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Face à la crise : Comment protéger le travail

L’Organisation internationale du travail dresse quatre axes prioritaires pour atténuer l’effet des pertes d’emplois, y compris dans l’informel, en cette période de confinement généralisé. Charge aux organismes internationaux de faire pression sur chaque pays.

Par Laurent Soucaille 

À l’occasion de la « conférence virtuelle » réunissant représentants de 189 pays et d’institutions financières internationales, le 17 avril, Guy Rider, directeur général de l’OIT (Organisation internationale du Travail), a plaidé pour une réponse immédiate à la pandémie de Covid-19, « centrée sur l’humain, grâce à la solidarité mondiale ».

Dans une déclaration écrite au FMI et à la Banque mondiale, il décrit la dimension humaine de la pandémie comme « dévastatrice », et ses répercussions sanitaires, sociales et économiques conjuguées « comme la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Nous devons avoir pour ambition de reconstruire en mieux, afin que nos systèmes soient plus sûrs, plus justes et plus durables, ainsi que plus efficaces pour amortir les répercussions des futures crises sur les populations du monde entier. 

Aussi exhorte-t-il le FMI et la Banque mondiale à centrer leur réponse sur « une aide immédiate aux travailleurs et aux entreprises, afin de protéger leurs activités et leurs moyens d’existence, en particulier dans les secteurs les plus durement touchés et dans les pays en développement ».

Selon lui, l’attention doit être accordée en priorité à l’impact sur les petites entreprises, les travailleurs non protégés et ceux de l’économie informelle.

Selon les travaux du BIT (Bureau international du travail), 81% de la main-d’œuvre mondiale (soient 2,7 milliards de travailleurs) vivent dans des pays où le confinement, qu’il soit obligatoire ou recommandé, a été instauré.

Le BIT calcule aussi que les heures de travail diminueront de 6,7 % au deuxième trimestre 2020, ce qui équivaut à 195 millions de personnes travaillant à plein temps.

Le nombre final de pertes annuelles d’emplois en 2020 dépendra de manière décisive de l’évolution de la pandémie et des mesures prises pour en limiter l’impact. D’ailleurs, le BIT continuera de suivre de près l’évolution de la situation et publiera régulièrement des mises à jour de ses estimations.

Guy Ryder invite les institutions internationales à « faire bloc » derrière quatre réponses politiques distinctes. Premièrement, il faut stimuler l’économie et la demande de travail en utilisant les outils budgétaires et monétaires disponibles, de même que l’allègement de la dette.

« Les investissements publics dans les systèmes de santé seront doublement efficaces, puisqu’ils apporteront une contribution vitale à la lutte contre la pandémie et à la création d’emplois », fait observer l’OIT.

Protéger, c’est stabiliser

Deuxièmement, les institutions doivent apporter une aide immédiate pour pérenniser les entreprises, préserver les emplois et soutenir les revenus. Guy Ryder souligne la nécessité d’investir dans les mesures de protection sociale, lesquelles « peuvent contribuer à atténuer les pires chocs de la crise tout en agissant comme stabilisateur économique ».

Troisièmement, il faut assurer une protection adéquate pour tous ceux qui continuent de travailler pendant la crise. Cela exige de garantir la sécurité et la santé au travail, d’aménager soigneusement les modalités de travail tel que le télétravail, et d’assurer l’accès aux indemnités de maladie.

Résister à la pression de l’austérité

Quatrièmement, les institutions doivent mettre pleinement à profit le dialogue social entre gouvernements et organisations de travailleurs et d’employeurs.

« La crise a révélé les énormes déficits de travail décent qui prévalent encore en 2020 ; elle a montré la vulnérabilité de millions de travailleurs quand la crise frappe », poursuit Guy Ryder à l’endroit des membres du FMI et de la Banque mondiale.

À qui il rappelle les failles dans la couverture de protection sociale, la situation précaire de nombreuses petites entreprises et les faiblesses des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Aussi, appelle-t-il le FMI et la Banque mondiale à « résister » à la pression de l’austérité et de l’assainissement budgétaire qui pourrait apparaître aux premiers signes d’amélioration économique et ferait obstacle à une reprise complète et durable. 

« Nous devons avoir pour ambition de reconstruire en mieux, afin que nos systèmes soient plus sûrs, plus justes et plus durables que ceux qui ont permis à la crise d’éclater, et plus efficaces pour amortir les répercussions des futures crises sur les populations du monde entier », a conclu le directeur général de l’OIT, cette antenne des Nations unies basée à Genève.

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