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African Business

Deux années de Togo Round

 Alors que les accords de Cotonou expirent en 2020, les négociations économiques entre les pays du Groupe Afrique-Caraïbes-Pacifiques et l’Union européenne seront conduites par le Togo. Un round de deux années qui s’annonce délicat.

Par Guillaume Weill-Raynal

Ouverte le 29 mai à Lomé, la 107e session du Conseil des ministres des 79 membres du Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), a désigné le Togo, via Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, pour conduire, dès ce mois d’août, les négociations des futurs accords de partenariat économique avec l’Union européenne.

Une consécration pour cet universitaire spécialiste des questions de relations internationales, auteur de plusieurs ouvrages de référence et qui a su, depuis sa nomination en 2013, réaffirmer la position du Togo sur la scène diplomatique africaine et mondiale.

Et un moment fort dans la longue histoire des négociations entre l’UE et le Groupe des pays ACP, jalonnée par la conclusion d’accords successifs (Lomé, Cotonou) dont l’application fut souvent mise en oeuvre par des séries d’accords de partenariat intérimaires entre l’UE et chacun des 79 pays membres pris séparément, en fonction non seulement de leurs spécificités propres, mais surtout des intérêts européens qualifiés par certains observateurs de « mercantilistes », au détriment d’autres considérations telles que les priorités du développement.

Le mandat confié à un unique représentant chargé de porter la parole du Groupe des pays ACP et de défendre ses intérêts peut donc constituer un atout appréciable, alors que s’ouvre une négociation de deux années particulièrement ardue. Une unité sur la nécessité de laquelle Robert Dussey a tenu à attirer l’attention de l’ensemble des participants à la session du Conseil.

Soulignant l’importance de « parler d’une seule voix » pour mieux redéfinir le partenariat avec l’UE, à l’expiration, en 2020, de l’accord de Cotonou, le chef de la diplomatie togolaise a exprimé le souhait de « revoir les vecteurs qui fragilisent les potentialités des pays ACP, d’améliorer la gouvernance, d’assurer le développement du commerce régional, et de créer les bases d’une relation plus équitable ».

Des négociations qui, comme par le passé, ne porteront pas que sur des questions strictement commerciales. La lutte contre la pauvreté qui en constitue l’axe central suppose que soient abordés les thèmes les plus divers comme le dialogue politique et la gouvernance, l’aide au développement et la gestion des flux migratoires, les droits des femmes et des minorités, l’entrepreneuriat des jeunes, les crises sécuritaires, le changement climatique, etc.

Des intérêts parfois divergents

L’impératif de faire « bloc uni », ne doit pas non plus totalement ignorer les spécificités de chaque continent. Dans une économie mondialisée, les intérêts de l’Afrique peuvent aussi entrer en concurrence avec ceux d’autres acteurs méga-régionaux sur des marchés, comme celui de la banane, où les négociations de l’UE, avec Mercosur par exemple, sont susceptibles de ruiner les efforts des pays ACP de reconquérir en Europe les parts de marchés perdus ces dernières années.

L’UE représente le deuxième partenaire commercial du Groupe ACP (derrière les États-Unis, mais devant la Chine). Mais, bien que le poids de la zone ACP ait légèrement augmenté dans l’économie mondiale ces dernières années, la valeur totale de ses exportations a baissé, notamment à cause de la crise financière de 2008, passant de 495,1 milliards $ en 2011 à 320,7 milliards en 2015. Au regard des enjeux, les négociations qui s’annoncent ne seront pas une promenade de santé.

Les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, selon qu’ils appartiennent à l’une des trois régions, peuvent eux-mêmes avoir des intérêts divergents des autres pays du Groupe. Un équilibre doit donc être trouvé entre une vision figée du Groupe ne tenant pas compte des spécificités de chacun (notamment, en ce qui concerne l’Afrique, de l’importance croissante de ses organisations régionales), et une vision éclatée de sa diversité susceptible de nuire à sa force et à sa capacité de peser sur le cours de négociations internationales.

La voix d’une Afrique qui change

Surtout, une voix africaine unie devra hâter la prise de conscience par ses interlocuteurs européens de ce que la donne a radicalement changé sur le continent. Les accords de Cotonou reposaient sur une conception des rapports Europe-Afrique héritée des périodes coloniales et post-coloniales.

Depuis, les institutions panafricaines se sont affirmées. La Commission de l’UA souhaiterait voir les intérêts africains mieux pris en compte à travers des accords distincts entre elle et l’UE d’une part, avec les pays Caraïbes et Pacifique d’autre part. L’avenir n’est pas écrit, mais un consensus semble actuellement se dessiner en faveur d’un cadre de négociations constitué d’un tronc commun des intérêts convergents de l’ensemble des pays ACP auquel viendraient s’ajouter trois « piliers » régionaux articulés autour des particularités propres à chaque zone.

Enfin, la donne a également changé de manière significative depuis la signature par 44 pays africains, en mars, des accords sur la création d’une zone de libre-échange continentale.

Les futures négociations avec l’UE devront s’inscrire dans les perspectives d’un développement du commerce intra-africain, indissociables des relations que le continent entretient avec le reste du monde. Les accords de Cotonou appartiendront bientôt au passé. Et ceux qui viendront les remplacer, à l’horizon 2020, ne leur ressembleront pas. Ils seront à l’image du bouleversement de l’économie mondiale, dans laquelle le Togo et l’Afrique, portant la voix de ceux qui les ont mandatés, entendent jouer pleinement leur rôle. 

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