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African Business

Tchad : Un budget de sortie de crise

Le 4 décembre, le ministre des Finances a lancé le projet de mobilisation et de gestion des ressources intérieures, un des points faibles du Tchad. Pour inverser la tendance, le gouvernement a engagé, ces derniers mois, plusieurs actions : réorganisation des régies financières, rationalisation des ressources humaines, création d’une force militaire pour contrôler les actions des douaniers régulièrement décriées, ouverture d’un numéro vert (700) pour dénoncer et réprimer les pratiques indélicates des agents des régies financières, etc. Les effets escomptés tardent à venir. 

Plan d’industrialisation et de diversification 

Le nouveau projet « permettra de stabiliser la situation financière et la résilience du Tchad face à la fluctuation des cours du pétrole », affirme François Nankobogo, représentant résident de la Banque mondiale qui le finance à hauteur de 35 millions $ sur cinq ans.

Il cible essentiellement les Douanes, les impôts, la Société des hydrocarbures du Tchad, l’Agence de développement des technologies de l’information et de la communication (ADETIC), et le ministère des Postes et NTIC. « La mobilisation des ressources hors pétrole est le seul gage de stabilité financière pour le Tchad comme tous les autres pays pétroliers, insiste François Nankobogo. Le projet a une couverture ambitieuse et s’appuiera sur les synergies que la Banque mondiale peut avoir avec tous les partenaires techniques et financiers qui appuient le Tchad dans le secteur de la gestion budgétaire et financière. » 

Parmi les autres partenaires qui volent au secours du Tchad, figure la Communauté économique des Nations-unies pour l’Afrique (CEA) qui l’aide à concevoir le Plan directeur d’industrialisation et de la diversification économique.

« Ce plan sera disponible d’ici le premier trimestre 2019. Il bénéficiera, dans le cadre du PND (Programme national de développement 2017-2021), des financements importants à investir dans la création de tissus industriels basés sur les filières porteuses dans l’agriculture, sur les chaînes de valeur dans l’élevage, sur le numérique, sur tout ce qui peut permettre de construire d’autres leviers économiques et faire que le pétrole soit l’un des vecteurs de notre économie et non le seul vecteur », rassure Issa Doubragne, ministre de l’Économie et de la planification du développement. 

Dans un rapport publié le 30 octobre, la Banque mondiale a révélé que le Tchad n’a pas pu transformer ses recettes pétrolières en une croissance durable. « Le substantiel dividende pétrolier n’a pas été exploité pour une croissance structurelle à long terme. Le lancement de la production de pétrole en 2003 a eu un fort impact positif sur le PIB réel par habitant à court terme, mais cet effet n’a pas pu être soutenu », déplore Markus Kitzmuller, économiste principal de la Banque mondiale.

« Le pétrole a même rendu l’économie du Tchad moins compétitive et plus vulnérable aux chocs exogènes. Notamment, la diversification des exportations était déjà faible avant le pétrole, mais a encore diminué après 2003, exposant l’économie du Tchad aux cycles et chocs des prix internationaux du pétrole », précise l’auteur du rapport. 

Cependant, si le Tchad manque actuellement de facteurs structurels, le labyrinthe des contraintes, une fois démêlé, pourrait offrir des opportunités majeures pour dynamiser la croissance de manière durable, tempère Nankobogo. « Une politique budgétaire efficace et des politiques complémentaires favorisant la concurrence constituent les principales conditions nécessaires pour stimuler l’investissement privé et la croissance au Tchad », explique le représentant de la Banque mondiale.

L’agenda politique, ajoute-t-il, peut être ancré dans la dynamique de développement par trois entrées principales : une politique budgétaire pour accroître la résilience et la marge pour les investissements stratégiques tout en rééquilibrant progressivement les sources de recettes fiscales ; une interface public-privé encourageant de plus en plus les investissements privés et les marchés concurrentiels ; et une diversification de l’économie réelle tirée par les secteurs dotés d’un fort potentiel d’amélioration de la productivité.

ENCADRE

« Un précieux guide d’orientation » 

Début octobre 2018, la CCIAMA avait organisé une « semaine nationale de réflexion sur la contribution du secteur privé à la relance économique ». Cette grand-messe dont les travaux ont été coordonnés par l’ancien vice-gouverneur de la BAD et ministre du Plan et de l’économie, puis des Finances, Kordjé Bédoumra, s’est achevée sur un « document-cadre sur la facilité à faire des affaires au Tchad ».

Le document qui contient environ 70 actions, est articulé autour de quatre propositions : un plan d’actions ; la création d’un Conseil présidentiel dirigé par le chef de l’État pour superviser la mise en oeuvre des actions jusqu’à fin 2001 ; la responsabilisation des ministres et des dirigeants des agences de l’État dans la mise en oeuvre des mesures et l’obligation d’un rapport régulier au conseil présidentiel ; et enfin, la création d’un Observatoire du climat des affaires, un observatoire neutre chargé du suivi effectif de l’état du climat des affaires, d’écouter les entreprises et les usagers, de rendre public son rapport.

Le président Idriss Déby Itno a bien accueilli le document-cadre, un « précieux guide d’orientation ».  « J’ai noté vos attentes qui sont parfaitement légitimes. Qu’il s’agisse du caractère dissuasif de la politique fiscale, des contraintes de financement ou des écueils liés à l’énergie, vos préoccupations sont aussi les miennes. Je vous rassure que des dispositions nécessaires seront prises pour rendre l’environnement des affaires favorable et vous permettre d’évoluer dans des conditions optimales », a-t-il promis.

Le chef de l’État tchadien a entériné la nécessité de mettre « très rapidement » en place un dispositif institutionnel qui aura la mission de suivre à la lettre la mise en oeuvre des recommandations de cette semaine de réflexion sur la relance économique. 

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