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African Business

Le Cameroun s’appuie un peu plus sur la finance islamique

L’État du Cameroun et la Banque islamique de développement vont renforcer et étendre leur programme de financement de la microfinance sous les principes islamiques. Toutes les régions et la quasi-totalité des secteurs économiques en bénéficieront.

Par Laurent Soucaille 

Sur les rails depuis plusieurs mois, le programme de financement de la microfinance en « mode islamique » prend de l’ampleur, au Cameroun. Il sera étendu à toutes les régions du pays, a décidé Louis Paul Motaze, ministre des Finances, qui a désigné les dix responsables régionaux du comité de pilotage du Programme d’appui au financement de la microfinance islamique au Cameroun (Pfmmic).

Lequel vise à financer des activités créatrices d’emplois et de richesse, selon les principes de la charia qui exclut les profits excessifs et certaines activités.

Sont ainsi concernées les opérations de commerce, d’investissements, de prêts et de transactions,  « effectuées au moyen de mécanismes et de produits financiers conformément aux principes de la loi coranique », explique le ministre qui précise que, de ce point de vue, les activités « illicites » comme l’élevage et la commercialisation de porc, les jeux de hasard, la production et la commercialisation d’alcool, échapperont à ce mode de financement.

« Ce type de financement est fondé sur les principes coraniques, mais cela n’enlève en rien son caractère scientifique et les vertus qui peuvent être bénéfiques pour l’ensemble de nos concitoyens de toutes les religions. »

En 2019, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, avait autorisé la création d’un comité de pilotage, se basant sur les précédentes expériences du Cameroun en matière de finance islamique.

Au cours de la phase de pilotage menée avec le Crédit du Sahel, la Caisse d’épargne, le Crédit du Septentrion, et la Caisse de financement en mode islamique, établissements installés dans trois régions du pays, cinq modes de financements, à savoir musharaka, moudaraba, salam, idjara et istina ont été testés.

Leur mise sur le marché a porté sur 519 projets destinés à 1 500 bénéficiaires, pour un financement initial de 600 millions de F.CFA (0,91 million d’euros) reçus de la Banque islamique de développement ; le taux de remboursement avait atteint 90%.

Un apport bénéfique

Le coordonnateur du Pfmmic, Amadou Bouba, rappelle que le financement islamique est répandu dans plusieurs pays africains comme le Sénégal, la Tanzanie et le Kenya, ainsi que  dans les pays occidentaux. Il nécessite la formation particulière des agents bancaires, parce que le suivi du financement en mode islamique n’est pas le même que celui en mode classique.

« Nous devons tout mettre en œuvre afin que l’activité financée prospère. Ce type de financement est fondé sur les principes coraniques, mais cela n’enlève en rien son caractère scientifique et les vertus qui peuvent être bénéfiques pour l’ensemble de nos concitoyens de toutes les religions », considère Amadou Bouba.

À l’heure actuelle, une seule banque, Afriland First Bank et trois structures de microfinance (sur plus de 450 agréés dans le pays) proposent des produits «  islamiques ». Pourtant, considère le gouvernement, cet instrument peut contribuer au développement du pays et améliorer l’inclusion financière des populations.

Tel était le principe de départ du séminaire organisé par le ministère des Finances et le PNUD, à Yaoundé, fin décembre 2019 : « La finance islamique, contribution pour la croissance économique du Cameroun et à l’atteinte des objectifs de développement durable ».

Selon Louis Paul Motazé, cette finance « peut favoriser le développement de l’inclusion financière, en visant tous ceux encore exclus du système financier traditionnel pour des motifs culturels ; constituer un levier complémentaire pour la croissance économique en attirant les investissements étrangers, notamment ceux en provenance de certains pays du Proche-Orient désireux de recycler leurs excédents de liquidité ».

La finance islamique à l’appui de grands projets

Certaines opérations concrètes sont déjà à un stade avancé. Ainsi, dans la région Nord-Ouest, une des moins riches du pays, la Mission de développement régionale (Mideno) a lancé un projet de développement de l’élevage et de la pêche, le 20 février dernier.

Sont ainsi concernées les opérations de commerce, d’investissements, de prêts et de transactions,  « effectuées au moyen de mécanismes et de produits financiers conformément aux principes de la loi coranique », explique le ministre Louis Paul Motaze qui précise que, de ce point de vue, les activités « illicites » comme l’élevage et la commercialisation de porc, les jeux de hasard, la production et la commercialisation d’alcool, échapperont à ce mode de financement.

Lequel projet est financé à hauteur de 750 millions de F.CFA (1,14 million d’euros) par la BID (Banque islamique de développement) et l’État. Il vise à octroyer des microcrédits aux populations, en vue de financer des projets dans les secteurs de l’élevage et de la pisciculture.

Le Cameroun, dont les entreprises sont en quête de financement, cherche à diversifier ses sources, y compris les plus innovantes comme le financement participatif (crowdfunding). Dans ce cadre, les produits « islamiques », sont bienvenus, y compris pour les grandes entreprises. Le pays vient ainsi de récolter quelque 108 milliards de F.CFA (164,7 millions d’euros) pour financer l’industrie pétrolière et des projets dans l’industrie agroalimentaire.

Les fonds iront principalement en soutien de la modernisation de la Société de développement de coton (Sodecoton) et de la Société nationale de raffinage (Sonara). La formule retenue ici est le Murabaha, qui est une forme de prêt aux intérêts compatibles avec les principes de la charia.

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