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Opinion

Facebook et l’Afrique le désamour ?

Dans la guerre économique, le débat des idées passe-t-il au second plan ? Le réseau social Facebook a censuré plusieurs pages hostiles aux intérêts occidentaux ou critiques envers la Françafrique. Ce qui n’empêche pas de nouvelles voix d’émerger.

Par Christian d’Alayer

Fin octobre 2019, au sommet Russie-Afrique organisé à Sotchi, Nathalie Yamb, une proche de l’opposant ivoirien Mamadou Koulibaly, a enflammé le Web par un discours sur la France que n’aurait pas renié feu Thomas Sankara : une mise en cause brillante du néocolonialisme français, par une jeune femme.

Quelques jours auparavant, Paris avait obtenu de l’Union africaine le renvoi de son ambassadrice aux États-Unis, Arikana Chihombori Quao (Ghana), qui avait sévèrement critiqué l’action de la France en Afrique. Si les réactions des chefs d’État africains furent inexistantes, celles des internautes du continent condamnèrent presque unanimement la décision de l’organisme censé les fédérer. 

Toujours est-il qu’aujourd’hui, Facebook est dans le collimateur de ses clients subsahariens. On sait que les Chinois travaillent actuellement sur un substitut à Google, tout comme quelques informaticiens européens déterminés. 

Last but not least, la direction de Facebook avait entamé, quelques semaines plus tôt, un véritable lessivage des sites ayant créé des pages sur son réseau, opération touchant bien entendu tous les sites africains quelque peu critiques envers l’Occident.

À l’origine, il s’agissait essentiellement de lutter contre les représentations non conformes à la morale et à l’éthique de l’humain sur son réseau. Et, ainsi, l’opérateur eut droit au défilé de nudistes à Washington protestant contre la censure du nu sur le réseau. Mais Mark Zuckerberg et son équipe sont allés beaucoup plus loin, offrant en fait Facebook à l’Occident : les menaces de l’Exécutif américain ainsi que du fisc européen auront eu raison des velléités d’indépendance du plus grand réseau mondial du Web : 2,45 milliards d’utilisateurs actifs par mois et 1,62 milliard par jour ! 

Parti pris politique 

Comment les Français ont-ils réussi à tenter d’étouffer ainsi, sur ce méga réseau, un début de contestation radicale de sa présence sur le continent ? Effectivement radical car on a pu voir les Maliens, pourtant en proie aux attaques mortifères de Daech au nord de leur territoire, crier massivement « Frenchies go home ! » après la dernière attaque très sanglante de la secte islamiste !

La question mérite d’être posée car Mark Zuckerberg ne possède que 28 % des actions de son entreprise, tandis que beaucoup d’actionnaires souhaitent le débarquer depuis que Facebook a joué un rôle dans l’élection de Donald Trump. Une nouvelle affaire d’intrusion du réseau dans le jeu politique pourrait définitivement l’écarter de la direction du groupe. 

On sait que Zuckerberg a rencontré le président Macron, le 10 mai dernier. Entretien au cours duquel il fut officiellement question de la lutte contre les messages haineux sur Facebook. Et officieusement, qu’en fut-il, sachant que le groupe américain est, tout comme les autres géants du numérique, menacé d’une énorme taxation fiscale européenne ? Google vient d’accepter de verser 500 millions $ au titre de 2019 et des années précédentes. 

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