compétitivité. Il tient compte d’un profil risqué de ses institutions et de sa force de gouvernance.

Moody’s ne fait que suivre là le faible classement du pays dans les indicateurs de gouvernance mondiaux et de la mauvaise gestion budgétaire et de ses difficultés éventuelles de trésorerie. Sa fragilité budgétaire reflète l’affaiblissement du bilan suite à la chute du prix du pétrole ; et sa sensibilité reste forte au risque politique, au risque de défaut de trésorerie de l’État et au risque subi par le secteur bancaire.

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