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African Business

Régis Immongault : « Le Gabon doit préparer la phase post-Covid »

Le Gabon importe et exporte beaucoup. Quel est l’impact de la crise sanitaire sur le commerce ?

Nous sommes dans l’attente des derniers rapports. Il est clair que la crise a affecté les exportations. En ce qui concerne le manganèse, cependant, je constate un frémissement. Pour le pétrole, nous avons rencontré certains freins. Pour les importations, aussi, du fait du rétrécissement de l’activité économique, les importations d’équipements et de biens de consommation ont été réduites. Au final, nous avons subi une dégradation de la balance commerciale.

On assiste à des tensions entre les États-Unis et la Chine ainsi qu’entre l’Europe et la Chine. Quel est l’impact de ces tensions diplomatiques internationales sur un pays comme le Gabon ?

Nous n’avons pas à nous immiscer dans toutes ces questions. Nous avons des liens commerciaux avec ces différents pays avec lesquels nous maintenons une relation bilatérale. Le Gabon bénéficie des effets du commerce international et ne peut qu’encourager le multilatéralisme. Il est clair que tous ces problèmes qui mettent aujourd’hui en péril l’avenir du multilatéralisme commercial et économique doivent être résolus. Nous poussons en ce sens, car le commerce international a un effet considérable sur la croissance mondiale.

Vous avez été ministre des Affaires étrangères. Quelle est la position du Gabon, dans ses relations avec la Chine et les autres pays d’Asie ?

Nos relations sont bonnes. Vous comprenez bien que la Chine est un partenaire économique indispensable. Aujourd’hui, si les pays occidentaux, à commencer par les pays européens, font tout ce qu’ils peuvent pour tenter d’inonder le marché chinois et pour importer certains équipements de Chine, c’est qu’ils ont compris l’importance de ce pays.

Il est donc normal que le Gabon souhaite en profiter en exportant ses produits vers le marché chinois, en bénéficiant des équipements chinois ainsi que des financements indispensables et sécurisés de la Chine. Bien entendu, lorsque nous signons des partenariats, ce que nous voyons avant toute chose, c’est l’intérêt du Gabon.

Vos discussions bilatérales avec la Chine ont toujours été engagées sur un pied d’égalité ?

Oui, d’égal à égal ! Nous n’avons pas eu à faire du troc de ressources naturelles. Nous avons toujours été prudents et n’avons jamais choisi cette approche. Nous tenons absolument à avoir des relations économiques et commerciales basées sur le respect des intérêts réciproques.

Le Gabon vient de porter à la tête de son gouvernement Rose Christiane Ossouka Raponda. Une femme Premier ministre en Afrique centrale, c’est une première ! Quelle signification doit-on accorder à cet évènement ?

D’abord, c’est un symbole. Et c’est une bonne chose. Au regard du rôle de la femme gabonaise dans l’essor économique et social, cette nomination est une très bonne récompense. Et au-delà du symbole, Madame Ossouka Raponda est une femme compétente avec laquelle j’ai eu l’occasion de travailler.

Ce très bon choix devrait nous permettre de poursuivre les actions entreprises : renforcer la gouvernance économique, et surtout, mettre en œuvre les stratégies post Covid-19 qui s’imposent. Cette nomination est un signal positif pour le Gabon et pour l’Afrique. Nous ne faisons pas de différence entre la femme et l’homme en matière de responsabilités. Nous devons poursuivre dans la suppression des discriminations entre les sexes à l’échelle de tous les pays africains.

Quelle est la hiérarchie des priorités économiques pour le Gabon ?

Après la situation que nous venons de vivre, qui a entraîné des pertes importantes d’emplois, il est clair que la première des priorités est la création d’emplois, surtout pour les jeunes. À cet égard, le rôle des PME est considérable.

Ce sont elles qui font tourner la machine économique, qui permettent d’écouler des produits sur le marché, afin de sortir de cette situation de torpeur économique et sociale. La priorité est donc de redonner de l’élan à la machine pour offrir des emplois à la jeunesse gabonaise. Nous devons donc poursuivre dans la stabilisation par une gestion efficiente des finances publiques tout en donnant des perspectives aux Gabonais. Outre par la formation, la question de l’emploi passe par la création de richesses. D’où l’importance, dans ce contexte, du secteur privé.

La crise sanitaire présente-t-elle un aspect positif ?

Oui, bien sûr ! Chaque crise a ses effets qui, en révélant nos faiblesses, nous obligent à y remédier. La révolution industrielle est une réalité. Les pays africains ont manqué la première, la deuxième, la troisième… Pour celles qui sont en cours ou qui s’annoncent, nous devons être présents.

Enfin, la crise de la Covid-19 a montré la fragilité de nos structures sanitaires. Nous avons des équipements, mais nous devons aussi renforcer la formation et surtout les structures de proximité, pour pouvoir répondre à la demande de santé des populations. La crise nous permet d’avoir une approche intégrée, au niveau de la sous-région, pour affronter ce genre de difficultés.

Vous imaginez une croissance plus inclusive, plus autocentrée, moins volatile ?

Nous devons y arriver ! Et nous devons mettre les moyens pour y arriver. Il faut du volontarisme, et un bon suivi. C’est un passage obligé.

Vous avez lancé de nombreux chantiers depuis 2010, pour favoriser la transformation de l’économie. Commencez-vous à voir les effets de cette stratégie ?

Nous commençons à les voir mais ils ne sont pas aussi importants que ce que nous espérions. Nous voyons les effets des programmes agricoles que nous avons lancés, notamment au niveau des exportations, même si la crise a rendu tout cela plus compliqué. Notre complexe métallurgique de Moanda a connu un démarrage mesuré, mais il est en train de monter vers sa vitesse de croisière.

Bien entendu, nous devons rester modestes. Les résultats obtenus ne nous permettent pas de dire que nous avons atteint nos objectifs. Les effets sont là, mais nous ne pouvons pas dire que notre stratégie permet encore au Gabon de renforcer sa croissance endogène. Pas encore ! Nous devons progresser davantage. De nombreux obstacles doivent être encore levés pour atteindre nos objectifs.

*Régis Immongault, économiste, ancien ministre au Gabon

Transcription de Guillaume Weill-Raynal

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